Des policiers et des contrôleurs routiers étaient à l'affût, mercredi, à Trois-Rivières. Ils tentaient de repérer des usagers de la route qui utilisent leur cellulaire au volant.

Opération texto/cellulaire à Trois-Rivières: les policiers vous observent

Trois-Rivières — Si en roulant à Trois-Rivières, à proximité d’un minibus scolaire aux vitres teintées, vous vous sentiez observé, mercredi, vous n’êtes pas paranoïaque.

L’autobus était rempli de policiers, de contrôleurs routiers et de journalistes, et ils vous avaient à l’oeil. La Direction de la police de Trois-Rivières et Contrôle routier Québec ont mené une opération dont l’objectif était d’intercepter les contrevenants du cellulaire au volant.

Un autobus peut en effet aider les forces de l’ordre à vérifier pourquoi vous avez les yeux baissés ou pourquoi vous restez immobilisé lorsque le feu rouge passe au vert. 

«Quand on conduit un véhicule de patrouille, c’est difficile de voir le téléphone et de savoir exactement ce que la personne fait, alors que de se trouver dans un véhicule commercial surélevé nous permet d’avoir une très belle vue plongeante à l’intérieur des véhicules», explique le lieutenant Jonathan Beauvais, coordonnateur provincial aux communications pour Contrôle routier Québec. 

Il y avait donc des observateurs dans l’autobus. Après avoir constaté une infraction, ils prévenaient des patrouilleurs qui procédaient à l’interception.

Est-ce que les Trifluviens sont des citoyens exemplaires ou se sont-ils méfiés en apercevant cet autobus scolaire aux vitres teintées circulant bien après le début des classes? Quoi qu’il en soit, très peu d’entre eux se sont fait prendre, soit quatre conducteurs, ce qui n’est pas représentatif de l’ampleur du phénomène, selon le sergent Luc Mongrain, responsable des relations publiques pour la police de Trois-Rivières. 

«C’est une infraction qui est constatée quotidiennement par nos patrouilleurs. Aux intersections, les conducteurs immobilisés ont souvent la tête penchée. Le premier réflexe chez les conducteurs, c’est de récupérer leur téléphone pour retourner un appel, un message. C’est une infraction qui, malgré toute la sensibilisation, tend à se répéter.»

Cet événement avait lieu dans le cadre de l’opération nationale concertée Distraction 2019 qui se tient jusqu’à jeudi sur l’ensemble du territoire québécois. La distraction au volant est d’ailleurs l’une des principales causes de collisions mortelles ou de blessures graves au Québec. Et le cellulaire au volant en est la principale. 

 

Selon la SAAQ, la distraction incluant les appareils électroniques comme les cellulaires est mentionnée par les policiers comme une des causes principales dans 35% des décès sur la route. Elle est aussi en cause dans un accident sur deux qui fait des blessés ou des décès. Et d’une année à l’autre, ce n’est pas une statistique qui tend à s’améliorer. 

De plus, 549 428 infractions relativement au cellulaire au volant ont été enregistrées du 1er juillet 2008 - date à laquelle les policiers ont commencé à remettre des constats d’infraction en lien avec cette problématique - au 31 décembre 2018. Leur nombre a atteint un sommet en 2014 avec 67 866 infractions avant de descendre chaque année pour atteindre 39 312 en 2018.  À Trois-Rivières seulement, depuis le début de l’année, ce sont 108 conducteurs qui sont venus grossir les statistiques.

Notons aussi que les conducteurs de 20 à 44 ans sont surreprésentés parmi ceux qui ont été reconnus coupables d’une infraction concernant le cellulaire au volant. Rappelons que le simple fait de tenir un cellulaire en main en conduisant est strictement interdit. C’est le cas même lorsque notre véhicule est arrêté à un feu rouge ou dans un bouchon de circulation.

Par ailleurs, les amendes ont augmenté drastiquement depuis juin 2018. Quand un usager de la route se fait prendre avec un cellulaire à la main, il écope d’une amende minimale de 484$ (incluant les frais), et 5 points d’inaptitude sont ajoutés à son dossier de conduite. En cas de récidive, son permis de conduire est suspendu sur-le-champ.

Comment peut-on expliquer la diminution du nombre de constats d’infraction au fil des années? Les gens sont-ils plus sensibilisés, craignent-ils les amendes? Peut-être, mais il serait aussi plus difficile de les prendre la main dans le sac. 

«On espère que ces amendes plus élevées ont sensibilisé certains conducteurs. Par contre, il y a quelques années, les gens parlaient au téléphone alors que maintenant la majorité des jeunes textent. Pour nous, c’est un enjeu de difficulté supérieur. On ne voit pas toujours le téléphone. On voit que les gens ont la tête baissée. On comprend rapidement ce qu’ils font. Par contre, c’est plus difficile de les intercepter sur le fait», note le sergent Mongrain. 

«De plus en plus, les gens vont texter au volant. Donc, on va voir les gens qui penchent la tête, qui ont leur téléphone sur leur cuisse ou un peu en dessous du volant. Cela peut créer une certaine difficulté pour les patrouilleurs qui doivent constater l’infraction, et c’est pour cette raison qu’on a mis en place ce type d’opération avec un véhicule commercial», renchérit le lieutenant Beauvais.

Contrairement au Contrôle routier, l’opération de mercredi avec un autobus était une première pour la police de Trois-Rivières. Malgré le nombre peu élevé de conducteurs interceptés, l’expérience est satisfaisante, assure le sergent Mongrain. 

«L’important, c’était que le message passe. Ça se voulait d’abord une campagne de sensibilisation. Donc, pour nous, c’est mission accomplie. Est-ce qu’il y aura reprise de ces opérations? La réponse est oui. On ne sait juste pas encore sous quelle formule.»