Johanne Brodeur et Pierre Lapointe se sont rendus sur les lieux de l'accident qui a coûté la vie à leur fils en 2015.

Nouveau pont, mauvais souvenir

Le pont de la rivière du Milieu, à la limite de la MRC de Mékinac et de La Tuque, a été refait et déplacé de quelques mètres.
Des travaux qui font remonter bien des questions pour les parents de Michaël Lapointe, ce jeune homme qui a perdu la vie alors que sa voiture a sombré dans la rivière du Milieu après une sortie de route. Pierre Lapointe et Johanne Brodeur sont toujours en quête de réponses.
«Ces travaux-là nous ramènent à notre histoire pour laquelle on n'a jamais vraiment eu de réponses. [...] On ne pourra jamais faire notre deuil sans savoir ce qu'ils faisaient autour du pont sans mandat en 2015», lance Johanne Brodeur.
Les circonstances entourant l'accident ont beaucoup fait jaser dans la dernière année. La sortie publique des parents, le manque de communication avec les autorités, la réouverture de l'enquête, la décision du Directeur des poursuites criminelles et pénales de ne pas porter d'accusation... 
Le lendemain de l'accident en octobre 2015, des citoyens qui résidaient près des lieux du drame avaient contacté Le Nouvelliste pour dénoncer la situation. Ils pointaient du doigt un chantier laissé à l'abandon, sans signalisation, qui donnait l'illusion que le chemin était droit alors qu'il s'agit d'une courbe prononcée menant à un pont.
C'est d'ailleurs ce pour quoi les parents de la victime veulent des réponses, des réponses «sans détour».
«C'est l'incompréhension. À l'heure actuelle, ce qui me trouble, c'est qu'ils ont déménagé le pont. Ils ont éliminé la courbe. C'est qu'ils devaient la juger dangereuse? Si elle était dangereuse, comment quelqu'un a-t-il pu faire une ouverture béante comme ça? On ne sait plus trop quoi penser», affirme M. Lapointe.
«Personne n'avait à entreprendre des travaux à cet endroit-là, on ne le digère pas encore. Comme c'est là, personne n'est fautif. Ce n'est la faute de personne. Tout le monde se renvoie la balle. Ça n'a pas d'allure. C'est inconcevable que personne n'ait à rendre de compte dans cette histoire-là. J'ai l'impression qu'il y a bien des choses qui n'ont pas été regardées. Mon fils est mort pour rien...» ajoute-t-il.
Malgré la décision prise par le DPCP, Pierre Lapointe et Johanne Brodeur continuent de creuser leur propre enquête.
«On va faire le tour pour savoir si tout le monde a été rencontré par les policiers. On va essayer de ramener de nouveaux éléments», souligne M. Lapointe.
«Cette personne-là peut encore aller travailler n'importe où et faire n'importe quoi sans conséquence. Ça va arriver encore, on ne veut juste plus que ça arrive. On ne veut pas la tête de personne, on veut juste que ça n'arrive plus jamais», ajoute Mme Brodeur.
Les deux Latuquois estiment par ailleurs que la nouvelle structure est sécuritaire, bien qu'une seule voiture puisse y circuler à la fois. Un garde de plusieurs mètres a été installé et la courbe éliminée en grande partie.
«Qu'ils aient éliminé la courbe, c'est une bonne affaire. [...] Ç'a été fait dans les règles de l'art. On n'a rien à dire. Ce que l'on veut, ce sont les réponses à nos questions», insiste Mme Brodeur.
D'ailleurs, les travailleurs ont pris soin de conserver les souvenirs accrochés sur l'ancien pont pour la famille Lapointe. 
«Ils ont été très respectueux. Ils ont décroché la croix qu'on avait posée sur l'autre pont et ils l'ont mise sur la cabane qu'on a construite pour Mick», a noté Pierre Lapointe.
«Ils ont même gardé un bout de la rampe avec des messages écrits dessus», a conclu Mme Brodeur.