Yvon Houde a contacté les secours après avoir aperçu une dame dans la rivière Saint-Maurice. Il lui a parlé pour la maintenir éveillée le temps que les pompiers viennent la secourir.

Sauvetage sur la rivière Saint-Maurice

SHAWINIGAN — Yvon Houde prend une marche tous les matins près de sa résidence, à Shawinigan. Il était loin de se douter, lundi matin, que ses pas allaient le mener jusqu’à une dame en danger et qu’il allait contribuer à lui sauver la vie.

«Je prenais ma marche matinale quotidienne quand j’ai entendu crier, mais au début, je pensais que c’était des enfants», raconte le Shawiniganais de 76 ans. Le cri l’a quand même suffisamment intrigué pour qu’il modifie son parcours habituel et se rende sur le bord de la rivière Saint-Maurice, face à l’Auberge Gouverneur. Au départ, il n’était pas certain que c’était bel et bien une personne qui se trouvait dans l’eau jusqu’à ce qu’il voit ses bras bouger. «J’ai pris mon cellulaire et j’ai tout de suite appelé le 911. Je parlais à la personne, je lui disais de continuer à crier et de bouger les bras. Quand elle arrêtait de bouger, je lui criais de recommencer. Dans ma tête, c’était pour qu’elle ait un peu de chaleur. J’avais peur qu’elle perde connaissance. Je lui criais que les secours s’en venaient, que ce ne serait pas long», raconte-t-il.

La dame se trouvait à environ 200 pieds de la rive, agrippée à la glace. Elle devait non seulement lutter contre le froid mordant mais aussi contre les forts courants. «Ce n’était pas près de la berge parce qu’il y a un grand bout qui est tout en glace. Il y a juste sa tête et ses deux bras qui dépassaient de l’eau», décrit M. Houde.

Il a attendu les secours tout en continuant à l’encourager à s’accrocher à la vie. «Je voyais qu’elle commençait à se fatiguer. Au début, elle criait souvent, mais plus ça allait, moins elle criait.»

Le septuagénaire a même songé à aller lui-même à sa rescousse. «Avoir été plus jeune, je serais allé. Je le sais comment fonctionner sur la glace. On y va à plat ventre en avançant tranquillement. Mais à 76 ans et avec des pontages coronariens, je n’ai pas pris de chance et j’ai attendu les secours.»

Les pompiers de Shawinigan ont sauvé une femme des eaux glacées de la rivière Saint-Maurice, lundi matin, à bord d’une embarcation spécialisée acquise par le Service de sécurité incendie il y a un an.

Il a bien fait parce que les pompiers de Shawinigan ont l’entraînement et l’équipement nécessaire pour procéder à ce genre de sauvetage. C’est d’ailleurs ce qu’ils recommandent de faire: attendre les secours. Ils ont d’ailleurs agi rapidement. «Elle était à environ 200 pieds du bord. Elle était comme collée sur le bord de la glace. Probablement qu’elle est tombée à l’eau et qu’elle a voulu remonter. Mais considérant la température, elle devait être en choc thermique», raconte François Lelièvre, directeur du Service de sécurité incendie de Shawinigan.

Les pompiers de Shawinigan ont sauvé la femme des eaux glacées de la rivière grâce à une embarcation spécialisée qui a été acquise par le Service de sécurité incendie il y a environ un an. C’était la première fois qu’elle était utilisée non pas dans le cadre d’un entraînement mais pour un véritable sauvetage. «L’avantage, c’est que ça ne prend pas de rampe à l’eau. C’est un nouveau bateau qu’on a depuis un an. Il est conçu pour faire de la glace et de l’eau en même temps. Les pompiers gardent un pied à l’intérieur et un pied à l’extérieur», explique M. Lelièvre.

Le sauvetage a été très rapide, souligne-t-il. «Rendus à la dame, ils l’ont agrippée et l’ont embarquée dans l’embarcation, et sont revenus à la rive pour la remettre aux ambulanciers. Du moment que les pompiers sont arrivés, ça a pris moins de trois minutes et elle était récupérée.» Elle a été conduite au centre hospitalier. Selon la Sûreté du Québec, elle est saine et sauve.

M. Lelièvre est satisfait du baptême de feu de ce bateau de sauvetage. «C’est une embarcation très polyvalente. Pour le type de rivière qu’on a - où il y a des endroits qui sont gelés et d’autres qui ne le sont pas - on nous avait dit que c’était le meilleur outil, et on peut confirmer aujourd’hui que c’est vrai. C’est un outil très efficace.»

Les pompiers s’entraînent depuis plusieurs mois avec cette embarcation. M. Houde peut en témoigner. «Ils se pratiquent souvent, on les voit régulièrement. Mais ce matin, ce n’était pas une pratique», souligne-t-il.

Il tentait de se remettre de sa matinée mouvementée, lundi. Il était d’ailleurs surpris que les pompiers et les policiers le remercient. Il tenait à souligner qu’une dame est aussi accourue sur les lieux peu de temps après lui. Modeste, il affirme qu’il n’a fait que son devoir de citoyen. «Je n’ai pas fait d’affaires héroïques», lance-t-il. «Je n’ai pas sauté à l’eau. Quand les pompiers et les policiers m’ont remercié, je leur ai dit que ça sonnait curieux dans mes oreilles.»

Il était également étonné d’être contacté par des journalistes. «Ce sont des émotions. Quand on est dans les scouts, on appelait ça faire notre B.A. Dans ma tête, j’avais fait ma B.A. et j’étais content. Mais à mesure qu’on en parle, l’émotion remonte.»