Selon le plaignant, Claude Guillot l’a frappé à environ une demi-douzaine de reprises. Notamment parce qu’il ne maîtrisait pas l’art des push-up.

Procès du pasteur Claude Guillot: un élève a voulu se suicider

«Cette fois-là, je voulais mourir.» Après trois années passées chez le pasteur Claude Guillot, Jimmy* en avait tellement assez des punitions et des privations qu’il a tenté de s’ouvrir le crâne pour en finir.

Le mince jeune homme de 21 ans est le sixième et ultime plaignant à témoigner pour la poursuite au procès de Guillot, accusé de sévices physiques et psychologiques et de séquestration sur des anciens élèves.

Jimmy a été placé chez Claude Guillot par ses parents en 2008, à l’âge de 11 ans. La famille fréquentait l’église baptiste Québec-Est, présidée par Claude Guillot, depuis quelques années.

Comme les autres témoins avant lui, Jimmy a des souvenirs douloureusement vivaces des six années qu’il a passées chez Guillot, dans le quartier Chauveau.

Durant les premiers mois, Jimmy avait le droit de faire un câlin à sa mère lorsqu’il la voyait à l’église. Puis, affirme-t-il, Guillot lui a interdit tout contact. «Ta mère te déstabilise», aurait dit le pasteur à l’enfant.

Bientôt, les «conséquences» commencent à pleuvoir, pour toutes sortes de fautes. L’enfant se fait reprocher de «faire la baboune», d’arracher des peaux mortes sur ses doigts, de lancer sa gomme à effacer sur son bureau.

Parfois, la punition est anodine; le garçon doit porter une cravate «ordinaire» plutôt que la cravate bourgogne officielle du programme d’éducation chrétienne accélérée, dispensé dans l’école clandestine du pasteur.

Pour les offenses plus graves, l’élève doit copier des dizaines de pages ou faire des compositions qui semblent ne jamais avoir de fin.

Jimmy se souvient avoir lui aussi dû faire du «debout» durant des jours, à raison d’une dizaine d’heures par jour. Pendant ces interminables séances à regarder droit devant lui, il observe la poussière accumulée sur le dessus du frigo. Ou plonge dans son monde imaginaire peuplé de chats parlants.

Il dit avoir été à quelques occasions privé de repas et se rappelle avoir été empêché de boire pendant 24 heures. «Celui qui ne travaille pas ne mange pas», répétait Guillot, en citant la Bible.

Pour Jimmy, les conséquences tournent souvent autour de l’exercice physique. Il affirme que sa mauvaise attitude lui a valu de faire jusqu’à 8000 flexions en une journée.

Le pasteur Claude Guillot a vainement tenté de lui montrer comment faire des push-up. Sur une vidéo diffusée en salle d’audience, on peut voir le jeune Jimmy, à l’âge de 11 ans, vêtu de sa chemise blanche et de son pantalon bleu, qui essaie de faire l’exercice dans le salon de Guillot, au milieu des autres jeunes.

Le caméraman fait un gros plan sur le visage défait de l’enfant, qui retient difficilement ses larmes. «Je veux le faire, mais il n’y a rien qui marche!» se désole le jeune.

Le désir d’en finir

À un moment que Jimmy situe en 2011, l’adolescent plonge dans le désespoir et veut mourir. «C’était juste trop intense, les conséquences n’arrêtaient jamais», raconte Jimmy, d’une voix plus faible. 

Il va se frapper violemment la tête sur une bibliothèque, au sous-sol de la maison, en espérant que son crâne cède. «J’avais une bonne plaie, affirme Jimmy. Claude Guillot m’a mis un plaster pour pas que ma mère me voie comme ça à l’église.»

Le jeune soutient que le pasteur l’a frappé à environ une demi-douzaine de reprises. Notamment parce qu’il ne maîtrisait pas l’art des push-up. Jimmy dit avoir reçu des coups au visage et au plexus. 

Durant tout son séjour chez le pasteur, Jimmy avait «neuf paires d’yeux», selon son expression, qui le surveillaient constamment; le pasteur, sa femme et leurs deux filles en plus des cinq garçons hébergés.

La procureure de la Couronne, Me Sonia Lapointe, a présenté à la cour une vidéo qui montre la surveillance du garçon même sous la douche. En commentant les images, Jimmy raconte que Guillot l’obligeait à prendre sa douche sous le regard de sa fille, qui vérifiait qu’il ne dépassait pas les 10 minutes allouées.

Ce jour-là, l’enfant avait mal rincé ses cheveux et avait dû retourner sous le jet. «Mon frère m’avait dit que je pouvais me noyer dans la douche, et moi, j’y croyais à 11 ans, raconte Jimmy. Je capotais, je cherchais mon air. Je ne comprenais pas pourquoi je devais prendre une douche habillé.»

En 2014, Claude Guillot accepte que Jimmy quitte sa maison et retourne vivre avec son père et son frère.

Le témoignage du plaignant se poursuit mercredi.

* Prénom fictif