L'avocat des causes «antipathiques»

Après avoir défendu des clients tels que Maverick Andaya, Francis Proulx, Saïd Namouh, Cathie Gauthier, Ginette Leblanc et Alexis Vadeboncoeur, l'avocat René Duval vient de rajouter un autre suspect à son agenda, soit l'un des coaccusés dans le triple homicide survenu à Trois-Rivières.
La cause n'a pas fini de défrayer les manchettes, entre autres parce qu'elle suscite beaucoup de tristesse, de colère et d'incompréhension.
Or, le caractère impopulaire d'une telle cause, au même titre que celles précédemment citées, n'inquiète pas l'avocat outre-mesure. «Je crois que toute personne a droit à une défense pleine et entière. Le caractère impopulaire ne suffit pas à ébranler mes convictions», s'exclame-t-il d'emblée.
Rencontré vendredi après-midi à son bureau, l'avocat est bien conscient que la défense de l'un des jeunes suspects (on parle ici du complice de celui qui aurait initié ce drame) risque d'être mal perçue par bien des personnes. Il joue d'ailleurs de prudence pour éviter des blessures à quiconque.
Pour cette cause, il s'est adjoint les services de son associé, Jean-François Lauzon. Il refuse aussi de se laisser distraire par ce qu'il appelle des bruits de fond en provenance des réseaux sociaux et du bouche à oreille. «Mon devoir est de le représenter au mieux de mes compétences. Par contre, si j'ai un message à lancer à la population, c'est d'attendre la suite. Je crois que plusieurs auront à nuancer leur jugement. Le procès pourrait démontrer que ce n'est pas si gratuit qu'il n'y paraît», avance-t-il.
Avocat et homme de principes, il soutient néanmoins avoir fait son droit pour défendre justement les personnes plus démunies et celles qui ont besoin d'une défense pleine et entière.
Ses clients lui ont d'ailleurs valu des messages haineux de la part de la population. Ce fut le cas lorsqu'il a défendu en Cour suprême Francis Proulx, coupable du meurtre de Nancy Michaud. Plus souvent qu'à son tour, il a également été dévisagé dans la rue par des citoyens et a reçu des messages l'exhortant de refuser la défense de certains clients.
Après 37 ans de pratique, dont 18 à plein temps dans les droits de la personne, il a érigé les barrières nécessaires pour lui permettre de faire son travail sans se laisser emporter par les émotions. «Je ne me laisse jamais arrêter par la nature du dossier quand vient le temps d'accepter de défendre une personne. Mes seules exceptions sont les causes de nature sexuelle», soutient-il.
Certes, ses nombreux passages dans les médias lui ont valu le sobriquet de «kid kodak». Il le sait et il s'en fout, avouera-t-il. Ses convictions professionnelles vont bien au-delà de cet aspect
De Ginette Leblanc, pour qui il s'est battu en faveur du droit au suicide assisté, il se rappelle encore des échanges ô combien troublants avec cette femme avant son décès. «Je rêve qu'on renverse le précédent créé par Sue Rodriguez, et ce, depuis 1993», mentionne-t-il.
De Cathie Gauthier, reconnue coupable du meurtre de ses trois enfants, il aurait tellement aimé un verdict de non-culpabilité. Il avait même porté la cause devant la Cour suprême. «Je suis convaincu qu'elle est innocente».
De Saïd Namouh, le terroriste de Maskinongé, la cause lui est apparue marquante en raison «de la disproportion quantique entre les moyens de la défense et ceux de la poursuite».
En ce qui concerne Alexis Vadeboncoeur, ce jeune homme malmené par des policiers de Trois-Rivières et qui est présentement recherché pour évasion de sa maison de thérapie, il refuse tout commentaire, sous prétexte que la situation est particulière.
À 67 ans, il n'envisage pas de retraite, trop occupé à bûcher sur ses dossiers. «Si j'ai appris une leçon au fil du temps est qu'on doit reprendre le flambeau de la justice à tous les jours».
Mineur coaccusé du triple meurtre
Le client de Me Duval est accusé des meurtres prémédités de deux soeurs et du copain d'une d'entre elles, survenus le 11 février, en plus de complot pour meurtre contre la mère des deux jeunes femmes victimes et aussi contre les policiers.
Alexis Vadeboncoeur
Accusé de vol à main armée dans une pharmacie en février 2013 à Trois-Rivières, il a été tabassé par les policiers ayant procédé à son arrestation. Vadeboncoeur a intenté une poursuite civile contre eux.
Saïd Namouh
Terroriste de Maskinongé, arrêté en 2007 et condamné à la prison à perpétuité en 2010 pour avoir baigné dans un complot terroriste.
Cathie Gauthier
Mère de famille trouvée coupable de triple infanticide à Chicoutimi, en décembre 2008, et condamnée à la prison à vie. Me Duval a pris la cause de Gauthier au moment de passer en Cour suprême afin que sa cliente puisse avoir droit à un nouveau procès.
Francis Proulx
Trouvé coupable du meurtre prémédité survenu en 2008 de Nancy Michaud, attachée politique du défunt ministre libéral, Claude Béchard. Me Duval a piloté ce dossier lorsqu'il est atterri en Cour suprême pour faire annuler sa condamnation et obtenir un nouveau procès.
Maverick Andaya
Jeune adulte condamné à cinq ans de prison pour avoir poignardé Kevin Brousseau dans le parc Champlain, en juin 2007.
Ginette Leblanc
Atteinte de sclérose latérale amyotrophique, la Trifluvienne a mené un combat pour faire légaliser le suicide assisté. Décédée en février 2013, à l'âge de 50 ans, sa cause devait être entendue en Cour supérieure en mars dernier.