On voit ici Marc Isabelle au palais de justice de Shawinigan.

Marc Isabelle coupable de certains chefs d'accusation

Le musicien et producteur bien connu de Shawinigan, Marc Isabelle, a été déclaré coupable, mardi, de quatre des 18 accusations qui pesaient contre lui en lien avec des abus sexuels et des voies de fait commis sur deux jeunes filles.
Dans une décision de 25 pages, le juge David Bouchard a en effet conclu que Marc Isabelle s'était livré à des attouchements sexuels sur une fillette et l'avait incitée à avoir des contacts sexuels avec lui mais uniquement sur la période comprise entre 1990 et 1994.
La victime était alors âgée entre 3 et 7 ans environ. En ce qui a trait aux allégations d'abus sexuels et de voies de fait entre 1994 et janvier 2011, le tribunal a plutôt décidé de l'acquitter à la lumière de la preuve présentée devant lui et des témoignages entendus.
Quant aux délits qui auraient été commis contre la seconde plaignante, Marc Isabelle a bénéficié d'un acquittement sur les accusations de nature sexuelle mais a été déclaré coupable d'un chef de voie de fait sur la période comprise entre 1996 et 2010. 
D'emblée, le juge a rappelé que la question en litige était factuelle dans cette affaire. Elle consistait à déterminer si les gestes reprochés par les deux plaignantes à l'accusé sont prouvés hors de tout doute raisonnable, et ce, en fonction de l'analyse de la crédibilité des témoins et de la suffisance de la preuve de la Couronne.
Ainsi, dans le cas présent, on aura deviné que les versions étaient contradictoires. Or, le juge n'a pas cru les explications de Marc Isabelle en ce qui a trait aux abus sexuels commis entre 1990 et 1994 sur l'une des deux victimes. Il estime d'ailleurs que sa défense d'impossibilité en raison d'un emploi du temps très chargé n'a pas soulevé un doute raisonnable.
«L'accusé offre des explications évasives sur ces allégations et sa défense d'impossibilité. Les questions posées sont simples et précises contrairement à ses réponses qui sont longues et même parfois incohérentes avec ses propres affirmations antérieures», a mentionné le juge.
Par contre, le témoignage de la victime pour ces événements spécifiques était concis et précis, selon le tribunal. Elle a notamment donné des références objectives en lien avec les faits reprochés comme par exemple, des couleurs et même la luminosité du soleil dans une chambre. Le tribunal l'a donc crue sur une partie de son témoignage au procès. 
En effet, l'analyse de la preuve était différente en ce qui concerne les allégations de nature sexuelle commis après 1994 et sur des possibles voies de fait. Des témoins ont notamment corroboré les propos de Marc Isabelle. C'est le cas de sa conjointe Anik St-Pierre qui, toujours selon le juge, n'a pas offert un témoignage complaisant. Son récit a été considéré comme cohérent et compatible avec les faits soumis. 
D'autres témoins sont également venus contredire les affirmations de la plaignante, ce qui a suffi à soulever un doute raisonnable dans l'esprit du juge et donc à acquitter Marc Isabelle sur les chefs de voie de fait et d'abus sexuels commis après 1994.
Quant à la menace de mort proférée contre cette victime en janvier 2011, un verdict de culpabilité a été prononcé contre Marc Isabelle parce que le juge n'a pas cru ses explications. Selon lui, elles étaient farfelues.
D'autre part, les allégations d'abus sexuels contre une seconde victime ont été rejetées par le juge, et ce, pour plusieurs raisons. On se rappellera que l'une des particularités de cette affaire était le phénomène de la mémoire retrouvée.
Les deux victimes prétendaient avoir oublié les abus sexuels infligés par Marc Isabelle. L'une d'elles avait finalement retrouvé la mémoire en 2011. Elle en avait ensuite parlé à l'autre jeune femme qui, peu de temps après, avait elle aussi retrouvé la mémoire. 
Même si le juge croit que l'opinion de l'expert de la Couronne, le psychiatre Louis Côté sur cette question médicale était pertinente, il a néanmoins noté plusieurs contradictions et incohérences dans le témoignage de la plaignante. Il y a même vu de la contamination puisque «curieusement, plusieurs de ses souvenirs retrouvés étaient identiques à ceux de l'autre victime», a indiqué le juge.
En plus, les problèmes comportementaux qu'elle a eus dans sa jeunesse ont eux aussi entaché sa crédibilité. Et en ce qui a trait aux abus physiques, le tribunal n'a retenu qu'un seul événement, soit un coup porté au visage. 
À sa sortie du tribunal, Marc Isabelle, accompagné entre autres de sa conjointe Anik St-Pierre, est apparu grandement bouleversé. Il a d'ailleurs refusé de commenter. Son avocat Me Yvan Braun a fait savoir qu'il s'agissait d'un jugement particulier, et qu'il prendrait le temps de le lire avant de prendre une décision sur un appel éventuel.
Pour sa part, la procureure de la Couronne, Me Catherine Vincent, a dit être satisfaite du jugement. «Le juge a fait un travail d'analyse de la preuve sur un procès de près de deux semaines où plusieurs témoins ont été entendus. Il se devait de décortiquer tout cela et d'analyser le tout dans l'ensemble de la preuve.»
Les plaidoiries sur sentence ont été fixées au 2 mai. 
Rappelons qu'il nous est interdit de dévoiler l'identité des victimes en vertu d'une ordonnance de non-publication.