Ce genre de munition fait partie des projectiles qui ont été tirés dans le lac Saint-Pierre pendant 50 ans par le CEEM.

Le retrait des obus prendra fin en 2027

Nicolet — Après avoir ratissé en long et en large, au cours des dernières années, les berges du fleuve Saint-Laurent et nettoyé le canal Landroche pour en retirer des munitions et obus potentiellement explosifs, le gouvernement fédéral a amorcé, il y a deux ans, un nouveau programme de nettoyage.

Un secteur d’intervention de 525 hectares a été établi dans le fleuve, en face de Nicolet, là où il y a le plus de risques de contacts entre des munitions potentiellement explosives et la population. Le programme prendra fin en 2027 et la cueillette de 2017 augure bien pour la suite des choses.

Au cours de l’année qui vient de passer, en effet, les spécialistes embauchés par Construction de Défense Canada ont analysé et identifié visuellement pas moins de 1500 anomalies géophysiques. De ce nombre, 1034 étaient des projectiles et 158 étaient des projectiles encore potentiellement explosifs. Quatre-vingt-un de ces 158 projectiles ont pu être déplacés par les plongeurs-artificiers pour en disposer de façon sécuritaire. Il a toutefois fallu faire exploser les autres dans l’eau sur place.

La «récolte» de 2017 a été beaucoup plus grosse qu’en 2016, alors que seulement 505 anomalies géophysiques avaient été trouvées et 307 projectiles identifiés dont 56 étaient potentiellement explosifs.

Malgré les performances de nettoyage des deux dernières années, la tâche demeure titanesque puisqu’il reste encore 19 294 anomalies géophysiques à inspecter visuellement, dans la zone ciblée. Selon les estimations, elles pourraient comprendre quelque 12 659 munitions.

Le gouvernement du Canada entrevoit investir environ 35 millions $ juste pour effectuer, de 2015 à 2027, le nettoyage ciblé de la zone prioritaire d’intervention, indique Josée Gagnon, coordonnatrice des services environnementaux pour Construction de Défense Canada. Rappelons que les autres interventions de nettoyage avaient débuté en 2000.

Cette zone contient 40 % de tous les projectiles répertoriés à la suite de levées géophysiques. C’est aussi la zone du lac Saint-Pierre la plus fréquentée dans ce secteur.

Si le gouvernement avait décidé de faire un nettoyage complet de tous les projectiles qui dorment depuis 50 ans au fond du lac Saint-Pierre, il aurait fallu créer un programme d’une durée de 63 ans et la superficie à couvrir aurait été de 160 kilomètres carrés. «Ça n’avait pas lieu d’être quand on fait des analyses de risques», explique Mme Gagnon. Une analyse a en effet déterminé «à quels endroits il y avait un risque élevé de contacts entre la population et les UXO» (Unexploded Ordnance, c’est-à-dire des munitions potentiellement explosives), explique la coordonnatrice.

Entre 1952 et 2000, des tirs d’essais étaient faits directement dans le fleuve à partir du Centre d’essais et d’expérimentation de munitions, à Nicolet. Quelque 300 000 munitions ont donc été tirées dans l’eau. Une bonne proportion de celles-ci s’y trouvent toujours et certaines sont encore potentiellement explosives.

Rappelons que le CEEM, acquis tout récemment par le géant américain General Dynamics, a le mandat de tester différents types de munitions. Les tirs ne se font plus toutefois dans le fleuve, mais dans des buttes d’arrêt et des structures de détonation sur la terre ferme.

Au Canada, seulement cinq entreprises possèdent présentement une expertise pour procéder à l’enlèvement de munitions en milieu aquatique. Mises à part les levées géophysiques qui permettent de trouver des objets métalliques dans les sédiments aquatiques, l’identification de la nature de ces objets se fait encore par les yeux des personnes qui possèdent des connaissances en matière d’explosifs. Inutile de dire que l’emploi est risqué. Lorsque le plongeur ne peut confirmer hors de tout doute que le projectile qu’il trouve est inerte, il le laisse sur place et on le fera exploser par la suite pour le rendre inoffensif.