L'avion après l'accident du lac Geoffrion en septembre 2011.

Procès d'Yves Julien: l'instructeur de vol témoigne

Le procès d'Yves Julien, cet individu de 54 ans qui pilotait l'hydravion qui s'est écrasé au lac Geoffrion en 2011, s'est poursuivi pour une troisième journée, mercredi, au palais de justice de La Tuque. Plusieurs témoins ont été appelés à la barre, dont l'instructeur de vol de l'accusé.
Denis Bernier, qui compte près de 35 ans d'expérience, a raconté dans son témoignage avoir effectué deux ou trois vols d'entraînement sur un Cessna avec Yves Julien avant que ce dernier fasse l'acquisition d'un appareil Lake sur lequel il a poursuivi la formation. Une trentaine d'heures au total selon ses dires.
L'instructeur a mentionné qu'il s'était rendu, avec l'accusé, jusqu'au lac Geoffrion à quelques reprises, trois ou quatre fois.
M. Bernier a affirmé au juge que son dernier vol avec l'accusé a été effectué vers la fin du mois de mai 2011. 
«À ce moment, j'ai évalué que M. Julien était prêt à effectuer des vols en solo», a-t-il noté.
C'est pour cette raison, notamment, qu'il a été avec Yves Julien pour l'émission de son permis d'élève-pilote en juillet de la même année. 
«Il avait deux examens à réussir, j'étais présent. Un examen qui concerne la réglementation aérienne et l'autre c'est l'obtention du certificat de radiotéléphoniste [...] Il les a très bien réussis», a affirmé M. Bernier.
L'instructeur a également noté qu'il avait expliqué à M. Julien les restrictions qui venaient avec un permis d'élève-pilote.
«Je lui ai rappelé que pour voler en solo, je devais l'autoriser [...] Je lui ai rappelé aussi que son permis d'élève-pilote ne lui donne pas le droit d'avoir un passager», a mentionné le témoin.
Ce dernier a confirmé que ces informations sont données aussi lors des cours théoriques.
Denis Bernier a aussi souligné qu'il avait revu M. Julien après l'accident. 
«Je l'ai revu au moment où M. Julien a fait un appel auprès de Transport Canada», a-t-il souligné.
D'autres témoins ont été entendus dans la journée, dont des résidents du lac Geoffrion qui ont vu l'écrasement d'avion. Il a été question, encore une fois, des tentatives d'amerrissage, de l'impact de l'avion avec l'eau et de leur implication dans le sauvetage. Les questions de la température et de la luminosité ont également été abordées.
«J'ai descendu au bout du quai pour voir arriver l'avion [...] J'ai vu un quatrième tour, et là il était face à notre chalet pour amerrir. C'était inhabituel», a souligné la résidente du Lac Geoffrion. «Puis il a piqué du nez dans le lac», a-t-elle ajouté avant de raconter de quelle façon elle avait participé au sauvetage.
Une dame a également témoigné dans le cadre d'un voir-dire ouvert en début de semaine sur l'admissibilité d'une déclaration écrite faite en novembre 2011 par son mari, Michel Nadeau, qui connaissait Yves Julien. L'homme, qui est décédé aujourd'hui, avait été consulté au départ comme expert par l'enquêteur au dossier.
Elle est venue dire qu'Yves Julien avait sollicité à plusieurs reprises les services de leur entreprise pour de la formation sur son avion.
«Il voulait qu'on le forme sur son Lake. [...] On ne forme pas quelqu'un sur un avion qui est complexe. On a refusé», a-t-elle mentionné. Mme Nadeau a aussi affirmé qu'elle avait été marquée par la rencontre avec M. Julien après l'accident. «Le malaise qu'on a eu, c'est qu'il n'avait pas de licence», a-t-elle souligné.
Un peu plus tôt dans la journée, un employé d'Aviation B L a été appelé à témoigner. L'accusé était un client de l'entreprise entre 2010 et 2011. On a pu apprendre que l'avion de M. Julien avait été abîmé durant cette période.
Il a aussi raconté que M. Julien, qui stationnait son avion chez Aviation B L, s'était fait montrer la porte en raison d'une facture impayée.
Pendant son témoignage, pour une troisième fois depuis le début du procès lundi, le juge David Bouchard a dû servir un avertissement à l'accusé. «Vous intervenez sans cesse, même que vous parlez. [...] Ça dérange le tribunal», lui a-t-il dit.
Rappelons qu'Yves Julien est accusé de négligence criminelle ayant causé la mort, de conduite dangereuse d'un aéronef ayant causé la mort et de fabrication de documents.
Rappelons que le drame est survenu le 16 septembre 2011. Le passager était mort dans l'accident. L'avion de l'accusé effectuait une envolée entre l'aéroport de Saint-Hyacinthe et le lac Geoffrion en Haute-Mauricie. 
Le procès se poursuivra jeudi.