Louis-Pier Noël pendant son interrogatoire.
Louis-Pier Noël pendant son interrogatoire.

Louis-Pier Noël coupable de meurtre au second degré

Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste
Louis-Pier Noël a finalement été déclaré coupable du meurtre au second degré de sa conjointe, Edith Bolduc, et condamné à la prison à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant dix ans.
Édith Bolduc a été assassinée dans son logement de la rue des Ormeaux, à Trois-Rivières.
Comme il est emprisonné depuis le 1er octobre 2011, il lui reste donc sept ans et demi à purger avant d'être éligible à une libération.
Le juge Serge Francoeur a en effet rejeté la thèse de la non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux qui avait été invoquée par la défense. Il conclut que le meurtre d'Édith Bolduc par Louis-Pier Noël n'est pas la conséquence d'un délire paranoïde mais qu'il était plutôt motivé par la colère et la frustration. 
Dans cette affaire, l'accusé n'avait jamais contesté le fait qu'il avait tué sa conjointe le
1er octobre 2011 dans leur logement de la rue des Ormeaux à Trois-Rivières. 
Or, la défense, assurée par Me David Grégoire et Me Pierre Spain, alléguait qu'il souffrait de schizophrénie au moment du drame et qu'en raison d'idées délirantes, il était incapable de juger de la nature et de la qualité de ses actes. 
On sait que Noël, 28 ans, souffre de schizophrénie paranoïde depuis l'âge de 15 ans. Il disait vivre depuis plusieurs mois un délire de persécution, à l'effet que sa conjointe le trompait et était impliquée dans un réseau de prostitution. À cela, on ajoute une problématique de consommation de drogue et d'alcool et une difficulté à respecter sa médication.
D'une part, le juge devait décider si la poursuite, représentée par Me Jean-Marc Poirier et Me Benoît Larouche, avait prouvé hors de tout doute raisonnable que Noël avait l'intention de causer la mort de Mme Bolduc, ce qui, selon lui, a été fait. 
Quant à la non-responsabilité criminelle, pour cause de troubles mentaux, c'était à la défense d'en faire la preuve selon une balance de probabilités. 
À ce sujet, le juge a rappelé qu'en dépit des troubles mentaux dont il souffre, le prévenu s'est aussi livré à des actes de violence conjugale à trois reprises en janvier et mars 2011. À sa sortie de prison en mars 2011, il avait d'ailleurs précisé qu'il n'y retournerait jamais.
Le soir du meurtre, il soutenait qu'un homme les avait suivis dans le stationnement et qu'il connaissait Mme Bolduc. Par contre, une fois dans l'appartement, le juge retient que le supposé danger n'existe plus et qu'il ne fait plus partie de la trame factuelle.
Après avoir consommé six bières, Noël avait décidé de confronter sa conjointe qui dormait, et ce, afin qu'elle lui donne le nom de l'homme qu'il avait vu à extérieur. Se sentant menacée, elle avait composé le 911. C'est à ce moment qu'il l'avait poignardée avec un couteau de cuisine.
Le psychiatre expert de la défense, le Dr Pierre Gagné, estimait que Noël croyait que sa conjointe voulait se débarrasser de lui avec d'autres hommes mais le tribunal n'a pas souscrit à cette affirmation. 
Le juge Francoeur a davantage retenu la thèse émise par le Dr Joel Watts, psychiatre expert de la Couronne, à l'effet qu'il était fâché à cause de l'appel 911 car il ne voulait pas retourner en prison et était tanné de se faire menacer de cette possibilité.
«Jamais au moment du drame ou dans sa déclaration vidéo, M. Noël n'a allégué des hallucinations mandatoires de tuer Mme Bolduc. Quant à la crainte envers son enfant, il ressort que c'était de ne plus la voir s'il retournait en prison», a-t-il écrit. 
Il l'a donc déclaré coupable de meurtre au second degré. Une décision qui a d'ailleurs été accueillie avec soulagement par la famille de la défunte. «Justice a été rendue! Ce n'est pas un autre cas Turcotte. Oui j'ai de la peine d'avoir perdu ma fille mais je n'ai pas de rancoeur contre Louis-Pier Noël. La rancoeur, je la mets aux vidanges», a commenté Sylvie Henry à sa sortie de la salle d'audiences. 
Me Jean-Marc Poirier estime pour sa part que la sentence est raisonnable dans les circonstances d'autant plus que Louis-Pier Noël souffre bel et bien de troubles mentaux. 
Du côté de la famille de Louis-Pier Noël, son oncle Robert Dupont, s'est dit déçu par cette condamnation. «Il est malade. Il doit être soigné et traité. Nous aurions aimé qu'il soit placé dans une institution psychiatrique», a-t-il précisé. 
Enfin, les avocats de la défense entendent prendre connaissance du jugement pour évaluer s'il y a des pistes pour porter ce jugement en appel.