Olivier Charrière lors de son arrestation en 2015.

Olivier Charrière aurait vendu un séchoir qui ne lui appartenait pas

Trois-Rivières — Olivier Charrière, cet individu qui aurait détourné et volé pour plus de 800 000 $ dans le cadre de ses activités de courtage agricole, aurait notamment vendu un séchoir à grains qui ne lui appartenait pas.

C’est du moins ce qu’a révélé, mardi, Donald Fontaine dans le cadre du procès d’Olivier Charrière. Tel que l’a expliqué cet homme d’affaires chargé de projets pour la compagnie Napierveau, il a loué en juin 2007 le plan de séchage situé à Sainte-Geneviève-de-Batiscan à Olivier Charrière et sa compagnie Élévateurs de la Rive-Nord. 

Les installations comprenaient évidemment un séchoir. Selon lui, Charrière voulait acheter le site au départ mais comme il n’en avait pas les moyens, un bail avec option d’achat a été signé entre les parties. Le coût de location était de 25 000 $ par année pendant cinq ans. À l’échéance du bail, il devait débourser 500 000 $ pour acheter le plan de séchage. 

Selon M. Fontaine, le prévenu aurait vendu le séchoir se trouvant sur le site pour le remplacer par un nouveau. Il aurait appris la nouvelle en recevant un appel d’une institution financière qui voulait récupérer le nouveau séchoir sur lequel une hypothèque légale avait été placée. 

Du même coup, il a aussi appris que Charrière s’était mis sous la protection de la faillite. «J’ai été obligé de payer 66 000 $ au syndic pour garder le séchoir en place car un plan de séchage sans séchoir, ça ne vaut pas grand-chose», a-t-il déploré. 

En fait, la preuve de la Couronne tend à démontrer qu’Olivier Charrière aurait remplacé en juin 2008 l’ancien séchoir à grains par un nouveau afin de doubler la capacité de traitement, et ce, sans autorisation. 

Cette acquisition a été faite auprès de Serge Racine, propriétaire de Comptoir agricole de Sainte-Anne. Le séchoir a été payé 130 000 $ environ, ce qui inclut le rachat par Serge Racine de l’ancien séchoir à grains appartenant à Napierveau. 

Lors de son témoignage, M. Racine a avoué avoir pensé lors de leurs pourparlers que M. Charrière avait des idées de grandeur lorsqu’il a acheté le nouveau séchoir. Toutefois, ce dernier aurait payé comme convenu. Lorsqu’il a appris plus tard que l’ancien séchoir ne lui appartenait pas, il était un peu déboussolé. «Je n’avais jamais vécu cette situation avant», a-t-il mentionné. 

Rappelons qu’Olivier Charrière est accusé de vols et des fraudes envers plus d’une vingtaine d’agriculteurs québécois en 2008 et en 2009. Il est aussi soupçonné d’avoir détourné 100 000 $ à même les coffres de son entreprise pour s’acheter une maison et un immeuble à logements. Mardi, les audiences ont surtout porté sur la preuve recueillie par le ministère public en lien avec le séchoir. 

Lorsque contre-interrogé par l’avocat de la défense, Me Miguel Mpetsi Lemelin sur le remplacement du séchoir, M. Fontaine a mentionné qu’il ne se rappelait pas si Charrière lui en avait fait mention. Il a répondu que le suspect lui aurait peut-être dit de ne pas s’en faire car il allait le racheter.

Il a aussi été question des chèques qu’il a reçus de Charrière pour la location du plan de séchage. M. Fontaine avait évoqué plus tôt les problèmes qu’avait le suspect à le payer. Me Lemelin lui alors exhibé un chèque de 25 000 $ émis par Charrière pour la première année puis un second de 50 000 $ émis en février 2007. Selon les calculs de l’avocat, il y a donc un montant de 25 000 $ qui a été perçu en trop puisque M. Charrière a opéré le plan de séchage pendant deux ans seulement. Il a en effet fait faillite en octobre 2009. 

Sur ce point, M. Fontaine n’a pas été en mesure d’identifier les chèques, précisant qu’il lui avait peut-être vendu aussi pour 50 000 $ de grains. 

Le procès devant jury se poursuit mercredi.