Il y aura une enquête publique entourant le décès d'une jeune femme de 21 ans survenu à la Maison Carignan de Trois-Rivières.

Maison Carignan: il y aura une enquête publique

Trois-Rivières — Il y aura finalement une enquête publique entourant le décès de Lyndia Hamel, 21 ans, survenu le 27 décembre 2016 au centre de thérapie la Maison Carignan de Trois-Rivières. La coroner en chef du Québec, Me Catherine Rudel-Tessier, en a fait l’annonce jeudi, dans la foulée de nouveaux témoignages rendus publics à la suite du premier rapport du coroner Pascal Pelletier.

Le Bureau du coroner indique qu’à la suite de la publication du premier rapport, il fallait faire la lumière sur de nouvelles informations. «Plusieurs questions ont été soulevées depuis. L’enquête publique devrait permettre, notamment par l’audition de témoins, de faire la lumière sur les circonstances ayant mené au décès de Mme Hamel. S’il y a lieu, la coroner pourra formuler des recommandations pour une meilleure protection de la vie humaine», déclare le Bureau du coroner. D’ailleurs, une personne qui souhaiterait être entendue lors des audiences peut se manifester auprès du Bureau du coroner dès maintenant.

Rappelons que ce décès avait fait l’objet d’une enquête du coroner Pascal Pelletier, qui avait conclu à une mort accidentelle par surdose de drogues. Or, des témoignages recueillis une fois le rapport publié soutenaient plutôt que la jeune femme avait tenu des propos suicidaires et était revenue d’un congé en étant fortement intoxiquée, sans pour autant que les intervenants en avisent les autorités compétentes sur-le-champ.

Il y a deux semaines, une ancienne résidente, Karine Dallaire, avait confié au Nouvelliste avoir accompagné la victime le soir de son retour à la Maison Carignan, après une sortie autorisée où elle avait admis avoir consommé des stupéfiants. La résidente avait raconté dans quel état de détresse se trouvait la jeune femme qui craignait de retourner en prison le lendemain pour avoir brisé ses engagements. Par ailleurs, l’ex-résidente déplorait que les intervenants n’aient pas fait appel le soir même aux policiers pour ce bris de conditions et aient attendu au lendemain.

La semaine dernière, un autre ancien résident a indiqué à Radio-Canada Mauricie avoir recueilli des propos suicidaires de la jeune femme le soir où elle est retournée au centre de thérapie. «Elle m’a dit: je leur ai avoué (aux intervenants) que j’avais consommé pendant ma fin de semaine. Ils vont appeler la police, je vais retourner en prison et je ne veux pas retourner en prison. Moi je me pète la face ce soir, je me passe et c’est fini», a raconté Zacharie Bouffard.

Dans une optique de transparence, le Bureau du coroner aurait alors conclu que l’enquête publique était la meilleure façon de faire entendre toutes les personnes étant présentes ce soir-là et désirant apporter un éclairage aux événements. Selon nos sources, l’institution aurait également reçu des informations d’autres personnes qui se sont manifestées après la publication de ces nouveaux témoignages.

L’enquête publique ne sera pas menée par le coroner Pascal Pelletier, mais par Me Karine Spénard, et ce, par souci de transparence. L’enquête publique devrait être menée à Trois-Rivières. Les détails entourant sa tenue seront connus un peu plus tard, notamment les dates et la liste des témoins.

La Maison Carignan, pour sa part, a indiqué par voie de communiqué qu’elle collaborerait pleinement à l’enquête publique, mais n’entendait pas commenter le dossier afin de ne pas nuire au bon processus en cours, et qu’elle fournirait sa version des faits en temps et lieu.

De son côté, le CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec, qui subventionne pour près d’un demi-million de dollars annuellement la Maison Carignan, entend collaborer à l’enquête publique s’il est interpellé. La porte-parole de l’établissement, Valérie Provencher, indique que le CIUSSS accueillera les résultats du rapport et mettra en application les recommandations si la coroner responsable de l’enquête devait en formuler.

Lyndia Hamel, 21 ans, est décédée à la Maison Carignan des suites d’une surdose de drogues.

Yvon Carignan

De son côté, le fondateur de la Maison Carignan, qui avait été congédié et qui poursuit toujours l’organisme, espère que la lumière sera faite sur ce décès. «C’est triste d’en arriver là. Mais si les choses avaient été bien faites à la base et si on avait permis d’entendre les personnes qui avaient été réellement en contact avec la jeune femme, on n’en serait pas là. Et ça me choque de voir que l’organisme ne veut jamais commenter sur la place publique, c’est un grand manque de transparence et ça soulève bien des questions», mentionne M. Carignan.

Selon lui, il était du devoir des intervenants de contacter les policiers le 26 décembre 2016, lors du retour de Lyndia Hamel au centre de thérapie, où elle admettait avoir consommé durant sa sortie et où des résidents témoignaient qu’elle était fortement intoxiquée. «Elle n’avait pas respecté ses conditions. Il fallait contacter directement les policiers. Au lieu de ça, ils l’ont gardée toute la nuit en lui faisant bien comprendre qu’elle retournerait en prison le lendemain. Elle a manifesté son désarroi, a tenu des propos suicidaires et ils n’ont rien fait», affirme M. Carignan.