Me Myriam Brixi, avocate de Bel-Air Laurentien aviation.

Pas de triomphalisme chez Bel-Air

Shawinigan — Si les propriétaires de Bel-Air Laurentien aviation ont sablé le champagne jeudi, ils n’ont pas exposé cette joie sur la place publique. Alfred St-Onge fils et Danielle Mongrain sont demeurés discrets à la suite du jugement de la Cour supérieure qui rejette l’action collective intentée par la Coalition contre le bruit, préférant visiblement laisser passer le délai d’appel avant de baisser la garde.

Lors des audiences l’an dernier, les propriétaires avaient clairement indiqué qu’une condamnation mettait leur entreprise en péril. Leur avocate, Me Myriam Brixi (Lavery), convient que le couple vient de traverser des mois angoissants.

«C’est un parcours qui s’est échelonné sur plusieurs années», rappelle-t-elle. «Vous ne serez pas surpris d’apprendre que ça a été éprouvant pour eux. Aujourd’hui, ils sont soulagés et ils remercient le soutien de la région. Beaucoup de gens se sont mobilisés pour soutenir Bel-Air. Les employés ont contribué à maintenir les opérations. Quand vous avez une poursuite de 50 millions de dollars (à l’origine) qui pend au-dessus de votre tête, ça peut être suffocant pour une entreprise familiale, tant pour ses opérations que pour ses relations avec ses partenaires de services et ses employés. Ce jugement les soulage.»

Me Brixi n’avait évidemment pas encore effectué une analyse exhaustive de ce jugement jeudi après-midi, mais elle est tout de même parvenue à identifier quelques éléments déterminants qui ont retenu l’attention de la juge Suzanne Ouellet.

«L’absence de démonstration d’inconvénient anormal, l’absence de faute», observe-t-elle.

«Tout ce dossier était basé sur ces allégations. La juge a déterminé que le fardeau n’était pas rencontré dans les deux cas. C’est ce qui a pesé dans la balance et c’est d’ailleurs pourquoi elle ne s’est pas rendue à évaluer les arguments constitutionnels. Elle s’est arrêtée à la première étape. À partir du moment où il n’y avait pas de faute, ni de trouble et inconvénient, elle a rejeté l’action.»

Liliane Guay, présidente de la Coalition contre le bruit et personne désignée dans le cadre du recours collectif.

L’impressionnante vague d’exclusions, pour un dossier en recours collectif, a aussi joué un rôle.

«Sans être un élément déterminant, c’est certainement un élément qui a été considéré», constate Me Brixi. «C’est malheureusement ce qui a peut-être exacerbé la division au sein de la communauté, le fait d’avoir une Coalition qui s’opposait à cette vague d’exclusions. Ça n’a pas dû être facile pour les riverains durant cette période.»

Bien que le jugement rencontre évidemment ses attentes, l’avocate évite de triompher.

«Nous avons toujours maintenu que l’action collective devait être rejetée, que nos clients n’avaient pas commis de faute, qu’ils exerçaient les activités de leur entreprise en toute légalité et que les riverains ne subissaient pas d’inconvénients», résume-t-elle.

Du côté de la Coalition contre le bruit, le jugement a été accueilli comme une tonne de briques. Me Marie-Anaïs Sauvé (Sylvestre Painchaud et associés) réserve ses commentaires, le temps de bien analyser l’argumentation.

Liliane Guay, présidente de la Coalition contre le bruit et visage des riverains exacerbés, élaborera sa réaction après en avoir discuté avec ses avocates.

«C’est sûr que c’est décevant, je ne dirai pas le contraire», laisse-t-elle tomber.

«C’est évident, après tout ce que nous avons fait. Mais je ne peux pas commenter plus que ça, tant que nous n’aurons pas parlé avec nos avocates.»