Le dossier a été reporté au 21 septembre pour jugement ou sinon, une prochaine date sera alors fixée.
Le dossier a été reporté au 21 septembre pour jugement ou sinon, une prochaine date sera alors fixée.

Procès du père de famille: la crédibilité est au cœur du débat

Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste
Après cinq jours d’audiences, le procès du père accusé d’avoir abusé sexuellement de ses deux enfants et de les avoir violentés a pris fin, vendredi, avec les plaidoiries des avocates.

La procureure de la Couronne, Me Catherine Lacoursière, a réclamé du juge Rosaire Larouche que le suspect, dont on doit taire l’identité pour protéger celle des enfants, soit déclaré coupable sur les 13 chefs d’accusations pour des contacts sexuels, incitations à des contacts sexuels, avoir rendu accessible du matériel sexuellement explicite dans le but de faciliter la perpétration de délits sexuels, voies de fait, voies de fait armées avec divers objets et voies de fait causant des lésions corporelles.

Rappelons que les événements seraient survenus entre 2013 et 2018 dans la résidence familiale de Trois-Rivières. Le prévenu aurait notamment forcé son garçon et sa fille, âgés au début de 7 et 9 ans, à lui faire des fellations sur une base régulière. Il se serait également livré à plusieurs agressions sexuelles sur la jeune fille, que ce soit des attouchements sur son corps, des pénétrations digitales, des cunnilingus et des tentatives de pénétration avec son pénis. La petite aurait ainsi été abusée jusqu’à l’âge de 11 ans.

L’homme de 51 ans aurait aussi été violent avec les enfants en leur infligeant des coups et des claques, en leur lançant des objets, en les poussant, en les tirant par les cheveux. Au fil des années, alors que la mère était gravement malade, les gestes de violence verbale et physique se seraient accentués et auraient causé des lésions sur les enfants.

Une intervenante de l’école a d’ailleurs fait des signalements à la DPJ à au moins cinq reprises après avoir reçu les verbalisations des enfants ou après avoir aperçu des marques sur leur corps. Deux ans plus tard, les enfants avaient finalement été retirés de leur milieu et placés dans des familles d’accueil à la suite d’un dernier signalement jugé urgent cette fois-ci. Les abus de nature sexuelle avaient ensuite été révélés par les enfants.

Dans sa plaidoirie, Me Lacoursière a été très claire: ce n’est parce que les enfants ont tardé à dénoncer les agissements de leur père auprès de leurs proches et que ces derniers n’ont rien remarqué, qu’il faut en déduire que rien ne s’est passé.

Elle soutient avoir fait la preuve que les actes de violence et les abus sexuels ont bel et bien été commis par le suspect, entre autres parce que les enfants, tout particulièrement la jeune fille, ont livré des témoignages crédibles, solides et détaillés. Certes, le garçon a peut-être exagéré certains faits dans une première déclaration en 2018 mais il l’a reconnu ouvertement lors de son témoignage devant le tribunal cette semaine. Me Lacoursière a d’ailleurs rappelé que son témoignage doit être évalué en tenant compte du fait qu’il est un enfant et non un adulte.

Quant au père qui a nié les allégations, elle ne lui accorde aucune crédibilité, d’autant plus qu’il a menti sur son adresse dès le début de son témoignage. Elle a qualifié celui-ci d’évasif, flou, rempli de contradictions et d’invraisemblances, citant d’ailleurs plusieurs exemples.

Elle a aussi mis en garde le juge contre certaines hypothèses émises par sa consœur à la défense à l’effet que les enfants auraient peut-être comploté contre leur père, ce à quoi le juge a reconnu qu’aucune preuve n’avait été faite en ce sens.

À la défense, Me Martine Garceau-Lebel a insisté pour sa part sur le témoignage du garçon qu’elle estime peu fiable et rempli d’incohérences temporelles. Il a non seulement exagéré mais aussi menti entre autres en disant que son père ne leur donnait pas à manger, ce que le garçon a plus tard avoué. Elle a rappelé que l’enfant était considéré par plusieurs comme un contrôlant et un manipulateur et qu’il avait été contredit sur certains points par sa sœur.

Selon elle, son client a peut-être lancé des objets en direction des enfants mais il n’avait pas l’intention de les atteindre directement et de leur faire mal. L’incident par exemple avec l’auto de Barbie serait un accident car il ignorait que son fils était derrière lui à ce moment. Elle a aussi voulu soulever un doute sur l’origine des blessures des enfants, émettant l’hypothèse qu’ils pourraient se les être infligées eux-mêmes en jouant ou se chamaillant, rappelant notamment que la jeune fille avait peur de son frère.

Elle a rappelé que son client avait nié tout geste à caractère sexuel et que certains d’entre eux, tels que rapportés par les enfants, étaient impossibles. Enfin, elle a précisé qu’à cette époque, le père avait des incapacités physiques en raison de problèmes aux poumons. Faute de preuves suffisantes selon elle, elle a donc réclamé l’acquittement de son client.

Le dossier a été reporté au 21 septembre pour jugement ou sinon, une prochaine date sera alors fixée.