Un garçon de 11 ans a vécu une situation difficile, la semaine dernière, lorsqu’une vidéo filmée à son insu a été partagée sur des médias sociaux.

Nu sur Internet à 11 ans contre son gré

TROIS-RIVIÈRES — Une famille de Bécancour a eu tout un choc la semaine dernière lorsqu’elle a reçu un appel de l’école. Ce qui ne semble se passer qu’aux nouvelles ou dans les films est devenu une réalité pour elle. Une vidéo de leur fils de 11 ans s’est retrouvée sur les médias sociaux. Une vidéo dans laquelle on peut voir le garçon nu. Il a été filmé à son insu par un ami alors qu’il se trouvait dans sa salle de bain. L’ami en question l’a partagée sur Snapchat et Instagram dont à un groupe privé qui réunit les élèves de leur classe.

«Je ne m’attendais vraiment pas à ça. J’ai figé. C’est comme si mon cerveau n’arrivait pas à assimiler la nouvelle», raconte la mère de la victime dont on ne peut révéler l’identité pour protéger les enfants impliqués. Après avoir digéré l’information, un flot de pensées des plus inquiétantes l’ont assaillie. «Plus la journée avançait, plus je me questionnais. Qui a ça entre les mains? Au niveau des réseaux sociaux, un coup que c’est partagé, on n’a pas le contrôle sur qui peut le transférer dans son ordinateur et quel usage il va en faire. C’est la partie la plus difficile et il faut essayer de ne pas y penser, parce qu’on n’y peut rien», déplore-t-elle.

Son fils de 11 ans s’est fait filmer à son insu alors qu’il se trouvait chez un garçon de 12 ans qu’il connaît depuis peu de temps. Ils fréquentent tous les deux la même classe de 6e année. «Il s’est rendu à la salle de bain. Il s’est déshabillé et s’est fait filmer sans le savoir. Cet ami-là lui a montré [la vidéo]. Mon garçon lui a demandé de la supprimer. L’ami n’a pas voulu. Il a dit qu’il allait mettre un code dessus et que personne n’allait la voir. Il en a parlé à personne, et c’est deux semaines plus tard que l’ami l’a partagée sur les réseaux sociaux», relate sa mère.

L’adolescent de 12 ans l’aurait donc publiée sur un groupe privé Snapchat réunissant des élèves de sa classe ainsi que publiquement sur son compte Snapchat. Il l’aurait également mise sur Instagram. La vidéo serait restée disponible pendant deux jours. Jusqu’à temps en fait qu’une élève de la classe ne la montre à un enseignant.

Un protocole s’est immédiatement enclenché. Comme il s’agit d’une geste criminel, l’école a informé la Sûreté du Québec de la situation. L’adolescent en cause pourrait d’ailleurs faire face à des accusations relativement à de la distribution de pornographie juvénile.

Si c’est l’école qui a contacté les policiers, les parents de la victime devaient décider s’ils souhaitaient porter plainte ou pas. «Je me suis posée beaucoup, beaucoup de questions. J’ai beaucoup réfléchi. Si on ne porte pas plainte, quel message on envoie? Est-ce que le message qu’on envoie c’est que vous pouvez filmer mon fils, partager ça sur les réseaux sociaux et qu’il n’y aura aucune conséquence? J’étais un peu mal à l’aise avec ça. (...) J’ai pensé que cette personne-là a peut-être fait d’autres victimes ou qu’elle va en faire d’autres si on ne fait rien. Dénoncer, déjà, c’est de faire un pas en avant.»

Cet adolescent va ainsi pouvoir recevoir une aide appropriée, estime-t-elle. «Il va être encadré. Le message qu’on veut envoyer, c’est que c’est important de dénoncer pour que toute personne reçoive l’aide dont elle a besoin.»

Jamais elle n’aurait pensé que son fils puisse se retrouver au centre d’une histoire semblable. «C’est souvent des situations qu’on voit à la télévision, mais un coup que ça traverse dans nos vies, on est souvent démuni et on ne sait pas comment réagir. Souvent on va dire à nos enfants de ne pas se prendre en photo tout nus et d’envoyer ça à d’autres. Mais quand c’est fait à ton insu et sans ton consentement, tu n’as plus le contrôle de cette partie-là.»

Si elle en parle aujourd’hui, c’est bien pour conscientiser les parents et les jeunes à une telle situation. «Il n’y a aucune famille qui est à l’abri de vivre ça. Il faut en discuter avec nos enfants. S’il y a des enfants qui sont victimes ou témoins, il faut insister sur le fait d’en parler, de ne pas le garder pour soi. Il faut en parler à un adulte de confiance. Si ça fait parler une ou deux personnes, déjà, c’est mission accomplie. En tant que parents, on a un travail à faire au niveau de la sensibilisation et de la prévention.»

Même si elle a une très bonne relation avec son fils, il ne lui a rien dit avant que l’école appelle mercredi dernier. «Il ne nous en avait pas parlé parce qu’il avait peur. Il avait peur qu’on soit fâché, qu’on le prive d’ordinateur ou de tablette. C’est une situation qui aurait pu être évitée. Lorsque son ami l’a filmé et a refusé de retirer la vidéo, on aurait pu en parler entre parents et faire quelque chose.»

Lorsque la vidéo a été publiée, son fils se trouvait à la maison avec un ami. «Son ami et lui l’ont vue en même temps. J’étais à la maison. J’étais dans la même pièce qu’eux. Jamais ils ne me l’ont montrée ou ils me l’ont dit. Ils sont partis ensemble dans le sous-sol pour lui répondre [à l’adolescent qui a publié la vidéo], pour lui dire que ça ne faisait pas. Mon fils avait peur que même en étant victime, on soit fâché contre lui.»

Toute cette affaire a évidemment été difficile pour lui. «Il s’est senti terriblement humilié. Déjà à la base, c’est un enfant qui est pudique. Il y a quelqu’un qui est entré dans son intimité.»

Heureusement, ses amis ne se sont pas moqués de lui et l’école a réagi promptement.

À la Commission scolaire La Riveraine, on mentionne qu’une telle affaire est très rare. «Quand des situations comme celle-là se présentent, l’équipe-école intervient. Les psychoéducateurs, les professionnels, la direction de l’école et les parents concernés sont impliqués», explique Pascal Blondin, secrétaire général à la commission scolaire. De plus, à l’école touchée, une policière de la Sûreté du Québec tiendra une séance de sensibilisation auprès des élèves de 6e année, mardi, sur l’utilisation des médias sociaux.