Même si les corps de police québécois ne se sont pas encore dotés d’un appareil de détection du cannabis, ils assurent qu’ils pourront débusquer les délinquants. Leurs patrouilleurs sont formés et des agents évaluateurs spécialisés en la matière ont rejoint leurs rangs.

Les policiers prêts à tout

TROIS-RIVIÈRES — Il n’est pas trop difficile de déterminer si un conducteur est saoul au volant: il pète la balloune ou pas. Et le cannabis? Même si les corps de police québécois ne se sont pas encore dotés d’un appareil de détection du cannabis, ils assurent qu’ils pourront débusquer les délinquants. Et malgré la légalisation, même une petite puff pourrait vous causer des ennuis puisque ce sera tolérance zéro sur les routes.

D’ailleurs, ce n’est pas d’hier que les policiers doivent composer avec la problématique de la drogue au volant. «Est-ce que la formation donnée à l’École nationale de police permet déjà la sécurité du public à l’égard de la conduite avec les capacités affaiblies par la drogue? La réponse est oui. Depuis 2012, tous nos aspirants-policiers à l’École sont formés sur des épreuves de coordination des mouvements qui sont le moyen de vérifier pour un policier si oui ou non une personne est en capacités affaiblies par la drogue», affirme Me Maxime Laroche, expert-conseil juridique à l’École nationale de police.

À la police de Trois-Rivières, 80% des patrouilleurs ont reçu cette formation. À la Sûreté du Québec, c’est plus de 90% de l’ensemble des patrouilleurs.

Si vous échouez les épreuves de coordination des mouvements, on vous amène au poste de police. Ça veut dire deux choses. Premièrement: vous êtes dans le trouble. Deuxièmement: vous allez rencontrer un agent évaluateur. Une rencontre d’une bonne heure. Et ce n’est pas pour un petit tête-à-tête romantique. Vous devrez subir une évaluation en 12 étapes. «Il va lui faire faire plusieurs tests différents pour déterminer si oui ou non il est en capacités affaiblies par la drogue, et c’est véritablement l’évaluation qui va être apportée à la cour à titre de preuves», précise Me Laroche.

Si l’agent évaluateur détermine que vous avez consommé de la drogue, vous devrez fournir un échantillon corporel. Au Québec, pour l’instant, il s’agit d’un test d’urine qui sera envoyé au Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale de Montréal. «En gros, on vient de tenter de démontrer que l’opinion de l’agent évaluateur quant à son évaluation est corroborée par une preuve indépendante», note Me Laroche.

La police de Trois-Rivières est dotée de trois agents évaluateurs. «Il y a différents aspects concernant le cannabis, mais pour nous la priorité, c’est vraiment de s’assurer que le réseau routier demeure sécuritaire. C’est pour ça qu’on a pris les devants depuis quelques années pour former des agents évaluateurs», explique le sergent Luc Mongrain, porte-parole de la Direction de la police de Trois-Rivières. «La Sûreté du Québec prévoit augmenter le nombre d’agents évaluateurs en reconnaissance des drogues pour couvrir l’ensemble de son territoire et ainsi éviter les délais d’intervention. L’été dernier, un total de 48 experts au sein de la Sûreté du Québec étaient prêts à intervenir. Ils sont répartis un peu partout au Québec de façon à se partager l’ensemble du territoire», mentionne la sergente Éloise Cossette, porte-parole de la Sûreté du Québec.

De plus, une formation en ligne sur le cannabis a été élaborée par l’École nationale de police. Au Québec, au-dessus de 8600 policiers sont inscrits à cette formation. Elle traite notamment des connaissances générales sur le cannabis mais aussi de l’aspect législatif de la loi. Tous les policiers de Trois-Rivières la suivent.

Avec la légalisation du cannabis, est-ce que les corps de police s’attendent à une recrudescence des infractions liées à cette drogue sur les routes? Pas nécessairement.

«Est-ce qu’on se prépare à une augmentation? La réponse est oui. Maintenant, est-ce qu’il va en avoir une et quelle sera la hauteur de cette augmentation-là? Malheureusement, seul le temps pourra nous le dire», précise Me Laroche. «Il y a plein de chiffres qui circulent présentement alors on se donne un an pour mesurer l’impact sur le terrain», indique le sergent Mongrain.

Quoi qu’il en soit, les forces policières ne veulent pas être prises au dépourvu. «Je peux vous dire que les organisations policières n’ont pas pris de chance. On a une demande de formation. On cherche à former de plus en plus d’agents évaluateurs», explique Me Laroche.

La nouvelle loi prévoit que le cannabis sera éventuellement détecté par un test salivaire. D’ailleurs, un appareil a été approuvé par le gouvernement fédéral cet été. Il s’agit du Dräger Drug Test 5000. Toutefois, il n’y a aucune organisation policière qui l’utilise actuellement au Québec, selon l’École nationale de police. Il n’est pas aussi maniable et petit que les détecteurs d’alcool. Et il est très onéreux. D’autres appareils sont en processus de qualification. Les corps policiers sont en attente concernant cet enjeu.

La lutte contre les productions illégales se poursuivra

Malgré la légalisation, les organisations policières vont poursuivre leur lutte contre les productions illégales. D’ailleurs, même si la loi fédérale permet de cultiver un maximum de quatre plants à la maison, au Québec, c’est tolérance zéro. Il sera donc interdit d’agrémenter son intérieur par quelques plants de pot.

Et pour ce qui est des productions de plus grande ampleur, les policiers peuvent compter sur un nouveau programme baptisé ACCES Cannabis (action concertée contre l’économie souterraine). «Depuis le 1er octobre, le ministère de la Sécurité publique nous a autorisés à avoir une équipe locale d’enquêteurs qui va être destinée spécifiquement à l’économie souterraine, soit finalement la production
et la distribution de cannabis illégal», explique le sergent Luc Mongrain, porte-parole de la Direction de la police de Trois-Rivières. 

À Trois-Rivières, ça signifie l’ajout de deux enquêteurs. «On est passé de 20 à 22 enquêteurs. C’est un ajout au groupe d’enquêteurs qu’on avait déjà. On n’a pas à délaisser une sphère ou une autre pour plus concentrer nos activités sur le cannabis illégal», précise le sergent Mongrain. À la Sûreté du Québec, 54 nouveaux policiers interviendront sur l’ensemble du territoire québécois incluant la contrebande en ligne.

Les policiers de Trois-Rivières pourront consommer du cannabis

Les policiers de Trois-Rivières ont obtenu le feu vert pour consommer du cannabis, en dehors des heures de travail bien entendu. 

La direction leur a fait savoir qu’elle se fiait à leur jugement afin que les décisions qu’ils prennent sur une base personnelle en dehors de leurs heures de travail n’entachent pas leur profession et la confiance du public.

Cette décision se démarque par rapport à celle prise par certains services de police du pays. Par exemple, les agents de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et de la police de Toronto devront s’abstenir de fumer de la marijuana pendant 28 jours avant leur jour de travail. 

Les policiers de Calgary, eux, n’auront tout simplement pas le droit de consommer du cannabis lorsqu’ils sont en congé.

Avec PC