Martin Gélinas s'est excusé des conséquences que son harcèlement avait eues sur la victime.

L'ex-vice recteur de l'UQTR Martin Gélinas coupable d'harcèlement criminel

Même si Martin Gélinas, ancien vice-recteur aux ressources humaines de l'UQTR, a finalement été déclaré coupable, mercredi, de harcèlement criminel et de bris de promesse, il pourra bénéficier d'une absolution au terme d'une année.
<p>Guylaine Beaudoin pendant les procédures judiciaires.</p>
La juge Guylaine Tremblay a en effet conclu qu'il était dans son intérêt de ne pas avoir de condamnation à son dossier, et ce, pour lui permettre de reconstruire sa vie.
Selon elle, le processus judiciaire a eu l'effet escompté, soit l'arrêt d'agir. Toutefois, elle estime avoir besoin d'un filet de sécurité compte tenu des regrets manifestés tardivement par Martin Gélinas et de l'insécurité encore présente chez la victime, Guylaine Beaudoin, ex-directrice des communications.
Elle lui a donc imposé une absolution conditionnelle d'une année au cours de laquelle il lui sera interdit de communiquer directement et indirectement avec Mme Beaudoin et son mari Guillaume Morissette et de se trouver en leur présence physique. Il devra aussi respecter un rayon de 50 mètres autour de leur résidence et verser 1000 $ à l'organisme CAVAC.
Rappelons que Martin Gélinas était accusé d'avoir harcelé Mme Beaudoin entre mai 2011 et avril 2013 à la suite d'un flirt et d'avoir brisé une promesse de ne pas la contacter. Il lui a envoyé plusieurs dizaines de messages textes dans lesquels il lui tenait des propos haineux et dénigrants, l'accusant d'avoir brisé sa vie personnelle et professionnelle et de l'avoir humilié. Il lui a également fait part de ses idées suicidaires.
La juge en est venue à la conclusion qu'il y avait bel et bien eu harcèlement criminel, et ce, à partir de février 2013. Les craintes de Mme Beaudoin qu'il puisse lui faire du mal étaient alors raisonnables objectivement.
Elle a aussi mentionné que le conflit organisationnel qui régnait à cette époque à l'UQTR constituait la toile de fond de cette affaire. Selon elle, le climat d'insécurité a en effet contribué à fragiliser M. Gélinas et Mme Beaudoin. «Certains dirigeants de l'UQTR ont instrumentalisé ce conflit et ces deux personnes et ont créé un build-up qui nous amène ici. Il ne m'appartient pas toutefois de juger ça», a-t-elle déclaré.
Il lui apparaît clair surtout que M. Gélinas a été incapable d'accepter une rupture avec Mme Beaudoin et de démêler ses problèmes personnels et professionnels. «Il s'est alors retrouvé pris dans une spirale qui l'a entraîné vers le fond», a-t-elle déclaré. Son état de santé mentale s'est graduellement détérioré, car il croyait que Mme Beaudoin s'était alliée à la rectrice Nadia Ghazzali.
La dégringolade s'est faite en février 2013 lorsqu'il a perdu son emploi et que son mariage a pris fin. Au dire de la juge, il est alors tombé dans un profond désespoir. Son état pouvait alors conduire à la perpétration d'actes désespérés comme de la violence envers soi-même, ce qui n'exclut pas envers les autres.
Le tribunal croit aussi que M. Gélinas, qui avait participé à la mise sur pied du programme de harcèlement en milieu de travail à l'UQTR, ne pouvait ignorer les avertissements émis par Mme Beaudoin, d'autant plus qu'elle avait dû se résoudre à porter plainte contre lui.
Mercredi, on a d'ailleurs pu entendre Mme Beaudoin témoigner sur les conséquences. Elle a avoué d'emblée ne s'être jamais préoccupée de l'incidence du harcèlement jusqu'au jour où elle en est devenue victime. «Ce sont des gestes graves que la société ne doit pas tolérer, aussi éduqué et sophistiqué que le milieu puisse être. Nul ne peut prendre le contrôle de la vie d'une autre personne», a-t-elle mentionné.
Elle a notamment connu des troubles du sommeil, souffert de céphalées, d'anxiété et d'angoisse, a perdu confiance en elle et a vécu un état de choc. Elle a également dû modifier ses habitudes de vie, au point de ne plus faire de jogging seule ou d'aller à l'épicerie par peur de le croiser.
Plus tard en entrevue, elle s'est dite soulagée que cette cause, pilotée par Me Martine Tessier à la Couronne, soit terminée. Elle est aussi contente du verdict. «Je veux pouvoir me sentir en sécurité et tourner la page.» Notons que cette dernière a elle aussi perdu son emploi à l'UQTR en décembre 2013. Elle ne veut toutefois pas commenter les propos de la juge sur la situation à l'UQTR.
De son côté, Martin Gélinas, qui était défendu par Me Simon Ricard, a dit regretter l'ensemble de cette saga. «Au fil des procédures judiciaires, j'ai pris conscience des conséquences que cela avait eues pour Mme Beaudoin. À l'époque, je ne les voyais pas car j'étais dans ma dynamique à moi. Je m'en excuse mais c'était situationnel. Je peux rassurer la cour et Mme Beaudoin. Mes préoccupations sont maintenant ailleurs. J'ai besoin de cette absolution pour la concrétisation de mes ambitions professionnelles.»
À sa sortie du tribunal, il a refusé de commenter, laissant son avocat faire savoir qu'il était satisfait de la sentence.