Olivier Charrière a pris le chemin du pénitencier pour avoir volé et fraudé des producteurs agricoles. À sa sortie de prison, il devra également les rembourser pour un montant de 665 000$.

Lourde peine pour Olivier Charrière

Trois-Rivières — Olivier Charrière devra purger trois ans de prison ferme et rembourser les producteurs de grain qu’il a floués pour une somme de 665 000 $.

L’individu de 34 ans, domicilié à Nicolet, disposera de sept ans à compter de sa libération conditionnelle pour se soumettre à cette ordonnance de dédommagement. Le tribunal a également ordonné qu’il soit condamné à payer des amendes compensatoires pour les produits de la criminalité, et ce, de façon concurrente et non additionnelle; à défaut de quoi, il sera emprisonné trois années supplémentaires. La sentence prévoit également un pourcentage de temps à purger en prison tout dépendant des sommes qu’il aura versées à ses victimes.

Dans la sentence rendue vendredi, le juge Louis Dionne a en effet conclu qu’en raison de l’abus de confiance commis par Olivier Charrière envers les producteurs, des dommages importants qu’il leur a causés en mettant en péril leur entreprise et de l’envergure de la fraude, une peine de prison ferme s’imposait.

On sait que le procureur de la Couronne Me Julien Beauchamp-Laliberté avait réclamé une peine de quatre ans de prison en plus de l’obligation de rembourser les victimes. Or, l’avocat de la défense, Me Miguel Mpetsi-Lemelin, avait plutôt suggéré une peine de prison dans la collectivité, et ce, dans le but de permettre à Charrière de rembourser les victimes via son travail.

Rappelons qu’au terme d’un long procès tenu devant juge et jury, Charrière avait été déclaré coupable de deux des neufs accusations portées contre lui, c’est-à-dire pour vol de grains et fraude envers les producteurs en détournant leur grain à son avantage. Il avait par le fait même été acquitté des chefs de fraude envers les producteurs de grain, de vol d’un séchoir à grains, de vol et fraude contre sa propre compagnie Les Élévateurs de la Rive-Nord, de fraude contre les Caisses Desjardins et enfin de vol et fraude contre Supérieur Propane.

Dans le cadre de ses activités de courtage agricole, il avait vendu le grain que les producteurs lui laissaient en consignation, soit 550 tonnes de grains entreposés et non retournés à leurs propriétaires et 897 autres tonnes qu’il avait achetées aux producteurs sans jamais les payer. Il aurait ainsi floué 25 producteurs en 2008 et 2009. La preuve avait révélé qu’il avait en effet utilisé les liquidités de son entreprise à des fins personnelles. Les pertes des producteurs ont été évaluées à 665 422 $ précisément. Plus que la valeur financière des grains dont ils avaient été privés, les agriculteurs avaient aussi déploré les pertes énormes de temps et d’énergie causées par la fraude et le vol.

Son avocat avait prétendu que Charrière n’avait jamais eu l’intention de frauder mais plutôt qu’il n’avait pas les compétences requises en administration. Il a d’ailleurs porté en appel la décision de culpabilité. On sait qu’il a déclaré une faillite personnelle en septembre 2009 et a déposé un avis de faillite de son entreprise le mois suivant. Or, le juge a retenu que ses faillites personnelles et de son entreprise ne constituaient pas des motifs valables pour le soustraire à ses responsabilités envers les victimes.

Quant à la capacité financière de Charrière, celle-ci a été jugée suffisante. Dans sa plaidoirie, Me Beauchamp-Laliberté avait soumis en preuve les salaires gagnés au cours des trois dernières années par Charrière comme négociant en grains. En 2015, il a gagné 339 426 $. En 2016, son salaire a atteint 365 479 $ et pour 2017, Charrière avait lui-même admis qu’il s’attendait à recevoir sensiblement la même somme. On sait qu’il travaille à commissions pour Luthi Grains, une entreprise appartenant à son beau-père.

Cette sentence, qui le conduit directement au pénitencier, l’a ébranlé grandement. Lorsqu’il a été menotté, il semblait en état de choc. Charrière n’a en effet aucun antécédent judiciaire. Son avocat a refusé de commenter.

Pour sa part, Me Beauchamp-Laliberté n’a pas caché qu’il était satisfait de la sentence du juge Dionne. «C’est une peine sévère mais le tribunal marque le ton: les voleurs et les fraudeurs doivent dédommager les victimes dans un contexte où il a abusé de la confiance que les agriculteurs lui avaient donnée», a-t-il conclu.

Rappelons que des amendes compensatoires avaient également été imposées dans la cause du vol de 18 millions $ en sirop d’érable tout particulièrement contre Richard Vallières, considéré comme l’une des têtes dirigeantes. Outre la peine de huit ans, les amendes sont de l’ordre de 10 millions $; une somme qu’il devra payer en dix ans.

Son complice, Avik Caron, avait pour sa part été condamné à payer des amendes totalisant près de 1,7 million $.