Martin Provencher et le réalisateur Stéphan Parent avaient annoncé, en juin 2015, qu'ils s'associaient pour la réalisation d'un documentaire sur l'enlèvement de Cédrika Provencher. Le criminaliste Marc Bellemare (à gauche) devait lui aussi prendre part au projet.

Le documentaire sur Cédrika Provencher ne verra pas le jour

Le documentaire sur l'enlèvement et le meurtre de Cédrika Provencher, réalisé par Stéphan Parent, ne verra finalement pas le jour.
Le réalisateur a reçu, au cours des derniers mois, deux mises en demeure de la part du père de Cédrika Provencher, le sommant de cesser son travail et de ne pas diffuser son matériel. 
Le père de Cédrika, Martin Provencher, affirme avoir communiqué à plusieurs reprises avec le réalisateur avant de devoir en arriver à faire appel à la justice et de remettre le dossier entre les mains de ses avocats.
«Quand nous nous sommes rencontrés la première fois, c'était clair que son travail devait aider à trouver l'information qui nous permettrait de retrouver Cédrika. Mais elle a été retrouvée. Deux semaines après, je lui ai communiqué une première fois par texto pour lui dire que pour nous, ça s'arrêtait là, qu'on n'irait pas plus loin. Mais il a continué malgré plusieurs avertissements de notre part», évoque-t-il.
On se souviendra qu'au départ, Stéphan Parent, qui a aussi réalisé le documentaire Novembre 84, s'était associé avec la famille de la petite pour produire le documentaire. Il avait également obtenu la collaboration du criminaliste Marc Bellemare, qui a participé à la réalisation du documentaire et d'une partie de la collecte d'informations. 
Martin Provencher indique que plusieurs informations recueillies pour les fins du documentaire ont depuis été coulées dans les médias, donnant des allures de chasse aux sorcières, ce que la famille voulait à tout prix éviter.
«On a sorti des noms, on a pointé du doigt des personnes. Ce n'était pas l'objectif du départ et on ne doit pas se substituer au travail des enquêteurs», croit Martin Provencher.
De son côté, Stéphan Parent se dit secoué par ces mises en demeure et que par respect pour la famille, mais également parce qu'il ne souhaite pas se lancer dans une bataille judiciaire, il n'ira pas plus loin avec le documentaire. Toutefois, il entend se battre jusqu'à la fin pour protéger son matériel journalistique que la famille aimerait voir ne jamais être utilisé.
«Nous avons recueilli des informations cruciales au cours de la réalisation de ce documentaire, et jamais je n'accepterai de devoir mettre ça dans un coffre et jeter la clé. C'est de l'entrave à la liberté d'expression et au droit du public à l'information. J'irai devant la justice pour ça, je ne me débarrasserai jamais de mes sources», lance-t-il.
Stéphan Parent estime que l'entente qui avait été discutée avec Martin Provencher, à savoir que le travail cesserait si la petite était retrouvée, n'était pas une entente formelle, écrite et signée, mais plutôt une conversation qui avait eu lieu entre les deux hommes.
«Il faut aussi remettre les choses en contexte. Si on avait retrouvé la petite trois semaines après le début du travail, j'aurais effectivement tout arrêté. Mais là, on avait un énorme chemin de fait et ça prenait une autre tournure. Il y a des éléments d'information qui méritaient d'être connus du public», croit M. Parent.
Pour Martin Provencher, toutefois, cette entente est aussi valable que n'importe quelle entente écrite. «C'était une entente verbale, mais ça reste une entente. Et qu'il admette lui-même que nous avions parlé de ça ne fait que confirmer le tout», croit-il.
Devant ces mises en demeure, Stéphan Parent se questionne sur les motivations de Martin Provencher.
«Est-ce qu'il a eu de la pression de la police? Je ne sais pas. Mais il n'a même pas vu le documentaire. Comment peut-il prétendre que ce qui sera diffusé va nuire à l'enquête? Ce qu'il revendique ne tient malheureusement pas la route. Malgré tout, la famille Provencher est une famille que j'aime et que je respecte, et je ne veux pas leur faire subir davantage», mentionne celui qui s'est dit «profondément blessé» par la tournure des événements.
Stéphan Parent estime avoir investi entre 60 000 $ et 100 000 $ de sa poche dans ce documentaire qui ne verra pas le jour. De son côté, l'avocat Marc Bellemare n'a pas souhaité accorder d'entrevue sur le sujet, mardi.