Les quatre policiers impliqués dans la poursuite d'Alexis Vadeboncoeur, Barbara Provencher, Marc-André Saint-Amant, Kaven Deslauriers et Dominic Pronovost.

Les quatre policiers poursuivis pour 490 000 $ par Alexis Vadeboncoeur

TROIS-RIVIÈRES — Si, au départ, Alexis Vadeboncoeur poursuivait pour 2,3 millions $ les quatre policiers de Trois-Rivières ayant procédé à son arrestation en février 2013, ses réclamations civiles ont finalement été réduites à 490 000 $.

C’est du moins ce qu’on a pu apprendre, lundi, dans le cadre du procès civil qui a commencé au palais de justice de Trois-Rivières. Son avocat, Me François Daigle, a en effet expliqué que la somme avait été révisée à la baisse en fonction de la jurisprudence. «Il y a des chefs de dommages qui ont été abandonnés. On s’est concentré sur la personne raisonnable qui se ferait arrêter: qu’est-ce qu’on attend des autorités policières? On a donc réévalué le quantum qui avait été évalué au départ par Me René Duval», a-t-il expliqué.

Notons qu’il y avait eu une entente hors cour en 2014 entre la Ville de Trois-Rivières et Alexis Vadeboncoeur dans le cadre de cette poursuite civile. Le jeune homme avait alors obtenu 25 000 $.

Me Daigle a maintenant pour mandat de démontrer que les agents Dominic Pronovost, Barbara Provencher, Marc-André Saint-Amant et Kaven Deslauriers auraient utilisé une force excessive le 2 février 2013 en procédant à l’arrestation d’Alexis Vadeboncoeur dans le stationnement du Cégep de Trois-Rivières après que ce dernier ait commis un vol qualifié dans une pharmacie. En ce sens, il a déposé en preuve la fameuse vidéo où on voit les policiers à l’œuvre. Pour lui, cette vidéo parle d’elle-même. «C’est inacceptable. Les policiers ne peuvent pas se comporter comme ça», a-t-il réitéré.

D’un autre côté, on sait que les agents Pronovost, Provencher et Saint-Amant ont été acquittés de toutes les accusations qui avaient été portées contre eux, tant au niveau des voies de fait que de la fabrication de faux rapports. Ils ont même réintégré leurs fonctions en août dernier à la police de Trois-Rivières. Ils ont toujours maintenu lors du procès criminel qu’Alexis Vadeboncoeur avait résisté à son arrestation en refusant d’obéir aux ordres qui lui étaient donnés, les obligeant par le fait même à appliquer des frappes de diversion.

Seul Kaven Deslauriers avait été reconnu coupable, mais d’un chef de voie de fait simple uniquement. Il avait eu droit à une absolution conditionnelle. Depuis, il a porté sa cause en appel.

Aux yeux de Me Daigle, l’acquittement des trois policiers sur quatre ne change rien au débat. «La preuve au criminel est hors de tout doute raisonnable alors qu’au civil, elle est faite selon la prépondérance des probabilités. Même s’il y a un acquittement au criminel, il peut y avoir une faute au civil, qui est condamnable en terme monétaire», a-t-il ajouté.

Son client était par ailleurs absent lundi. On sait qu’il a de nouveau été arrêté le 18 février. Il a été accusé d’avoir proféré des menaces envers des étudiants du Carrefour formation Mauricie, d’avoir eu en sa possession un couteau dans un dessein dangereux, d’une arme à feu alors que cela lui était interdit, de vente de cannabis et de possession dans le but d’en faire le trafic. À la demande de la procureure de la Couronne, Me Catherine Vincent, le juge Jacques Trudel a refusé de le remettre en liberté vendredi dernier en raison d’un risque de récidive.

De toute façon, Me Daigle a annoncé, lundi matin, qu’il ne voulait pas le faire témoigner. Sa présence en cour n’est donc pas utile à moins que l’avocat des policiers, Me Jean-François Raymond, ne décide de l’interroger. Il devra faire connaître sa décision, mardi à la juge Marie-Paule Gagnon lors d’une conférence téléphonique afin qu’un mandat d’amener soit émis, le cas échéant.

Quant aux nombreuses frasques judiciaires d’Alexis Vadeboncoeur, il semble que son profil ait peu d’importance dans cette cause au civil. «Le prévenu aurait pu s’appeler Voldemort ou Darth Vader, il a les mêmes droits au niveau de la force policière nécessaire. Même si la personne arrêtée est manifestement un criminel qu’on n’aime pas ou envers qui on a des sentiments négatifs, ça ne permet pas aux policiers d’utiliser une force excessive», a précisé Me Daigle. Certes, son client a déjà été condamné à quatre ans et demi de pénitencier pour deux vols qualifiés dans la même pharmacie du boulevard des Récollets, entrave au travail des policiers, bris d’engagements, possession de drogue, etc. «Je rappelle ici que ce n’est pas le procès d’Alexis Vadeboncoeur qui se tient présentement mais celui des policiers», a-t-il ajouté.

Les audiences se poursuivront mercredi avec la preuve de la défense. Me Raymond entend faire témoigner les quatre policiers, un expert en utilisation de la force et un expert en acquisition et traitement de signaux en lien avec la vidéo. En tout, neuf jours de procès ont été fixés à l’horaire.