Yvette Richer a fait preuve d’une grande présence d’esprit jeudi soir, lorsqu’elle a interpellé un homme qui venait de commencer à suivre le compte Instagram de sa fille. Cet homme s’est avéré être un présumé pédophile. La police enquête.

Présumé pédophile piégé par la mère de sa victime

Trois-Rivières — La police de Trois-Rivières a ouvert une enquête après qu’un homme soit entré en contact avec une jeune adolescente de 12 ans par le biais d’Instagram, lui faisant clairement comprendre qu’il aimerait se masturber en regardant des jeunes filles. L’ennui, c’est que l’homme parlait à la mère de la jeune fille lorsqu’il a fait cette demande virtuelle, elle qui a accès à tous les comptes de sa fille sur les réseaux sociaux. Yvette Richer espère maintenant sensibiliser les parents à l’importance de discuter avec leurs adolescents à propos de la sécurité sur les réseaux sociaux.

L’événement s’est produit jeudi soir. Yvette Richer a reçu une notification sur son téléphone, comme quoi un certain Marcel Lacombe venait de commencer à suivre le compte Instagram de sa fille de 12 ans. «Nous avons convenu avec ma fille qu’elle a le droit d’être sur les réseaux sociaux à condition que ce soit toujours respectueux et de bon goût. Pour ça, on a aussi convenu que je pouvais avoir accès à ses comptes, non pas pour l’espionner, mais pour m’assurer qu’il n’y a pas d’intimidation ou de gens mal intentionnés», relate Mme Richer.

La notification a donc doublement attiré son attention, lorsqu’elle a réalisé que ce compte qui apparemment appartenait à un Marcel Lacombe de 36 ans, ne partageait aucun ami en commun avec sa fille, et ne semblait clairement pas fréquenter son école. Elle a donc commencé à discuter avec lui, en se faisant passer pour sa fille, histoire de connaître ses réelles intentions.

Son intuition ne lui aura pas menti. Rapidement, l’homme s’est présenté comme venant de Trois-Rivières-Ouest et comme étant un ami de son grand-père, et que c’était ce grand-père qui lui avait dit qu’elle fréquentait cette école. «C’est impossible car le grand-père de ma fille est décédé avant même qu’elle commence le secondaire. Ça ne collait pas», explique-t-elle.

L’individu, qui croit discuter avec la jeune fille de 12 ans, aborde rapidement ses préférences sexuelles pour les jeunes filles.

Rapidement, la conversation dégénère, alors que l’homme inscrit «j’aime bien me crosser sur les photos des petites filles de mes amis». Il propose également à la jeune fille de jouer et de danser avec lui. Lorsqu’elle lui mentionne qu’elle trouve étrange qu’un homme de son âge s’intéresse à elle, l’individu commence à écrire qu’il est un ancien combattant, que tous ses amis sont décédés et qu’il se sent seul, qu’il est rejeté de tout le monde mais qu’il n’y a qu’elle qui est gentille avec lui.

«J’essayais de le faire parler pour qu’il en dise encore plus et que je puisse avoir des preuves», indique-t-elle.

Yvette Richer a ensuite dévoilé à l’individu qu’il était en pleine discussion avec la mère de celle à qui il croyait parler, ce à quoi l’individu s’est montré incrédule pendant un bon moment. En fin de compte, l’interlocuteur a changé certains renseignements sur son compte en cours de route, disant être âgé de 68 ans, et a bloqué le compte de la jeune fille. Le compte Instagram marcel_lacombe_ était toutefois encore actif vendredi après-midi, lorsque consulté par Le Nouvelliste.

Yvette Richer a avisé la police de Trois-Rivières, qui est rapidement intervenue. «J’en ai discuté avec mon amie Marie-Elen Plante. C’est elle qui m’a recommandé de porter plainte. Elle m’a dit qu’il y avait une escouade spéciale pour ce genre de crimes. J’ai suivi son conseil et j’ai appelé. Ça n’a pas pris une heure qu’ils étaient chez nous pour prendre la plainte», explique Mme Richer, qui a pu porter plainte jeudi soir et a remis la totalité de la discussion aux enquêteurs. Elle s’est d’ailleurs dite heureuse de constater que sa plainte était prise très au sérieux.

À la Direction de la police de Trois-Rivières, le sergent Luc Mongrain confirmait vendredi après-midi, qu’une enquête était activement en cours dans ce dossier et qu’une arrestation pourrait rapidement survenir. On n’a cependant voulu émettre aucun commentaire sur la nature du compte Instagram, indiquant que rien ne prouvait que la personne agissait sous une véritable identité et qu’ainsi, tous les renseignements la concernant, y compris son âge ou sa photo de profil, ne pouvaient être considérés comme exacts.

Pour sa part, Yvette Richer espère que son histoire pourra faire réfléchir d’autres parents et d’autres jeunes, et que ça suscitera des discussions. «Je suis de la génération Facebook, mais ma fille est plus Instagram. Je ne connais pas bien cette application, et j’ai réalisé que n’importe qui pouvait commencer à suivre son compte. On a donc modifié ses paramètres pour qu’elle approuve les gens qui veulent commencer à suivre son compte. C’est important de se soucier de ça et d’en parler avec les jeunes, parce qu’on ne sait jamais les intentions des gens qui sont là-dessus», mentionne Yvette Richer.