Premier cas de COVID-19 à la prison de Trois-Rivières: frustration et inquiétude

Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Le Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec accuse le Centre de détention de Trois-Rivières d’avoir tardé à réagir et à faire de la prévention alors qu’un premier cas de COVID-19 vient d’être recensé.

En effet, un gestionnaire des services alimentaires a été testé positif au coronavirus. Le diagnostic serait tombé dimanche. Selon Mathieu Lavoie, président du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec, les tests ont pourtant été effectués la semaine dernière. «À partir du moment où cette personne a été testée et qu’elle ne se sentait pas bien, on aurait pu agir en prévention et plus rapidement considérant que nous sommes dans une crise. La prévention est d’une importance capitale et c’est ce qui a manqué ces derniers jours», a-t-il déploré.

Il reproche aussi à l’employeur d’avoir manqué à sa responsabilité d’informer. «Tout semble se faire un peu en cachette. C’est un peu la même problématique qui a été vécue au départ à Montréal où l’employeur disait que ça relevait de la Santé publique. Mais, c’est aussi la responsabilité de l’employeur d’informer son personnel, sans aller au-delà de la confidentialité des dossiers. Il est important qu’il agisse comme un bon gestionnaire, qu’il rassure les gens, qu’il prenne la situation au sérieux mais ce n’est pas ce qu’on a senti. Le diagnostic est arrivé une fin de semaine et les choses n’ont pas bougé rapidement: si on parle de la cuisine et de la cafétéria, la décontamination a été annoncée en fin de journée lundi pour aujourd’hui (mardi)», a ajouté M. Lavoie.

En retour, il dénote une frustration du personnel qui serait privé de réponses à toutes les questions. Présentement, une enquête épidémiologique est en cours pour tenter de savoir avec qui ce gestionnaire aurait eu des contacts. «On fait une enquête mais qui a l’air à moitié. On a identifié deux ou trois personnes. Ce sont des gestionnaires, des agents et du personnel civil de la cuisine mais le reste du personnel de l’établissement, on ne semble pas s’en préoccuper. Pourtant, il ne faut pas oublier que c’est un milieu avec beaucoup de promiscuité», a-t-il indiqué.

Il réitère l’importance d’agir rapidement pour retirer de façon préventive les employés qui auraient pu être exposés et pour éviter que les cas de COVID-19 se multiplient. Encore mardi, il ignorait quand le gestionnaire en question avait été retourné à la maison. «Plus on retarde l’enquête, plus on retarde dans le temps et plus on va en échapper», a-t-il martelé. À ce jour, la COVID-19 a frappé de plein fouet la prison de Bordeaux à Montréal où une centaine de détenus et d’employés sont infectés. Cette situation n’est pas sans causer de l’inquiétude à Trois-Rivières avec ce premier cas confirmé. Douze détenus sur les 188 ont passé un test de dépistage mais aucun n’a donné de résultats positifs.

Aux dires de M. Lavoie, le temps presse alors que les tensions augmentent à l’intérieur des murs, surtout que la population carcérale a perdu ses privilèges depuis le 13 mars afin de prévenir la propagation et l’entrée dans les établissements. «On a davantage de pression, de tension et de stress», a précisé M. Lavoie, tout en rappelant que la distanciation sociale ne peut pas être appliquée en permanence en prison, ne serait-ce que lors des interventions auprès de la clientèle et en raison de la configuration des locaux et cellules.