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Les drogues ingérées ont joué un rôle dans le comportement de François Asselin selon le psychiatre.
Les drogues ingérées ont joué un rôle dans le comportement de François Asselin selon le psychiatre.

L’expert de la Couronne écarte le trouble mental chez François Asselin

Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste
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Le psychiatre légal Sylvain Faucher écarte la possibilité que François Asselin souffrait d’un trouble mental comme la schizophrénie ou le trouble psychotique primaire en mai 2018 lorsqu’il a assassiné son père et son collègue de travail.

L’expert de la Couronne soutient plutôt qu’il était intoxiqué, ce qui a amené une altération de ses perceptions. Selon lui, son niveau d’intoxication a affecté son jugement et décuplé son impulsivité, y voyant un potentiel trouble d’usage des substances, sans pour autant exclure totalement la possibilité de psychose toxique.

Appelé à témoigner dans le cadre de la contre-preuve de la Couronne, le Dr Faucher a expliqué avoir consulté de multiples documents entre novembre 2020 et février 2021 afin de préparer son rapport. Il a notamment écouté les interrogatoires policiers, lu les rapports de détention et les rapports des autres experts dont celui de la psychiatre de la Défense, Marie-Frédérique Allard qui a conclu à un trouble psychotique. Il a aussi rencontré personnellement l’accusé pendant 5h30. C’est également lui qui a recommandé qu’une évaluation psychométrique soit effectuée par l’autre expert de la Couronne, le neuropsychologue William Pothier. Ce dernier avait entre autres défini Asselin comme ayant le profil d’une personnalité antisociale avec des éléments narcissiques et paranoïdes.

Le Dr Faucher a rappelé qu’il faut faire preuve de suspicion lorsque la maladie apparaît pour la première fois lors de la commission du délit, comme dans le cas de François Asselin.

Les critères liés à un trouble psychotique sont les idées délirantes, les hallucinations, le discours et le comportement désorganisés. En ce qui concerne plus précisément les idées délirantes, elles doivent consister en des convictions ainsi que des certitudes et pas des impressions ou des hypothèses. La personne qui en souffre n’a donc pas besoin de la validation d’un tiers, elle le sait intrinsèquement.

Or, bien que François Asselin soupçonnait que ses enfants étaient abusés sexuellement et drogués par les victimes, tout particulièrement son père, il n’a jamais fait part de ses préoccupations à quiconque à ce sujet, même pas à sa mère qui a une place significative dans sa vie. La seule chose qu’il a faite est de prendre un rendez-vous pour que ses enfants subissent des prises de sang, sans pour autant donner le véritable motif. Le Dr Faucher lui a demandé pourquoi il n’en avait pas parlé à sa mère et l’accusé de répondre: «Parce qu’il n’arrivait pas à croire que son père faisait cela et en même temps, pour le protéger.» Pour l’expert, ce n’est donc pas une conviction. Asselin n’a même jamais pris soin de confronter dans le passé son père et son ex-conjointe sur de prétendues relations sexuelles qu’ils auraient eues.

Sur le plan des hallucinations que le suspect a dit avoir, le Dr Faucher constate que celles-ci sont survenues uniquement lors des délits, comme l’homme en noir qui l’avait félicité après le meurtre de son père et lui avait dit de poursuivre sa mission, la femme au parc Champlain qui lui avait demandé d’emballer son père et finalement, ses enfants qui avaient crié «papa» alors qu’ils étaient supposément enfermés dans des cages sur un navire de croisière accosté au port de Trois-Rivières.

Le psychiatre a aussi noté une absence de comportement subséquent avec ses convictions délirantes. Il a donné l’exemple qu’il n’a rien fait pour récupérer ses enfants ou pour augmenter leur sécurité après que ces derniers l’aient interpellé à partir du navire. Il l’a fait seulement après son arrestation le 17 mai. L’expert se demande aussi comment expliquer que le 11 mai, il ait déduit que ses enfants se trouvaient chez leur mère et qu’il ait appelé cette dernière pour les voir.

Par ailleurs, la plupart des témoins ont décrit son comportement comme habituel entre le 8 et le 17 mai 2018. Il y a donc un contraste entre la crainte paranoïaque qu’il invoque sur sa sécurité et ce que les autres personnes ont constaté. Selon le psychiatre, cette fluctuation apparaît typique des drogues ingérées et de la réduction des effets de celles-ci. En d’autres mots, il n’a pas vraiment un discours et un comportement désorganisés, sauf lors des délits.

Pour toutes ces raisons, le Dr Faucher conclut qu’il n’y a pas de critères suffisants pour certifier une schizophrénie, tout comme un trouble délirant ou un trouble psychoaffectif. Quant au trouble psychotique non spécifique, cette hypothèse est également écartée.

Dans son témoignage, il ressort que le suspect ne souffrait pas d’un trouble mental, mais qu’en plus, il savait faire la distinction entre le bien et le mal, ce qui entre en contradiction avec la thèse de la Défense qui réclame une non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux.

Le psychiatre a noté que le suspect, qui a une faible estime de soi en raison d’un parcours de vie difficile, se sent coupable et tourmenté. À plusieurs reprises, Asselin avait évoqué ne pas avoir eu le choix de commettre les meurtres, d’avoir agi sous le coup de la menace pour se protéger. Et c’est justement pour combattre sa culpabilité qu’il aurait mis en place un scénario dans lequel il atténue sa responsabilité. À la lumière des tests effectués par le Dr Pothier, il ne le fait pas délibérément, mais plutôt inconsciemment, dans le cadre d’un mécanisme de défense.

Le Dr Faucher précisera à ce sujet: «Ce n’est pas tant de tromper autrui mais surtout de se tromper soi-même.» Il considère lui aussi ne pas être en présence d’indices de simulation, mais plutôt d’auto-duperie pour se protéger d’une émotion trop négative, ce qui, en bout de ligne, correspond à une distorsion cognitive. Cette production involontaire explique entre autres pourquoi il avait hâte d’expliquer les motifs de ses meurtres aux experts qu’il a rencontrés en prison. C’était pour soulager sa conscience.

Son témoignage va se poursuivre mardi. Il est le dernier expert à se faire entendre dans le cadre de ce procès pour double meurtre et outrage à des cadavres.