Marc Isabelle

La victime de Marc Isabelle témoigne

Tandis que Marc Isabelle continue de nier avec véhémence les abus sexuels qui lui sont reprochés, sa victime lui reproche son absence de responsabilisation et d'excuses.
«Ce qui me fait le plus mal c'est qu'il s'en fout. Il n'a rien fait. Il n'a fait que continuer à me détruire», a-t-elle déclaré mercredi dans le cadre des représentations sur sentence de son agresseur.
Cinq ans après l'arrestation de Marc Isabelle en juillet 2012, elle le croit encore animé d'un très grand narcissisme, de méchanceté et de perversion. «Tu as abusé de mon enfance. Tu es le responsable, pas moi», a-t-elle ajouté.
Rappelons qu'en février 2017, le juge David Bouchard avait en effet conclu que Marc Isabelle s'était livré à des attouchements sexuels sur une fillette et l'avait incitée à avoir des contacts sexuels avec lui mais uniquement sur la période comprise entre 1990 et 1994. La victime était alors âgée entre trois et sept ans environ.
En ce qui a trait aux allégations d'abus sexuels et de voies de fait commis entre 1994 et janvier 2011, le tribunal avait plutôt décidé de l'acquitter. Il l'avait par contre déclaré coupable d'un chef de menace contre cette jeune fille pour un événement survenu en janvier 2011.
Quant aux délits qui auraient été commis sur une seconde plaignante, il a bénéficié d'un acquittement sur les accusations de nature sexuelle mais a été déclaré coupable d'un seul chef de voie de fait. Au total, il a donc été déclaré coupable de quatre des dix-huit accusations qui pesaient contre lui. 
Or, même si Marc Isabelle a porté le verdict de culpabilité en appel sur les chefs de nature sexuelle et de menace, le processus judiciaire suit son cours en vue de l'imposition d'une sentence. La victime d'abus sexuels a justement été appelée à témoigner sur les séquelles de ces crimes.
Elle a ainsi raconté avoir souffert d'une dépression, de problèmes de santé physique, d'anxiété, d'insomnie, d'isolement, de rejet, d'une perte d'estime de soi et d'un sentiment de culpabilité. «Toute ma vie, je devrai me battre contre le démon que tu as mis en moi», lui a-t-elle lancé. 
Encore aujourd'hui, elle ne comprend pas comment cet homme en qui elle avait confiance a pu faire d'elle un objet sexuel. «À l'âge de trois ans... je n'étais encore qu'un bébé. C'est toi qui as joué au grand méchant loup», a-t-elle mentionné en larmes. Malgré tout, elle a affirmé ne pas lui souhaiter de mal. 
Pour sa part, Marc Isabelle a déclaré vivre lui aussi dans l'incompréhension totale mais pour une raison différente. «J'ai sûrement pu avoir une attitude blessante envers les plaignantes, celle d'un gros gorille comme elles l'ont dit, mais de là à inventer un paquet de choses pour me frapper...», a-t-il déclaré. Il a par contre admis avoir donné une tape à l'une d'elles mais l'avoir regretté amèrement. 
Il soutient lui aussi avoir vécu de lourdes conséquences depuis son arrestation. Il a notamment déploré la médiatisation et une perte de revenus et de contrats qu'il évalue à près de 80 %. Sa conjointe Anik St-Pierre a également subi les contrecoups en se voyant exclue d'une émission de télévision notamment. Enfin, il a même reçu une menace de mort sur le Web. Sa santé en aurait par le fait même souffert. Il a notamment dû suivre une thérapie avec un psychologue.
Son avocat, Me Yvan Braun, a réclamé une absolution inconditionnelle pour la menace et le voie de fait. En ce qui concerne les abus sexuels, il a rappelé qu'au début des années 90, les peines étaient moins sévères qu'aujourd'hui et que son client devrait en bénéficier.
Il a aussi insisté sur l'impact de la médiatisation dans la vie de Marc Isabelle et ses proches. Il a donc suggéré une peine dans la collectivité qui pourrait être de deux ans moins un jour ou une peine de 90 jours de prison discontinue. Au pire, il soutient qu'une peine de prison variant entre 9 et 12 mois ne serait pas déraisonnable. 
La Couronne, représentée par Me Catherine Vincent, a plutôt réclamé une peine de trois ans de prison. Elle a clairement indiqué qu'elle était en désaccord avec le principe d'appliquer les peines de l'époque d'autant plus que les tribunaux sont de plus en plus sévères lors de crimes commis contre les enfants ou de nature sexuelle. Quant à la médiatisation, elle a cité de la jurisprudence à l'effet que les peines ne doivent pas être plus clémentes lorsque les accusés sont connus.
Le juge David Bouchard fera connaître sa décision le 6 septembre.