Roland Gingras nie en bloc les agressions sexuelles qui lui sont reprochées sous prétexte qu’il souffre de difficultés érectiles.

Procès de Roland Gingras: une décision en janvier

Trois-Rivières — C’est le 15 janvier que Roland Gingras saura s’il est déclaré coupable ou acquitté des accusations portées contre lui pour avoir agressé sexuellement une personne déficiente.

Le procès de l’homme de 59 ans, qui demeure maintenant à Sainte-Sophie-de-Lévrard, a en effet pris fin, jeudi, au palais de justice de Trois-Rivières avec les plaidoiries des avocats. Dans le cadre des audiences, la présumée victime, dont on doit taire l’identité, avait affirmé que Roland Gingras l’avait agressée à plusieurs reprises entre avril et juillet 2014 alors qu’il demeurait à Nicolet. Les gestes allégués vont du simple attouchement à la relation sexuelle complète, dont un acte de sodomie. 

La plaignante, âgée d’une trentaine d’années, avait rencontré le suspect et sa conjointe dans le cadre d’une activité de quilles. Au fil du temps, le couple l’a en quelque sorte prise sous son aile. Elle a ainsi passé beaucoup de temps avec les deux personnes et plus particulièrement avec la conjointe de M. Gingras.

Or, le suspect en aurait profité pour se livrer à des abus sexuels dès qu’il se retrouvait seul avec elle. La présumée victime avait déclaré lors de son témoignage avoir été incapable de refuser parce qu’il était très autoritaire. D’un autre côté, elle avait avoué avoir éprouvé du plaisir à une seule reprise parce qu’il avait été doux et gentil. Elle était même tombée en amour, mais cela n’avait duré qu’une semaine puisque la fois suivante, il lui avait réclamé sèchement une fellation. 

Dans cette affaire, l’avocat de la défense, Me Bertrand Jacob, soutient que les délits sont impossibles en raison notamment des difficultés érectiles de M. Gingras. Ce dernier avait témoigné sur le sujet en septembre dernier. Depuis un premier infarctus en 1999 et son diabète, ceux-ci seraient aggravés au point où il est incapable d’avoir une érection. «Quand j’ai appris les accusations portées contre mon mari, cela a été comme un coup de masse pour moi. C’est impossible. Il n’est même pas capable d’avoir une relation sexuelle avec sa femme; comment cela se pourrait-il avec une autre», a déclaré Diane Saint-Jean, la conjointe de Roland Gingras.

Or, selon la procureure de la Couronne, Me Marie-Ève Paquet, il n’existe aucune preuve médicale contemporaine sur les prétendues difficultés érectiles du suspect, hormis un rapport de 1999 où il est fait mention d’améliorations. Elle s’est également interrogée sur les propos tenus par M. Gingras lors de son témoignage. Il aurait en effet affirmé qu’il aurait bien aimé ça, mais qu’il en était incapable. 

M. Gingras avait également nié en bloc les agressions qui lui sont reprochées en insistant sur le fait qu’il aimait sa femme et qu’il était toujours avec elle en dehors du travail. 

Cette dernière a déclaré la même chose, jeudi, en précisant qu’ils étaient toujours collés l’un à l’autre, allant même jusqu’à utiliser le même exemple que son mari. Elle a notamment précisé que pour s’assurer de passer des moments privilégiés avec lui le week-end, elle faisait toutes ses courses la semaine. Or, dans le contre-interrogatoire, elle a modifié sa version en avouant qu’elle avait souvent magasiné avec la plaignante les fins de semaine. 

Me Paquet a d’ailleurs soulevé plusieurs contradictions dans le témoignage de Mme Saint-Jean, mais aussi des divergences avec celui de M. Gingras. Et surtout, elle s’est demandée comment la présumée victime peut savoir que M. Gingras est circoncis alors qu’il n’aurait jamais été nu devant elle et que sa femme n’aurait jamais dévoilé ce détail à la plaignante. 

Par contre, Me Jacob soutient aussi qu’il n’y a aucune preuve qui vient corroborer le témoignage de la plaignante sur les supposés gestes sexuels en rappelant que personne ne les a vus ni entendus. Il a insisté sur le fait qu’aucun reproche ne peut être formulé à son client: un bonasse qui veut venir en aide à tout le monde.

Un autre point en litige porte sur la déficience de la plaignante. Selon l’avocat de la défense, aucune preuve n’a été faite sur la prétendue déficience de cette femme. Selon lui, on est davantage en présence d’une personne grandement influençable dont le raisonnement a pu être vicié par celui de sa mère. 

Me Paquet est d’un tout autre avis. Plusieurs éléments viennent confirmer selon elle cette déficience comme son absence d’autonomie et le fait qu’elle fréquente des écoles spécialisées et des camps d’été pour déficients. À sa face même, son témoignage démontrerait d’ailleurs sa vulnérabilité et son niveau d’intelligence limite. Qui plus est, elle a rappelé que M. Gingras n’avait jamais nié qu’elle souffrait d’une déficience intellectuelle. 

Dans le même ordre d’idées, elle a mis en doute la crédibilité de sa conjointe qui a nié catégoriquement la déficience de la plaignante. Cette dernière a en effet déclaré que la jeune femme était tout à fait normale et même capable d’entreprendre des études universitaires. Plus tard, elle a toutefois ajouté avoir voulu aider la jeune femme sous prétexte que «ces gens-là, il faut les aider à intégrer le marché du travail».