Réjean Lefebvre

Réjean Lefebvre: «je veux m’excuser auprès des victimes»

Shawinigan — La Couronne réclame une peine de 42 mois de pénitencier pour Réjean Lefebvre, cet ancien député du Bloc québécois et maire de Saint-Adelphe, qui s’est livré à des abus sexuels sur quatre mineures entre 1990 et 2017.

Dans sa plaidoirie, la procureure, Me Audrey-Anne Boily, s’est notamment basée sur le jugement rendu contre Guy Cloutier par le juge Robert Sansfaçon à titre de jurisprudence. Bien que la nature des gestes sexuels commis par Réjean Lefebvre soit moins grave, elle a relevé plusieurs facteurs aggravants qui militent en faveur d’une lourde peine notamment le nombre de victimes, la durée des gestes et leur fréquence, l’âge des victimes, la position d’autorité, le risque de récidive et son niveau de conscientisation considéré comme incomplet.

D’emblée, rappelons les faits. Réjean Lefebvre s’est livré à des attouchements sexuels sur quatre jeunes filles. Les premiers événements remontent au début des années 90. La victime était alors âgée entre 12-13 ans. À deux reprises, entre 1990 et 1992, il s’est approché d’elle par l’arrière afin de lui mettre la main sur les seins. À une reprise aussi, il en a profité pour toucher ses parties génitales par-dessus ses vêtements. Puis entre 1995 et 1998, il a récidivé à une occasion cette fois-ci avec une adolescente âgée entre 14 et 16 ans. Encore là, il est arrivé derrière elle pour lui mettre une main sur la bouche et l’autre sur les seins.

Entre 2003 et 2006, il s’est ensuite livré à une trentaine d’agressions et de contacts sexuels sur une enfant âgée entre 4 et 7 ans. Les gestes commis sont une vingtaine de cunnilingus. Il a aussi utilisé ses doigts pour pénétrer son vagin à cinq ou six reprises.

Puis, en 2017, il a embrassé une enfant de 9 ans sur la bouche, lui a touché les seins et la vulve par-dessus ses vêtements. Il lui a ensuite demandé de ne jamais en parler en lui promettant des cadeaux.

Me Boily a insisté sur le fait qu’il y avait tout de même quatre victimes d’âge mineur dans cette affaire et qu’elles avaient toutes dû vivre avec les conséquences de ces agressions dans leur quotidien. Quant au rapport présentenciel confectionné au début de l’année 2019, on y apprend que Réjean Lefebvre aurait encore un niveau de conscientisation incomplet, et ce, même après avoir suivi le Programme d’évaluation et de traitement des agressions sexuelles (Petas). Il serait en effet préoccupé par son image sociale et accablé par la stigmatisation qu’il a subie. En d’autres mots, on évalue que le risque de récidive est toujours présent. Et bien que l’ancien député ait 75 ans, Me Boily estime que l’âge ne doit pas être pris en compte dans l’évaluation de ce risque de récidive puisque les derniers délits remontent seulement à 2017.

D’un autre côté, l’avocat de la défense, Me Bertrand Jacob, soutient qu’une peine de 12 mois de prison serait davantage appropriée. Il a insisté sur tous les efforts de réhabilitation entrepris par son client depuis son arrestation et le cheminement qu’il a parcouru. Son client a d’ailleurs tenu à s’adresser au tribunal. «Oui au début j’étais en colère mais j’ai pris mes responsabilités», a-t-il déclaré. Tout en parlant des contrecoups subis, il s’est excusé. «Je veux m’excuser auprès des victimes, de leur famille, et aussi à mon épouse», a-t-il déclaré en pleurant.

Sa conjointe a pour sa part ajouté qu’il vivait beaucoup d’isolement. «Sa vie a changé. Il est seul, il reste à la maison et regarde la télévision. Il regrette et il est anxieux», a-t-elle mentionné.

Le psychologue Alain Perron évalue d’ailleurs le risque de récidive à très faible en se basant sur le cheminement de Réjean Lefebvre depuis son arrestation et sa responsabilisation. Il a non seulement bénéficié d’un suivi psychologique et du programme Petas mais il a aussi consulté un médecin, un psychiatre et il a reçu une médication en raison d’un trouble de personnalité narcissique associé à son comportement sexuel déviant et sa pédophilie. Quant à l’alcoolisme, il serait sobre depuis plusieurs années.

C’est pourquoi Me Jacob croit que 12 mois de prison seraient suffisants en tenant compte de son plaidoyer de culpabilité, du fait qu’il évite aux victimes de témoigner, de ses efforts de réhabilitation et des séquelles qui seraient limitées chez les victimes. Il a aussi demandé au juge de prendre en considération les impacts de la médiatisation de cette affaire chez son client.

Le juge David Bouchard rendra la sentence le 5 juin.