Opération antibraconnage historique

Deux réseaux de braconnage de gibier et de poisson ont été démantelés mercredi dans ce qui s'avère être l'une des plus importantes opérations antibraconnage de l'histoire du service de protection de la faune en Mauricie.
Au total, ce sont 59 personnes qui ont été rencontrées en lien avec ces deux réseaux et qui pourraient devoir faire face à un total de 320 chefs d'accusation devant la justice pénale.
Selon le commandant Gérald Desharnais, directeur régional de la protection de la faune Mauricie Centre-du-Québec et Lanaudière, les deux réseaux opéraient en parallèle l'un de l'autre, mais avaient des connexions de par leurs têtes dirigeantes qui se connaissaient. 
Le premier réseau de chasse de gibier s'articulait autour d'un principal suspect, un individu de Saint-Georges-de-Champlain, qui agissait comme tête dirigeante, accompagné de quelques complices.
«Il chassait illégalement l'orignal dans le secteur de La Tuque et le cerf de Virginie dans le secteur de Sainte-Thècle, avec des connaissances. Ces suspects effectuaient de la chasse de nuit, de la chasse sans permis, de la chasse avec engins prohibés. Ils vendaient la viande auprès d'un réseau de clients déjà établi», explique le commandant Desharnais.
L'enquête, qui a débuté en 2014, a été initiée à la suite d'un souper de venaison tenu dans un bar de Saint-Georges-de-Champlain où les premières observations des activités du réseau ont pu être constatées.
Par ailleurs, un boucher de la région de Shawinigan agissait à titre de complice en préparant le gibier, en découpant la viande et en l'emballant sous vide pour ensuite la remettre au principal suspect. Des activités de vente de cette viande auraient aussi eu lieu dans l'entourage du commerce visé.
Quant au second réseau, la tête dirigeante et sa conjointe faisaient de la pêche illégale de doré avec un réseau de connaissances et vendaient le poisson à un réseau de clients déjà établi.
«Ils pêchaient principalement avec des cannes à pêche mais parfois avec des filets des quantités importantes de doré au réservoir Gouin, à proximité du barrage. On estime que le couple pouvait écouler 1200 livres de doré par an à un réseau de clients établis dans la région de La Tuque, Shawinigan et Trois-Rivières», explique M. Desharnais, qui précise que pour faire une livre de doré, il faut en général trois poissons. 
Au total, 59 personnes ont été rencontrées, dont les principaux suspects et leurs complices, mais également un nombre important de clients qui achetaient cette viande. La protection de la faune a d'ailleurs émis certains doutes quant à la possibilité que ces individus n'aient pu savoir qu'ils achetaient de la viande chassée illégalement. 
Un total de 33 perquisitions ont été menées, dont 28 à Trois-Rivières et Shawinigan et cinq du côté de La Tuque. Des armes à feu, une arbalète, un véhicule 4x4, du matériel de pêche et un congélateur ont été saisis, de même que deux chaloupes, dont une possédait un faux plancher qui servait à cacher le poisson pêché illégalement. Pas moins de 170 agents de protection de la faune de partout au Québec ont procédé à cette opération.
Charité
Bien que l'enquête se poursuive, en date de mercredi on pouvait dénombrer 225 kilos de viande d'orignal, 70 kilos de viande de cerf de Virginie ainsi que 55 kilos de doré saisis lors de l'opération. Cette nourriture mise sous vide et congelée sera remise, au cours des prochaines semaines, à des organismes de charité comme le veut la procédure.
D'ailleurs, du côté de Moisson Mauricie-Centre-du-Québec, mercredi après-midi, on confirmait avoir reçu un appel du ministère expliquant qu'une partie de la récolte serait mise à leur disposition sous peu.
«C'est toujours très apprécié car les besoins sont grands. C'est assez commun qu'on reçoive des produits issus de saisies ou d'opérations ministérielles comme celle-là. En 2014-2015, nous avions reçu pas loin de 2000 kilos de viande grâce à ça. En 2015-2016, c'était 870 kilos», note Geneviève Marchand, responsable des communications pour Moisson Mauricie/Centre-du-Québec.
Accusations
Puisque l'enquête se poursuit, les accusations n'ont pas encore été portées contre les personnes rencontrées mercredi. C'est pourquoi aucune identité ne peut être dévoilée pour le moment.
Toutefois, il faut s'attendre à ce que des accusations soient déposées prochainement, en lien avec de la vente et de l'achat illégal de gros gibier et de poisson, de la chasse de nuit, de la chasse avec engin prohibé, de la possession de quantité de poissons supérieure au contingent quotidien permis et de la pêche avec filet.
Au total, les amendes en lien avec ces 320 chefs d'accusation devraient frôler les 700 000 $, indique le commandant Desharnais.
«La présente opération démontre que bien des gens sont prêts à enfreindre la loi pour se procurer du gibier ou du poisson issu de la pêche sportive. Ceci entraîne généralement une recrudescence marquée des prélèvements illégaux.»
«Il est illégal d'acheter de la chair de gibier sauvage et du poisson qui ne provient pas de pêcherie commerciale. Ce comportement encourage le commerce illicite et nuit à la faune», a tenu à rappeler le commandant Desharnais.