Jimmy Boisvert
Jimmy Boisvert

L'entraîneur de boxe Jimmy Boisvert coupable d'agression sexuelle: «Quand c’est non, c’est non!»

Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — L’entraîneur de boxe Jimmy Boisvert a été déclaré coupable d’avoir agressé sexuellement une femme au cours de la nuit du 18 novembre 2017 dans un bar qui lui appartenait au centre-ville de Trois-Rivières.

Même s’il invoquait en guise de défense avoir cru sincèrement mais erronément au consentement de la victime dans le cadre d’un prétendu jeu de séduction, le juge Jacques Trudel a conclu que sa crédibilité était entachée après avoir relevé plusieurs invraisemblances et incohérences dans son témoignage lors du procès, voire même une contradiction fondamentale sur le consentement de la victime. Jimmy Boisvert a lui-même confirmé les propos de la plaignante à l’effet qu’elle lui avait dit ne pas vouloir avoir de rapports sexuels avec lui parce qu’il est marié et parce que cela va a l’encontre de ses principes. Il a même avoué qu’elle lui avait en quelque sorte fait un peu la morale à ce sujet. 

Rappelons d’emblée les faits: la plaignante s’entraînait depuis quelques mois au Club de boxe Performance. Elle y avait croisé Jimmy Boisvert, responsable des lieux mais sans plus puisqu’elle était entraînée à l’époque par Patrick Bilodeau.

Le 18 novembre, elle s’était rendue au gala de boxe organisé par le Club Performance. Son coach l’avait ensuite invitée à venir terminer la soirée avec des membres de l’équipe à la Petite grenouille. Une fois au bar,  Jimmy Boisvert était venu s’asseoir à côté d’elle. Il lui avait demandé si c’était elle qui avait encouragé avec vigueur un boxeur de l’équipe ce soir-là, ce qu’elle avait admis. De façon explicite, il lui avait ensuite fait des avances sexuelles en lui demandant si elle criait aussi fort au lit et si elle était intéressée à faire l’amour avec un homme marié.

Or, la preuve présentée par la procureure de la Couronne, Me Catherine Lacoursière, a aussi démontré qu’elle avait non seulement refusé ses avances mais qu’en aucun temps, elle avait posé un quelconque geste intime ou affectueux laissant croire à une ouverture à ce sujet. «Le seul fait de lui avoir dit l’avoir déjà vu en boxer au gym et qu’elle le trouvait bel homme ne pouvait permettre à l’accusé de croire qu’elle était consentante à des attouchements sexuels surtout à la suite du refus clairement exprimé par elle», a indiqué le juge.

Malgré tout, Jimmy Boisvert l’avait entraîné au sous-sol du bar La Petite Grenouille pour se livrer à des attouchements sexuels. Il avait notamment tenté de l’embrasser et, selon la version de la plaignante, avait mis la main dans ses pantalons. Alors qu’elle se figeait et s’écartait de lui en disant que c’était assez, l’accusé lui avait demandé de prendre son pénis qu’il exhibait. Elle avait refusé et s’était sauvée en retournant dans le bar. Dans le cadre du procès, il avait admis l’ensemble des faits mais niait avoir mis sa main dans ses pantalons et lui avoir demandé de prendre son pénis.

Le tribunal est d’avis que le comportement de Jimmy Boisvert constitue une forme d’aveuglement volontaire et «celui d’un homme obnubilé par ses pulsions sexuelles et par le pouvoir de contrôler et convaincre l’autre qu’elle est consentante». 

À ce sujet, le  juge Trudel précisera plus tard au sujet de l’accusé qu’il affiche tant dans son témoignage que dans le comportement décrit avec la victime une assurance et une confiance sans faille. «C’est avec cette même assurance et conviction qu’il déclare au tribunal que même si la victime lui dit que par principe et parce qu’il est marié, elle ne voulait pas de rapprochements sexuels avec lui, il a compris qu’elle était intéressée à lui et que son refus ne voulait pas dire non. Voilà exactement ce que la Cour suprême ne considère pas une croyance sincère mais erronée: L’accusé ne peut pas dire qu’il croyait que non voulait dire oui.»

Il ajoutera ensuite que si l’accusé avait perçu à tort dans les paroles de la victime une ambiguïté ou une hésitation quant au consentement, il n’a pris aucune mesure raisonnable avant de se porter à ces attouchements. Quant au témoignage de la plaignante, il comporte certaines hésitations, imprécisions et contradictions mais le tribunal la croit. Selon lui, elle n’a aucune raison d’inventer ces gestes très précis, d’autant plus qu’elle n’a aucun litige avec l’accusé. Son témoignage est considéré comme convaincant, cohérent et confirmé presque entièrement par l’accusé et les autres témoins. 

En conclusion, le juge mentionne: «Les gestes de l’accusé tentant d’embrasser la victime peuvent être qualifiés de légers comme le dit la common law quoiqu’ils n’en étaient pas moins intentionnels et non souhaités par la victime mais les attouchements auxquels se portent l’accusé en même temps sont plus intrusifs, agressants, confirmant l’intention de l’accusé, le caractère sexuel de l’ensemble des attouchements, l’absence de consentement de la victime et de vraisemblance d’une croyance erronée à un consentement.» 

À sa sortie du tribunal, Me Lacoursière s’est réjouie de cette décision. «Quand on dit non, c’est non. Cette notion est primordiale et le juge l’a indiqué à de nombreuses reprises dans son jugement. Cela envoie un message clair aux nombreuses victimes et ici, c’est important de le souligner surtout avec ce qui s’est passé au courant de l’été: il faut saluer le courage des victimes qui viennent témoigner à la cour. Ce n’est pas toujours simple mais il faut que ça soit clair dans l’esprit de la population. Quand c’est non, c’est non!», a-t-elle martelé. 

Pour leur part, Jimmy Boisvert et son avocate, Me Pénélope Provencher ont préféré n’émettre aucun commentaire. 

Les plaidoiries sur sentence auront lieu le 4 novembre.