Le vol avait eu lieu le 16 mars 2018 à la banque CIBC de Shawinigan.

«On n’est pas au Far West ici»

TROIS-RIVIÈRES — Un hold-up dans une banque de Shawinigan a valu à un jeune homme de 25 ans, Yuri Gabriel Verzier, une peine de quatre ans et demi de pénitencier.

En prononçant la sentence, le juge Jacques Lacoursière a été très clair: «Ce n’est pas un petit vol à l’étalage que vous avez commis. C’est un vol de banque. On n’est pas au Far West ici!». Il a rappelé du même coup que cette infraction était tellement grave qu’elle était punissable de la prison à vie.

Le principal facteur aggravant est que le jeune homme est un récidiviste en la matière. À l’âge de 18 ans, il avait en effet commis un vol à main armée dans une institution financière de Laval, ce qui lui avait valu à l’époque 30 mois de prison, sans compter six mois supplémentaires pour des infractions reliées aux stupéfiants. En septembre dernier, il avait également plaidé coupable à plusieurs petits larcins tels que des vols et des fraudes, écopant du même coup de neuf mois de prison.

Le juge a abondé dans le même sens que la procureure de la Couronne, Me Marie-Ève Patry, qui réclamait quatre ans et demi de prison. De toute évidence, les sentences qui lui ont été imposées dans le passé n’ont pas eu l’effet escompté, d’où l’importance pour le juge de prioriser les critères de dénonciation et de dissuasion.

Le vol avait eu lieu le 16 mars 2018 à la banque CIBC de Shawinigan. Yuri Gabriel Verzier s’était présenté au comptoir à 11 h 38. Il portait alors une cagoule et un chapeau de sorte que seuls ses yeux étaient visibles. À ce moment, c’est la directrice de la succursale qui répondait seule à la clientèle, en remplacement d’une employée.

Le suspect a alors tendu un papier à la dame sur lequel il était écrit: «Je suis armé, côté gauche de mon corps. Aucune alerte, aucun bouton, aucun regard de détresse, aucun faux billet sinon je prends un otage ou plus. Tu me donnes 25 billets de 100 $ calculés séparément. T’as cinq minutes. Aucune puce ni arnaque. Sinon il arrivera de quoi. Total 2500 $». Il lui a ensuite demandé de rester calme.

La dame a alors glissé le papier vers elle pour le conserver, comme on le lui a enseigné en pareilles circonstances. Le voleur a insisté pour avoir des billets de 100 $ et lui a montré une bosse sur lui, laissant supposer la présence d’une arme. Or, elle lui a expliqué qu’elle ne pouvait accéder à sa demande immédiatement. Elle lui a plutôt remis 1700 $ en billets de 10 $ et 20 $ et une somme de 400 $ dans un paquet-voleur. Il s’agit d’un dispositif qui permet de retracer l’auteur du vol. Il a ensuite pris la fuite.

Cependant, la directrice en question a reconnu le voleur par sa voix particulière puisqu’il est justement un client régulier de la banque. Il a donc été arrêté peu de temps après. Les policiers ont saisi à son domicile la cagoule, le chapeau, les gants, le manteau, l’arme de poing à air comprimé et des documents le liant à la banque comme client.

Selon la preuve, il aurait prêté une partie de l’argent volé à sa colocataire pour l’aider à payer le loyer. Il prétendait avoir obtenu un prêt de la banque.

Dans le cadre du procès, une experte a par ailleurs expliqué avoir relevé des traces de son ADN sur les morceaux de vêtements portés par Verzier. Il a également été prouvé que c’est lui qui avait écrit la fameuse note du vol.

Il s’agit donc d’une preuve circonstancielle que le juge a qualifiée d’accablante. Du coup, le tribunal n’a accordé aucune crédibilité à l’accusé qui prétendait que la note en question avait été rédigée à titre explicatif et pour satisfaire la curiosité de ses amis qui lui demandaient comment il avait réalisé son premier vol de banque. Il aurait ensuite laissé traîner cette note sur un comptoir de cuisine. Selon le juge, son explication est invraisemblable, illogique et dénuée de bon sens.

Yuri Gabriel Verzier, qui est défendu par Me Martine Garceau-Lebel, a ainsi été déclaré coupable du vol qualifié mais aussi de bris d’engagements et d’infractions liées aux armes à feu.

Le prévenu a invoqué la clémence du juge en racontant qu’il avait non seulement compris bien des choses en prison mais qu’il avait aussi fait des démarches pour aller suivre une thérapie. «Je veux prouver qu’un détenu peut s’en sortir autrement que derrière les barreaux, surtout à 25 ans», a-t-il invoqué. Il a réclamé une sentence suspendue assortie d’une probation avec suivi.

Mais pour le juge, c’était trop peu, trop tard. Et bien que le prévenu ait affirmé ne pas avoir commis de gestes de violence et que son arme était inutilisable, le juge lui a répliqué que la victime, elle, ne pouvait le savoir. Elle doit aujourd’hui vivre avec les conséquences de ce délit.

Il a donc imposé une peine de 54 mois de prison, de laquelle sera soustrait dix mois de préventif.