Le bar L'Ancienne Baroque du secteur Cap-de-la-Madeleine à Trois-Rivières a été blâmé pour exploitation de la sexualité.

Les publicités sexistes d'un bar de Trois-Rivières dénoncées

Le bar L'Ancienne Baroque à Trois-Rivières se retrouve maintenant sur la liste noire du Conseil d'éthique de l'industrie québécoise des boissons alcoolisées pour sexisme et exploitation de la sexualité.
<p>Cette publicité du Super Bowl XLIX où l'on voit Katy Perry cachant ses seins avec ses mains a été jugée sexiste par le Conseil d'éthique de l'industrie québécoise des boissons alcoolisées.</p>
L'organisme reproche au bar d'avoir utilisé le corps de la femme pour attirer des clients et vendre de l'alcool.
Les annonces du Halloween Party et du Super Bowl XLIX, où on voyait une photo de la chanteuse Katy Perry - la vedette du spectacle de la mi-temps - qui cache ses seins avec ses mains, sont notamment pointées du doigt.
Même chose en ce qui concerne les photos de la page Facebook du bar où les serveuses prennent des poses sexy pour inviter leurs clients.
C'est du moins ce qui est dénoncé dans le neuvième rapport annuel du Conseil d'éthique de l'industrie québécoise des boissons alcooliques.
On y apprend que le bar L'Ancienne Baroque est d'ailleurs le seul au Québec à être blâmé cette année pour sexisme et exploitation de la sexualité. Claude Béland, président de l'organisme, explique que la plainte contre ce bar est la seule qui a été retenue en la matière puisqu'elle est restée sans réponse.
«Généralement, nous contactons le propriétaire du bar et nous essayons de trouver un arrangement avec lui sur les façons de respecter le code d'éthique. Dans le cas présent, nous avons été incapables de le rejoindre. Nous lui avons pourtant fait parvenir une lettre pour lui expliquer la nature de la plainte et le prévenir que nous allions le dénoncer sur la place publique s'il ne réagissait pas mais il nous a ignorés. Il ne doit pas avoir trouvé ça important. Pourtant, cela aurait été tellement facile de régler ça», a précisé M. Béland.
L'organisme qu'il préside a été créé en 2006. Il a pour mandat de voir à l'application du code d'éthique dont se sont dotés les distillateurs, les fabricants de vin, de cidre, les agents promotionnels, la SAQ, et auquel ont adhéré les restaurateurs, les bars, tavernes et brasseries. Toutefois, il n'a aucun pouvoir punitif. Il peut seulement dénoncer les contrevenants sur la place publique si aucune entente n'est prise.
C'est justement ce qui est arrivé pour le bar de la rue Rochefort qui n'est assurément pas le premier à miser sur des serveuses sexy pour attirer de la clientèle. Sur ce point, M. Béland admet que la société est beaucoup plus tolérante et banalise la sexualité.
«Elle est rendue permissive et mise sur la liberté avant tout. Il n'en demeure pas moins que l'exploitation sexuelle est contraire à l'éthique. Parlez-en au Conseil du statut de la femme», a-t-il ajouté.
En entrevue, le copropriétaire du bar, Stéphane Chouinard, affirme qu'il a tenté de communiquer «deux ou trois fois» avec le Conseil d'éthique de l'industrie québécoise des boissons alcoolisées, mais qu'il n'a jamais réussi à parler à personne. «Je n'ai pas laissé de message et j'ai finalement oublié», avoue-t-il.
Stéphane Chouinard ne croit toutefois pas que les photos des serveuses publiées sur la page Facebook du commerce sont de mauvais goût.
Il affirme de plus que la plainte provient de la Table de concertation du mouvement des femmes de la Mauricie et que cet organisme lui reprochait d'avoir conçu une publicité sexiste pour la fête de l'Halloween.
«J'avais fait une pub de l'Halloween oui un peu osée, puis j'ai réagi positivement. Je me suis excusé et j'ai retiré l'affiche. Oui, elle était excessive», soutient le copropriétaire du bar. «Ensuite, ils ont [l'organisme] continué à scruter ma page.»
Selon M. Chouinard, l'organisme féministe aurait donc suivi les publications du bar sur sa page Facebook. C'est alors, poursuit le tenancier, que la Table de concertation du mouvement des femmes de la Mauricie a jugé que les nombreuses photos de serveuses sur lesquelles les décolletés plongeants sont légion étaient sexistes.
«Elle jugeait que l'image de mes barmaids [étaient utilisées] comme objets pour vendre de la bière», affirme M. Chouinard.
Le copropriétaire de L'Ancienne Baroque soutient par ailleurs que les photos des serveuses sont, règle générale, publiées d'abord sur les page Facebook de ces dernières.
«Tous les bars le font. Et la plupart des barmaids publient des photos lorsqu'elles travaillent. La différence, c'est que je prends les photos et je partage souvent ce qu'elles font sur la page du bar», précise-t-il.
«Même que je suis prudent. Elles vont écrire des choses que je ne peux pas dire. Je partage sur notre page pour dire qui travaille.»
Concernant leur tenue que le Conseil d'éthique juge sexiste, Stéphane Chouinard répond qu'il n'est pas rare de voir des femmes habillées ainsi «pour faire leur épicerie».
Il y a dix ans, pas moins de 150 plaintes étaient logées par année au Conseil d'éthique. En 2015, l'organisme a traité neuf plaintes dont cinq qui portaient sur les pratiques des épiceries et des dépanneurs.
Elles ont d'ailleurs été retenues par le Conseil qui a fait part de son avis aux entreprises concernées et les a invitées à mettre fin à la pratique dénoncée qui était la promotion croisée. Celle-ci consiste à contourner les lois en offrant ou en réduisant les coûts d'autres produits que l'alcool à l'achat de bière.
Trois plaintes ont été déposées contre des bars pour sexisme et recours à la sexualité ainsi qu'à la promotion de la consommation excessive mais une seule a été retenue soit celle de l'Ancienne Baroque puisque les autres ne relevaient pas de son mandat du Conseil.
Enfin, une dernière plainte a été portée contre la brasserie Sleeman. Elle est relative à la promotion de la bière Lift sur l'emballage de laquelle on peut lire: «Pour ceux axés sur la performance».
Cette publicité contrevient au code d'éthique qui stipule que «la communication et l'emballage ne doivent aucunement laisser entendre que la consommation améliore les capacités physiques ou intellectuelles ou qu'elle offre des bénéfices pour la santé.»
Il a été impossible de discuter lundi avec la Table de concertation du mouvement des femmes de la Mauricie.
Avec la collaboration de Gabriel Delisle