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L’animateur de radio Dominic Maurais a été victime d’abus sexuels dans sa jeunesse par un homme d’Église.
L’animateur de radio Dominic Maurais a été victime d’abus sexuels dans sa jeunesse par un homme d’Église.

Recours contre le diocèse de Trois-Rivières initié par Dominic Maurais: «Je porte en moi cette blessure»

Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste
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Le diocèse de Trois-Rivières est visé par une demande d’autorisation d’intenter une action collective pour des agressions sexuelles commises entre 1940 et aujourd’hui.

La demande a été déposée à la Cour supérieure du palais de justice de Trois-Rivières par le cabinet d’avocats Arsenault Dufresne Wee.

Le plaignant dans cette affaire est l’animateur de Radio X et ancien journaliste de la Mauricie, Dominic Maurais. Dans la requête, il soutient avoir été victime d’attouchements sexuels, tout particulièrement de gestes de masturbation et de baisers forcés à plusieurs reprises par l’abbé Bernard St-Onge entre 1979 et 1980. Les abus ont commencé alors qu’il était âgé de 10 ou 11 ans. L’abbé était alors aumônier du mouvement scout de la paroisse Saint-Charles Garnier à Shawinigan. 

C’est en 1991, inspiré par l’histoire de Mount Cashel, qu’il a trouvé le courage de porter une plainte au criminel contre l’abbé St-Onge. Une enquête policière a ensuite permis de l’arrêter et de l’accuser d’attentats à la pudeur. Il a d’ailleurs plaidé coupable à la majorité des accusations en lien avec des abus commis sur cinq victimes, dont Dominic Maurais, ce qui lui a valu six mois de prison. 

Trente ans plus tard, le célèbre animateur de Québec précise que le fait d’avoir été agressé sexuellement, par un prêtre de surcroît, a aggravé sa blessure. «C’était un homme qui avait la confiance entière de mes parents, qui me laissaient partir avec lui. Pire, mes parents ont subi de l’intimidation de l’Église pour ne pas porter plainte, pour cacher ce qui s’était passé. Ils ont essayé de me dissuader de dénoncer. Cela a eu pour effet de venir briser ma confiance envers mes propres parents, aujourd’hui décédés», a-t-il raconté avec émotions. 

Il ajoute que l’impact de ces agressions a été violent. «Longtemps j’ai eu des idées noires, beaucoup d’angoisse, des épisodes de dépression. Encore aujourd’hui, je porte en moi cette blessure. On se relève, on travaille fort, on se fait une vie, on apprend à voir les bons côtés, mais on demeure un peu comme un véhicule accidenté... même si la carrosserie (ce qu’on voit de l’extérieur), tient le coup», a-t-il ajouté.

Compte tenu des conséquences et préjudices qu’il a subis, il réclame donc de la Corporation épiscopale catholique romaine de Trois-Rivières et de l’Évêque catholique romain de Trois-Rivières une somme totale de 600 000$ pour les dommages non pécuniaires, les pertes financières et les dommages punitifs. 

L’avocat Me Alain Arsenault précise pour sa part que les congrégations religieuses sont responsables des agissements de leurs préposés. Certes, l’abbé St-Onge est décédé en 2013, mais ses supérieurs, au même titre que toutes les organisations religieuses visées par les actions collectives, ont su à un certain moment qu’il y a eu des agressions sexuelles commises contre des enfants, mais sans jamais rien faire. Toujours selon lui, les prêtres ont plutôt été transférés dans une autre paroisse, une autre école ou ont obtenu un congé. 

Me Alain Arsenault est l’un des avocats en charge de cette demande d’intenter une action collective.

Dans le cas de l’abbé St-Onge, il avait été transféré à Trois-Rivières en 1982. «Le diocèse aurait dû en faire plus pour nous protéger. Le diocèse a laissé notre agresseur au contact des enfants. Le diocèse a tenté de camoufler les agressions. Le diocèse a été complice», a martelé M. Maurais. 

Or, le principe d’une pareille action collective n’est pas limité au seul plaignant initial. Toutes les personnes qui auraient été victimes d’abus par un membre du diocèse de Trois-Rivières, que ce soit l’abbé St-Onge ou un autre prêtre,  entre le 1er janvier 1940 et aujourd’hui, sont d’ailleurs invitées à se manifester auprès de la firme d’avocats afin de réclamer une réparation pour les préjudices qu’elles ont subis.  «Nous invitons les gens à dénoncer, à dire ce qu’ils ont vécu. Il n’y a pas de honte à le faire. Il y a trop de  personnes qui se sont fait imposer le silence, ce qui a justement contribué à augmenter leurs traumatismes. Je ne peux pas dire que notre recours va guérir leurs blessures, mais par expérience, avec toutes les victimes que j’ai rencontrées, elles vont aller mieux, et ce n’est pas juste une question d’argent», a précisé Me Arsenault. 

M. Maurais n’a pas manqué de souligner que dénoncer, c’est le début de la guérison. «Les agresseurs et les complices méritent d’être dénoncés. Faites confiance à la justice.» 

À ce jour, d’autres victimes ont déjà contacté les avocats de M. Maurais afin de s’inscrire à l’action collective. Notons que leur confidentialité est assurée. 

Au Québec présentement, il y a un total de 19 actions collectives en cours contre des congrégations religieuses. Plus spécifiquement, le cabinet Arsenault Dufresne Wee Avocats mène à lui seul des actions collectives pour agressions sexuelles contre la congrégation de Sainte-Croix et l’Oratoire Saint-Joseph, les Oblats de Marie Immaculée, les Frères des écoles chrétiennes, les Frères de Saint-Gabriel, les Religieux de Saint-Vincent de Paul et les diocèses de Montréal, Longueuil, Joliette et Québec et Trois-Rivières. Et parmi les recours qui sont terminés et qui ont porté fruit (six selon Me Justin Wee), la moyenne des indemnisations versées aux victimes est d’environ 100 000$ chacune. 


Le diocèse de Trois-Rivières.

Me Arsenault soutient également que 10 % des prêtres au sein de l’Église catholique ont commis des abus sur des enfants et que 50 % ont eu des relations avec des adultes consentants, ce qui porte à 40 % le pourcentage de ceux ayant respecté leur voeu de chasteté.  

Le dépôt de ces actions collectives a été rendu possible par l’adoption de la loi annulant le délai de prescription de 30 ans qui était fixé pour pouvoir intenter une poursuite au civil contre un présumé agresseur.

La prochaine étape se jouera devant les tribunaux. Advenant le cas où le diocèse de Trois-Rivières accepterait de régler ou de négocier, le processus pourrait durer deux ans. S’il y a contestation, le délai sera plus long. 

Dans un communiqué émis en fin de journée vendredi, le diocèse de Trois-Rivières a dit prendre acte de la demande et prendre cela au sérieux. «Il va collaborer avec la justice tout au long du processus», a commenté Mélanie Charron, coordonnatrice de la pastorale d’ensemble et des communications. Cependant, aucun autre commentaire ne sera effectué puisque le processus judiciaire est en cours.

Il rappelle que des mesures ont été mises en place pour la prévention des abus, l’accueil et l’accompagnement des victimes, et la collaboration avec les instances judiciaires et civiles. Plus récemment, le personnel pastoral et les personnes laïques en responsabilité sont introduits à une formation qu’ils doivent tous et toutes suivre avec le Centre canadien de protection de l’enfance par leur programme Priorité jeunesse, programme pour la prévention des abus pédosexuels.