Le 1er octobre dernier, les policiers de Trois-Rivières avaient été appelés dans un des logements de cet immeuble de la rue des Ormeaux. Édith Bolduc, 27 ans, venait d'être poignardée à mort. Un des policiers qui a eu à se rendre sur la scène de crime vient de se voir imposer cinq jours de suspension sans solde par son employeur parce qu'il a utilisé son téléphone portable pour prendre des images de la scène de crime et du cadavre.

Meurtre d'Édith Bolduc: délire paranoïde ou geste conscient?

Le procès de Louis-Pier Noël, accusé du meurtre au second degré de sa conjointe Édith Bolduc, s'est poursuivi mercredi au palais de justice de Trois-Rivières, avec les plaidoiries des avocats. Alors que la défense plaide que Noël doit être déclaré non-criminellement responsable pour troubles mentaux, la poursuite estime pour sa part que l'homme de 28 ans était conscient de ses actes.
On se souviendra que Noël aurait assassiné sa conjointe à coups de couteau dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre 2011, dans leur logement de la rue des Ormeaux, dans le secteur Cap-de-la-Madeleine.
Selon la défense, représentée par Me David Grégoire et Me Pierre Spain, l'homme, qui souffre de schizophrénie paranoïde depuis son adolescence, vivait depuis plusieurs mois un délire de persécution, ayant témoigné qu'il croyait que sa conjointe le trompait et était impliquée dans un réseau de prostitution pour gagner plus d'argent.
Il croyait même l'apercevoir souvent sur les lieux de son travail de signaleur routier, soutenant qu'elle s'y rendait en compagnie d'autres hommes pour venir le narguer. Noël se sentait également menacé au travail par ses collègues.
Le soir du 30 septembre, à son retour à la maison, l'accusé a croisé le chemin d'un homme qu'il croyait être menaçant, selon la défense. Il serait alors entré en épisode de délire, questionnant sa conjointe sur la présence de cet individu, qu'il croyait relié au réseau de prostitution. La victime a alors pris le téléphone, se sentant menacée par son conjoint et a composé le 911. C'est à ce moment que Louis-Pier Noël s'est emparé d'un couteau dans la cuisine et a causé des blessures mortelles à sa conjointe.
La défense soutient que cet épisode, selon un témoin expert entendu au cours du procès, aurait pu se produire à n'importe quel moment au mois de septembre, lorsqu'il vivait ce délire de persécution, mais que les éléments du puzzle se sont emboîtés ce soir-là, formant un cocktail explosif.
La poursuite plaide plutôt que la consommation de drogues et d'alcool de l'accusé ce soir-là pourrait avoir eu un rôle important à jouer, soulevant des extraits de l'interrogatoire vidéo de l'accusé qui admettait lui-même avoir consommé six ou sept bières en plus d'amphétamines, et que sans ces substances il ne serait probablement pas passé à l'acte.
Pour la poursuite, c'est la tentative d'appel au 911 de Mme Bolduc, et donc la possibilité de voir les policiers arriver et l'arrêter pour menaces, qui ont fait que Louis-Pier Noël a agi de la sorte. Me Jean-Marc Poirier et Me Benoît Larouche, procureurs de la Couronne, ont d'ailleurs relevé des éléments du même interrogatoire où l'accusé signifiait que si la police n'avait pas été appelée, ça ne se serait pas produit.
La défense rétorque cependant qu'il serait illogique qu'un individu ayant peur de se retrouver en prison puisse assassiner une personne sous ce motif, le meurtre menant forcément vers la prison. Me Spain a ajouté que rien dans la preuve ne démontre que ces substances aient pu exacerber son état.
De son côté, la Couronne estime que si l'accusé vivait bel et bien un épisode de délire au moment des faits, il aurait continué de s'inquiéter de la présence de l'individu qu'il estimait menaçant près de son logement une fois le crime commis. Or, à l'arrivée des policiers, Louis-Pier Noël semblait calme et coopérait avec les autorités, sans jamais signaler la présence de cet individu dans les parages.
Les procureurs soutiennent que la non-responsabilité criminelle ne peut pas s'appliquer hors de tout doute raisonnable si l'accusé avait ingéré de façon volontaire des substances susceptibles d'affecter son état mental.
Le juge Serge Francoeur a pris la cause en délibéré et rendra son jugement le 8 avril prochain, jugement qu'il a pris soin de qualifier comme l'un des plus difficiles qu'il aura eu à rendre de sa carrière.