Selon les enquêteurs, au moins quatre garçons de l'établissement, aujourd'hui dans la vingtaine, ont été victimes d'abus sexuels «systématiques» de la part des accusés entre 2005 et 2010.

Le pénitencier pour trois abuseurs d'enfants

Les peines de pénitencier imposées mercredi à trois hommes pour des abus sexuels commis sur des mineurs dans les années 70 et 80 à Shawinigan ont été accueillies avec grand bonheur par les victimes, et ce, malgré la colère et la rage qui continuent de les tenailler.
Pour deux d'entre elles, qu'on ne peut identifier en raison d'une ordonnance de non-publication, les sentences que devront purger Léo Michaud (52 mois), Jacques Dufresne (4 ans) et Réjean Gélinas (4 ans) constituent une véritable délivrance. 
«Aujourd'hui, la page vient d'être tournée pour moi. Je vis maintenant une renaissance. Je ne me priverai plus d'aller en public parce que j'avais peur de les rencontrer», a indiqué l'une des victimes, un homme aujourd'hui âgé d'une cinquantaine d'années. 
C'est d'ailleurs lui qui a porté une plainte aux policiers contre les trois agresseurs il y a quatre ans. «Pour eux, nous étions des meneurs de troubles. Ils nous accusaient de les salir. Heureusement, ils ont fini par admettre les faits», a-t-il ajouté. 
Léo Michaud, 82 ans, Réjean Gélinas, 66 ans et Jacques Dufresne, 69 ans, tous de Shawinigan, se sont en effet livrés à des attentats à la pudeur sur deux frères et une fillette entre 1969 et 1982. Les gestes commis sont des attouchements, des fellations, des masturbations mais aussi de la sodomie pour l'un des jeunes garçons et de la pénétration digitale pour la fillette.
Les faits sont particulièrement sordides. Ils commencent en 1969. Léo Michaud, un homme marié, accueille chez lui Réjean Gélinas à titre de chambreur.
Les deux hommes ont par la suite une liaison. Au cours de la même période, ils en profitent pour abuser à tour de rôle et quelquefois en même temps d'un jeune garçon âgé à peine de 9 ans, et ce, pendant cinq années. Puis, ce sera au tour de son frère aîné de subir des sévices sexuels au cours de la même période.
Jacques Dufresne, le beau-frère de Léo Michaud, va lui aussi les abuser entre 1971 et 1974. Il va ensuite s'en prendre à une fillette entre 1975 et 1982. Elle n'avait que sept ans lorsque les abus ont commencé.
Dans les sentences à prononcer, le juge Guy Lambert a certes tenu compte des facteurs atténuants. Les trois agresseurs ont eux-mêmes été victimes d'abus sexuels dans leur jeunesse. Ils sont âgés; la plupart ont plaidé coupable sauf dans le cas de Léo Michaud qui n'a pas voulu reconnaître les abus sur l'un des deux frères. C'était le juge Lambert qui avait tranché en le déclarant coupable au terme d'un procès. 
Ils ont été des actifs pour la société et ils sont stables. Hormis Réjean Gélinas, ils n'ont pas d'antécédents judiciaires. 
Par contre, le tribunal a aussi tenu compte des facteurs aggravants et plus particulièrement des séquelles importantes causées par les abus sexuels: colère, rage, difficultés amoureuses, sexuelles et relationnelles, problèmes de drogue pour l'une des victimes, tentatives de suicide, perte d'estime de soi, méfiance extrême, etc. 
Le lien de confiance qui les unissait aux victimes, l'âge de celles-ci, la durée des abus, la fréquence et la nature des actes sexuels sont également aggravants. Quant au risque de récidive, il demeure présent bien qu'amoindri. 
Puisqu'il estime que les facteurs de dénonciation et de dissuasion doivent primer en pareils cas, le juge a ainsi condamné Léo Michaud à une peine de 52 mois. Dans le cas de Réjean Gélinas, il a certes complété le programme Petas mais il y a tout même eu une récidive en 2000 avec un autre mineur. Le tribunal lui a donc imposé quatre ans de pénitencier. En ce qui concerne Jacques Dufresne, qui aurait manifesté des regrets plus sincères aux yeux du juge, il a été condamné à quatre ans de prison. 
À la sortie de la salle d'audiences, les deux frères ont admis que le processus juridique avait certes été long et difficile mais il leur a été bénéfique.
«Ces agresseurs ont été retirés de la circulation. C'est maintenant à mon tour de commencer à vivre», a ajouté le plaignant. Même qu'il avoue que ses idées suicidaires sont désormais derrière lui.
«J'ai fait deux tentatives de suicide dans le passé mais maintenant, j'ai réalisé qu'ils ne méritaient pas ça. Je leur aurais fait un cadeau», a-t-il ajouté, non sans amertume. 
Son frère a pour sa part admis qu'un lourd fardeau venait d'être enlevé de sur ses épaules. «Je vais pardonner mais je ne vais jamais oublier.»
Ce qui n'est pas le cas de l'autre victime. «Pas de pardon pour moi. Mais j'espère maintenant qu'ils vont profiter de leurs années en prison pour analyser le mal qu'ils nous ont fait. Ils nous ont reproché d'avoir gâché la fin de leurs jours mais eux, ils avaient gâché toute ma vie jusqu'à aujourd'hui.»