Le bunker des Hells Angels à Trois-Rivières.

Le bunker des Hells de Trois-Rivières sera démoli

La confiscation par le Procureur général du Québec du bunker des Hells Angels de Trois-Rivières annonce la démolition de l'édifice du boulevard Saint-Jean, mais il est hors de question pour Trois-Rivières de prendre la note à la fin des travaux.
Avec le plaidoyer de culpabilité présenté par 14 membres de ce gang jeudi à Montréal dans le cadre du mégaprocès SharQc, la poursuite a aussitôt annoncé la confiscation de cette bâtisse.
«Le terrain et le bâtiment faisaient l'objet d'une ordonnance de blocage depuis le début de l'opération SharQc. Maintenant, à la demande de la Direction des poursuites criminelles et pénales (DPCP), le juge a autorisé leur confiscation au profit du Procureur général. L'État devient donc le propriétaire des lieux», a confirmé Me Jean-Pascal Boucher, porte-parole du DPCP.
Et il est clairement établi que le fameux bunker sera démoli. «Ça, nous pouvons le confirmer. Maintenant il reste à poursuivre les discussions avec les autorités municipales de Trois-Rivières sur la question des frais notamment et les modalités. Notre objectif est que tout le monde en sorte gagnant», a précisé Me Boucher. 
Le gouvernement a en effet entamé des démarches auprès de l'administration trifluvienne afin de régler la suite éventuelle de l'épineux dossier. «Le Procureur nous a fait la proposition de reprendre la propriété, à condition de donner une quittance pour les taxes impayées et de démolir les bâtiments. J'ai répondu non. Nous, on est prêt à reprendre les bâtisses et les revendre pour couvrir nos taxes impayées qui sont près de 80 000 $. La bâtisse a une valeur. On est convaincu de récupérer le montant des taxes et on imposerait des conditions pour l'utilisation des lieux. On n'est pas prêt à engager des fonds publics pour démolir ça», confirme Yves Lévesque, le maire de Trois-Rivières.
Selon M. Lévesque, ce refus de la Ville a poussé le Procureur général à présenter une contre-offre.
«Ils sont prêts à payer 50 % des coûts de la démolition pour le bâtiment principal, le garage. On a dit non. Mais on a présenté une contre-offre. La Ville va accepter de donner une quittance pour les taxes, mais le gouvernement doit assumer les coûts de démolition et doit nettoyer le terrain pour le rendre prêt à la revente pour qu'on puisse le récupérer. Il [le Procureur général] a proposé de couvrir 50 % de la facture, on veut qu'il aille jusqu'à 100 %. C'est le deal qu'on est prêt à accepter. Déjà qu'on perdrait les taxes, je veux avoir le terrain nettoyé.»
Yves Lévesque indique que cette réplique de la Ville à la dernière proposition gouvernementale a été acheminée lundi. L'administration municipale attend une réponse.
«Je suis bien content de la décision annoncée ce matin (jeudi). Ça fait longtemps que le dossier traîne et je souhaite régler le tout rapidement.»
Selon le service d'évaluation de la Ville de Trois-Rivières, les bâtisses de cette propriété sont évaluées à 324 100 $, alors que la valeur du terrain s'élève à 60 900 $. La somme des taxes impayées est de 72 577,39 $.
Les Hells Angels à Trois-Rivières
1989 
Érection d'un bâtiment de type bunker sur le terrain situé au 4060 boulevard Saint-Jean. Le permis de construction a été émis au nom du Club de motos Les Missiles de la Mauricie.
1991 
Les Missiles de la Mauricie sont intégrés aux Hells Angels et forment le chapitre de Trois-Rivières. 
Juin 1999 
Fidèles à leurs habitudes, les Hells tiennent leur gros party annuel visant à célébrer l'anniversaire d'intronisation du chapitre trifluvien. Plus de 150 motards de partout au Canada se réunissent au repaire du boulevard Saint-Jean. Parmi les invités vedettes, notons Maurice Mom Boucher et Louis Melou Roy. 
1999 
Alors à la tête de la Ville de Trois-Rivières-Ouest, le maire Yves Lévesque offre d'acheter le bunker pour y loger des organismes communautaires.
Mars 2001 
Le chapitre trifluvien est ébranlé dans le cadre de l'Opération Printemps 2001 au cours de laquelle 122 individus en lien avec l'organisation ont été arrêtés.
2002 
Les fortifications - persiennes blindées et vitres à l'épreuve des balles - du bunker sont démantelées à la demande de l'ancienne Ville de Trois-Rivières-Ouest.
2003 
Le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, offre une fois de plus d'acheter le bunker.
Mai 2004 
Les forces policières ébranlent le chapitre trifluvien dans le cadre de l'opération HA Centre. Une trentaine de personnes, dont un membre en règle, sont arrêtées et 21 perquisitions sont effectuées. Le bunker du boulevard Saint-Jean avait notamment été visité par les policiers.
Mai 2006 
Pour la seconde fois, le repaire de Trois-Rivières est investi par les policiers dans le cadre de la seconde phase de l'Opération Fusion, visant le démantèlement d'un important réseau d'importation et de trafic de drogue.
Décembre 2006 
La Ville de Trois-Rivières fait retirer du bâtiment une enseigne lumineuse sur laquelle on retrouvait le logo des Hells Angels.
2007 
Selon le rôle d'évaluation triennal adopté le 9 juillet, la valeur totale du bunker et du terrain sur lequel il est construit se chiffre à 274 000 $.
Avril 2009 
Un gros coup est porté aux Hells Angels avec l'Opération SharQc. Une trentaine de membres du chapitre de Trois-Rivières sont arrêtés et le bunker fait désormais l'objet d'une ordonnance de blocage par le gouvernement à titre de bien infractionnel.
2011 
Les Hells Angels doivent maintenant 24 935,62 $ pour le non-paiement des taxes municipales. Un jugement est rendu en faveur de la Ville de Trois-Rivières mais cette dernière a les mains liées en raison de l'ordonnance de blocage.
Janvier 2011 
Deux individus sont arrêtés après s'être introduits par effraction dans le bunker, qui est désormais inhabité, pour y voler des chandails et des insignes aux couleurs des Hells Angels.
Mars 2015 
Le montant des taxes municipales impayées atteint maintenant 63 000 $. 
Mai 2015 
Plusieurs Hells Angels de Trois-Rivières plaident coupable. Le juge autorise finalement la confiscation du bunker.