Réjean Héon

La victime de Réjean Héon soulagée

TROIS-RIVIÈRES — La sentence de huit mois de prison imposée à Réjean Héon pour des abus sexuels sur un enfant a été accueillie avec un grand soulagement par sa victime.

Pour cette femme, l’un des points essentiels qui ressort de la sentence du juge Jacques Trudel est justement d’avoir été crue. «Il a pris en considération les mots que j’ai eus, les choses que j’ai dites. Oui, j’ai été crue et le juge l’a bien décrit dans sa décision», a-t-elle déclaré à sa sortie de la salle d’audience. Les larmes aux yeux, elle a constaté également qu’il avait tenu compte des impacts énormes que ces agressions avaient eus dans sa vie autant que de la tendance de l’agresseur à minimiser ses délits. 

On se rappelle que lors des représentations sur la peine, elle avait comparé toutes ces conséquences à un sac à dos très lourd à porter en raison du poids du secret, du poids de la honte et du poids de la responsabilité d’un éventuel suicide de l’agresseur. 

Aujourd’hui, elle ne peut qu’encourager toutes les victimes d’abus sexuels à dénoncer leur agresseur même si ça n’efface rien. «Il faut dénoncer. Oui ça fait peur, oui c’est de l’inconnu, mais ça vaut la peine pour justement avoir un sac à dos plus léger», a-t-elle ajouté.

Elle soutient d’ailleurs avoir dénoncé cet homme pour donner l’exemple à ses enfants. «De tels gestes sont inacceptables. Il ne faut pas que ça se reproduise. Si je n’avais pas porté plainte, cela aurait été contradictoire. En plus, s’il avait fallu que j’apprenne l’existence d’autres victimes, je l’aurais eu sur la conscience», a-t-elle précisé.  

Les faits reprochés à Réjean Héon sont survenus entre 1988 et 1993 à Saint-Pierre-les-Becquets. On parle principalement d’attouchements sexuels. Les premiers événements remontent au moment où la plaignante avait 10 ans. L’individu venait alors d’avoir 18 ans. Il lui a tout d’abord touché les seins par-dessus le chandail. Lorsque la victime a eu 11 ou 12 ans, il lui a demandé de le masturber. 

Au cours de la même année, il lui a demandé d’enlever son chandail, car il voulait voir comment ses seins se développaient. Il l’a ensuite forcée à se mettre à quatre pattes sur le lit pour voir ses seins pendre et les toucher. Il lui a aussi demandé de retirer son pantalon et d’écarter ses jambes. Malgré son refus, Héon a frotté son pénis sur sa cuisse, tout près de sa vulve. 

Une autre agression est survenue dans un bâtiment de ferme. Il a maintenu l’adolescente âgée de 13 ans contre un mur afin de lui toucher les seins. Il a essayé de lui enlever son chandail, mais l’adolescente lui a asséné un coup de genou dans les parties génitales afin de prendre la fuite. 

Le temps a passé mais la victime n’a jamais été en mesure de fermer la porte. Les impacts des abus se sont manifestés dans toutes les sphères de sa vie: blocages d’ordre sentimental et sexuel, crises de panique, maux de tête, hyperventilation, anxiété, hypervigilance avec les hommes, honte, culpabilité et même des idées suicidaires. Son conjoint et ses enfants ont eux aussi payé le prix. Ce n’est qu’en janvier 2016 qu’elle a trouvé le courage de dénoncer son agresseur à la police. 

En 2017, Réjean Héon a plaidé coupable à un chef d’agression sexuelle, évitant ainsi à la victime de témoigner dans le cadre d’un procès. 

D’entrée de jeu, le juge Trudel a écarté l’emprisonnement dans la collectivité tel que demandé par l’avocat de la défense, Me Denis Lavigne, et ce, même si Réjean Héon ne représente pas un danger. Lorsqu’il est question d’abus sexuels sur des enfants, l’important pour lui est de prioriser les facteurs de dénonciation et de dissuasion. Il a d’ailleurs rappelé que la loi impose maintenant une peine minimale d’un an de prison ferme et que la collectivité est désormais exclue. 

Comme facteurs aggravants, il a tenu compte des impacts importants pour la victime et l’ostracisation qu’elle a subie. Il a aussi retenu la répétition des abus sexuels qui se sont étirés sur plusieurs années, l’abus de confiance et d’autorité, la contrainte physique, la préméditation, la distorsion cognitive de Réjean Héon qui avait prétendu que la petite avait aimé les attouchements et, enfin, la minimisation des conséquences de ses actes. Comme facteurs
atténuants, il retient son absence d’antécédent judiciaire, le fait qu’il était un jeune adulte immature à cette époque, qu’il n’a pas de déviance sexuelle, l’absence de récidive, son statut d’actif pour la société et son ouverture à un suivi thérapeutique. 

Outre la peine de prison, Réjean Héon, 47 ans, sera soumis à une probation pendant deux ans avec un suivi pendant un an. Outre l’interdiction de contact avec la victime, il sera inscrit au Registre des délinquants sexuels pendant 20 ans et il ne pourra pas avoir d’armes en sa possession pendant dix ans.

Le procureur de la Couronne, Me Eric Boudreau, voulait que 21 mois de prison ferme lui soient imposés mais il s’est dit satisfait de la peine de huit mois en raison de l’importance accordée justement à la dénonciation et dissuasion.