Liberté refusée à l’homme aux 100 identités

Trois-Rivières — Malgré tout son baratin visant à convaincre le juge qu’il peut lui faire confiance, Basil Frank Cranton, ce fraudeur aux 100 identités, a échoué dans sa tentative de reprendre sa liberté.

Au terme d’une enquête sur caution qui a duré trois heures vendredi, le juge Jacques Lacoursière a en effet conclu qu’il n’offrait pas des garanties suffisantes pour s’assurer de sa présence en cour à toutes les étapes du processus judiciaire et pour protéger le public contre la commission de nouvelles infractions. Il croit aussi que le remettre en liberté viendrait miner la confiance du public en l’administration de la justice.

Rappelons que Cranton purge une peine de 16 mois de prison pour des tentatives de fraude commises dans des commerces de la région et pour entrave au travail des policiers. Pendant son incarcération, plus précisément le 16 avril dernier, il aurait proféré des menaces de mort à deux agents et se serait livré à des voies de fait contre l’un d’eux. Des accusations ont été portées et Cranton a comparu la semaine dernière. Et comme il y a eu objection à sa remise en liberté, une enquête sur caution a eu lieu, bien que celle-ci était somme toute théorique puisqu’il est toujours détenu dans le dossier de tentatives de fraude.

Le juge a relevé plusieurs éléments inquiétants dans les propos répétitifs de Cranton, notamment en ce qui concerne son identité. Le suspect compte une centaine d’identités et d’alias au fil de ses nombreuses condamnations. Ses empreintes digitales sont enregistrées sous une quinzaine de noms différents. À cela, il faut ajouter des dizaines d’antécédents depuis 1988 pour des fraudes, des entraves, des vols, des méfaits, des omissions de comparaître et des infractions reliées à son identité.

Qui plus est, on sait qu’il fait l’objet de mandats d’arrestation dans cinq autres provinces canadiennes. Et comme l’a précisé le procureur de la Couronne, Me Julien Beauchamp-Laliberté, le problème est que les autres provinces ne donnent pas juridiction au Québec pour exécuter les mandats. Par contre, aux yeux du juge, cet aspect est moins préoccupant puisqu’il est en quelque sorte coincé au Québec, étant également recherché dans les provinces limitrophes.

L’adresse qu’il fournit en cas de libération cause cependant beaucoup plus d’inquiétude dans l’esprit du juge. Le suspect entend retourner vivre dans un motel de Montréal où il peut louer une chambre au mois. Encore là, il est incapable de fournir des garanties, un bail ou même le nom d’une personne ressource.

Basil Frank Cranton

Sur le plan du travail, le juge considère qu’un autre problème se pose. Cranton se décrit comme un travailleur autonome qui entraîne des chiens et qui les garde à sa résidence. En ce sens, le juge ne croit pas qu’il peut entraîner des chiens dans une chambre de motel. Même les informations que le suspect a données sur un club canin avec qui il ferait affaire se sont avérées nébuleuses.

Par ailleurs, le délai entre les présumées voies de fait contre des agents de services correctionnels commises en avril et sa comparution la semaine dernière a soulevé des questionnements. À ce sujet, le suspect, toujours aussi obstiné, a été particulièrement virulent dans ses reproches au ministère public, puisque sa mise en accusation survient à quelques jours de sa remise en liberté conditionnelle, selon ses prétentions. Il a même accusé le procureur de la Couronne d’avoir fait exprès de lui nuire parce qu’il avait porté une plainte contre lui au Barreau. Notons que cette dernière s’est avérée non fondée.

À un certain moment, Cranton, qui se défend seul, a même traité Me Beauchamp-Laliberté de «piece of shit». Ce dernier s’est immédiatement levé pour réclamer du juge une citation pour outrage. Le juge a plutôt monté le ton pour ramener le prévenu à l’ordre et lui demander de faire preuve de respect.

La Couronne a justifié ce fameux délai par les vacances estivales, l’enquête des policiers et le temps habituel attribué aux procédures pour obtenir les autorisations nécessaires. Le juge a de toute façon rappelé que ce délai, aussi long soit-il, ne change rien puisque le temps qu’il purgera sera calculé comme de la détention préventive.

En tenant compte de la preuve considérée comme forte, des nombreux antécédents judiciaires du suspect et du fait que le crime aurait été commis pendant qu’il était emprisonné, le juge a donc conclu que sa détention était nécessaire et, ce malgré les pleurs de l’accusé. Puisqu’il est actuellement isolé 23 heures sur 24 au centre de détention et qu’il n’arrive pas se trouver un avocat, le juge a cependant recommandé qu’on lui donne la possibilité de faire des recherches. En l’absence de pièces d’identité, celui-ci n’est pas admissible à l’aide juridique.