Santé oblige, Me René Duval prendra sa retraite à la fin mars, tout juste avant le renouvellement de sa cotisation annuelle auprès du Barreau.

L'avocat René Duval tire sa révérence

Après 41 années de pratique en droit, l'avocat bien connu de la région, Me René Duval, a décidé de tirer sa révérence.
Celui qui est réputé pour ses causes souvent désespérées ou antipathiques prendra sa retraite le 30 mars prochain. «C'est une décision que la vie m'impose. J'ai toujours rêvé de pratiquer jusqu'à ma mort mais des problèmes de santé me forcent à cesser mes activités professionnelles. Je n'ai plus l'énergie de continuer», a annoncé l'homme de 70 ans mercredi matin. 
Il entend cependant clore ses dossiers en suspens avant de se la couler douce. Il part sans regret et avec le sentiment du devoir accompli. «Je n'ai pas réussi à changer les choses mais à aider les gens», ajoute-t-il humblement. 
Pourtant, sa feuille de route est particulièrement garnie et l'a mené à quelques reprises devant le plus haut tribunal du pays. Après avoir complété son barreau, il a commencé sa carrière dans un bureau d'avocats de Longueuil pour ensuite faire le saut en mai 1977 à la Couronne provinciale. Dès 1981, il s'est lancé dans la pratique privée à Montréal. En 1984, il a été nommé plaideur principal à la Commission des droits de la personne à Ottawa, ce qui lui permettra entre autres d'obtenir le sous-titrage de toutes les émissions de Radio-Canada pour les malentendants. En 1987, il obtiendra aussi une ordonnance forçant le Directeur général des élections à rendre tous les bureaux de vote accessibles. 
En 2003, il fera une brève incursion dans le domaine du droit de la concurrence à Toronto pour ensuite prendre une retraite anticipée en 2004 et revenir chez lui, à Nicolet. Néanmoins, il continuera sa pratique à temps plein. Sa liste de clients est notoire et le placera plus souvent qu'à son tour sous le feu des projecteurs: Ginette Leblanc, Cathie Gauthier, Francis Proulx, Alexis Vadeboncoeur, Cédric Bouchard, Said Namouh et plus récemment Richard Vallières dans le dossier du sirop d'érable. 
De toutes ces causes qu'il a défendues (certaines avec succès, d'autres non), il ne cache pas que les deux plus marquantes seront celles de Ginette Leblanc pour l'aide médicale à mourir et de Cédric Bouchard, l'un des deux meurtriers dans le drame de la rue Sicard à Trois-Rivières. 
Rappelons qu'il avait accepté d'aider pro bono Mme Leblanc dans son combat pour obtenir l'aide médicale à mourir. Elle est cependant décédée avant que le dossier ne se retrouve devant la Cour suprême. «Elle était une personne extraordinaire mais je trouvais très difficile de la voir dépérir d'une fois à l'autre. Ce n'est pas évident non plus de passer plusieurs heures avec une personne qui veut seulement mourir», mentionne-t-il. 
Quant au triple meurtre, il a été marqué par l'âge des victimes et les circonstances. «Je ne veux pas comparer les malheurs mais c'est un drame énorme pour les familles des victimes autant que pour celles des accusés», a-t-il précisé. 
Cette affaire autant que celle de Francis Proulx lui ont d'ailleurs valu des messages haineux mais aussi quelques félicitations pour avoir eu le courage de s'occuper de ces criminels. «Quelle que soit la gravité des crimes qu'ils ont commis, ces gens ont le droit d'être défendus avec compétence», ajoute-t-il.  
Toujours avec cette véhémence qui le caractérise, il en profite pour s'insurger contre le système. «On veut faire croire à la population que la justice est plus accessible. C'est un canular inacceptable!», clame-t-il. 
Selon lui, les droits criminel et civil sont devenus plus «procéduriers» au fil des ans. «On vend ça sous la bannière de l'accessibilité mais il y a des coûts qui y sont reliés. Si c'est ça l'accès à la justice, moi je suis le pape. La charge de travail des avocats a augmenté, donc les coûts pour le client. En plus, il faut être rendu quasiment mendiant pour avoir accès à l'aide juridique», déclare-t-il.
Il a donné l'exemple du dossier de Ginette Leblanc. Il soutient que le gouvernement du Canada a dépensé entre 500 000 $ et 800 000 $ en experts seulement. «Moi, j'ai tout au plus reçu une contribution de 100 $ d'un donateur. Quand on dit que la justice est accessible... oui mais quelle justice? Mme Leblanc était une femme démunie. Nous n'avions même pas les moyens de nous payer un sténographe», déplore-t-il. 
Il accroche donc sa toge non sans une certaine mélancolie, même s'il avoue ne plus avoir de plaisir à travailler depuis un certain temps. «Ce qui va me manquer le plus, c'est de plaider», conclut-il.
Les causes les plus célèbres
Ginette Leblanc: Atteinte de sclérose latérale amyotrophique depuis 2007, elle a commencé à se battre pour le droit au suicide assisté peu après son diagnostic en 2011 mais elle est décédée en 2013 avant que sa cause ne se retrouve devant la Cour suprême. 
Francis Proulx: il a été condamné pour le meurtre de Nancy Michaud, survenu en 2008 dans le Bas-Saint-Laurent. Après une tentative d'appel raté devant la Cour d'appel, Francis Proulx a demandé à Me René Duval de piloter le dossier devant la Cour suprême mais celle-ci a refusé d'entendre la cause. 
Cathie Gauthier: L'avocat trifluvien a plaidé devant la Cour suprême dans le dossier de Cathie Gauthier, cette femme du Saguenay qui a été reconnue coupable du meurtre de ses trois enfants, mais le plus haut tribunal du pays a refusé d'accorder à la femme un nouveau procès. 
Alexis Vadeboncoeur: Il est ce jeune homme qui a fait l'objet d'une arrestation musclée de la part des policiers de Trois-Rivières en février 2013 à la suite d'un vol dans une pharmacie. Il a plaidé coupable aux nombreux crimes qui lui étaient reprochés et il a écopé de quatre ans et demi de prison. Il a aussi entrepris une poursuite civile de 2,3 millions $ contre les policiers.
Said Namouh: Cet ancien résident de Maskinongé a été condamné à la prison à vie sans possibilité de libération avant 10 ans après avoir été déclaré coupable, en 2010, de complot en vue de commettre un attentat, de participation aux activités d'un groupe terroriste et de facilitation de ces activités et d'extorsion par association.
Cédric Bouchard: Me Duval a aussi représenté l'un des deux auteurs du triple meurtre de la rue Sicard. Le jeune de 16 ans a plaidé coupable aux accusations portées contre lui. Il a par la suite été assujetti à une peine pour adultes et condamné à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant dix ans.