C’est la saison de la récolte du cannabis pour les policiers. Ils étaient à pied d’œuvre, mercredi matin, à Nicolet.

La récolte du cannabis bat son plein

Nicolet — Ce n’est pas que dans les succursales de la SQDC qu’on peut trouver du cannabis. Malgré la légalisation, les épis de blé d’Inde côtoient encore des plants à l’odeur bien caractéristique dans de nombreux champs, et armés de leur cisaille, les policiers de la Sûreté du Québec sont en pleine saison des récoltes. Ils étaient à pied d’œuvre, mercredi, dans plusieurs régions du Québec, mais aussi au Centre-du-Québec où des centaines de plants ont été saisis.

«Depuis la mi-août, on a commencé la récolte des plants de cannabis extérieurs illégaux. Aujourd’hui [mercredi], il y a de l’éradication de plants de marijuana partout dans la province», explique la sergente Hélène Nepton, porte-parole de la Sûreté du Québec.

En médiatisant une opération comme celle de mercredi, la Sûreté du Québec veut rappeler à la population que malgré la légalisation, il est toujours interdit de cultiver une plantation de cannabis au Québec. Cela l’est d’autant plus si on s’installe illégalement sur une terre agricole risquant de détruire au passage une partie de la culture, ce qui équivaut à une accusation de méfait.

La récolte du cannabis s’étend sur une période de 5 à 6 semaines. Elle devrait donc se terminer vers la fin du mois de septembre. Depuis le début de cette saison d’éradication, quelque 20 000 plants ont été saisis dans l’ensemble du Québec ainsi que 17 000 boutures. Dans la région, ce sont 6000 plants - sans compter ceux de mercredi - qui ont été saisis depuis la mi-août ainsi que 3000 boutures.

Les policiers rencontrés mercredi ne chôment pas. Les saisies sont quotidiennes. Pas plus tard que mardi, ce sont environ 1600 plants qui ont été éradiqués dans le secteur du Bas-Saint-François. Mercredi matin, ils en étaient à environ 1000 plants, dissimulés dans un champ situé entre les rangs du Petit et du Grand-Saint-Esprit, à Nicolet. Ils prévoyaient se rendre dans le secteur de Pierreville, en après-midi. Un bilan final devrait d’ailleurs être dévoilé jeudi. Une vingtaine de policiers ont été déployés pour procéder à cette éradication.

L’hélicoptère des Forces armées canadiennes contribue aux opérations d’éradication.

La Sûreté du Québec tenait cette opération en collaboration avec la Gendarmerie royale du Canada et les Forces armées canadiennes. D’ailleurs, difficile de les manquer avec l’hélicoptère des Forces armées qui survolait le secteur. La GRC s’occupe de la coordination entre les Forces armées canadiennes et la Sûreté du Québec. «On va établir un calendrier pour assurer une saison qui dure environ de 5 à 6 semaines. On va faire des heures d’éradication à bord des appareils des Forces armées canadiennes. Ils vont permettre l’évacuation des plantations d’endroits qui sont plutôt accidentés ou difficiles d’accès, ce qui va sauver des ressources et du temps pour les équipes au sol», souligne le caporal Danny Paradis de la GRC.

La détection des plants est faite à bord d’un hélicoptère privé plus tôt dans la saison par un policier de la Sûreté du Québec. Lorsque l’heure de la récolte sonne, les agents envahissent les champs où le blé d’Inde se tient en rang serré comme des soldats qui semblent tenter de leur barrer le chemin. Un des sites visités mercredi se trouvait à seulement 900 mètres du chemin le plus près. Mais parfois c’est à plusieurs kilomètres à travers les champs que le cannabis se trouve. Si une partie des plants trouvés mercredi étaient d’assez petite taille et facilement

, c’est loin d’être toujours le cas. «On peut avoir des plants de 4 ou 5 pieds. C’est des arbres», a raconté un policier sur place. Les forces de l’ordre essaient de soigner leur travail pour éviter d’abîmer le travail des agriculteurs. «Les agriculteurs sont nos partenaires, ce sont nos alliés. On fait attention de ne pas briser les champs», a mentionné un policier.

Si auparavant on parlait de l’opération cisaille, c’est le programme Accès Cannabis qui a pris la relève. «Autrefois, on parlait de cisaille, maintenant, on parle d’Accès Cannabis. C’est sûr que dans les faits, au niveau terrain, c’est quand même de l’éradication de plants de cannabis comme on faisait autrefois, mais évidemment, on s’est arrimé à la nouvelle loi», précise la sergente Nepton.

Plusieurs aspects du cannabis demeurent d’ailleurs illégaux. «Accès cannabis vise vraiment à effectuer des enquêtes initiées contre le cannabis illégal. Malgré l’entrée en vigueur de la loi, il y a des activités qui demeurent illégales et qui peuvent mener à des peines de nature criminelle ou pénale. Il y a, entre autres, la production, la possession dans le but de trafic, l’importation et l’exportation. On continue de travailler pour arrêter les auteurs de ces activités illégales, et dans ce cas-ci, éradiquer le produit de la criminalité, soit les plants de cannabis», explique la porte-parole.

La légalisation va-t-elle mettre K.-O. le marché noir? Les trafiquants vont-ils déserter les champs de maïs? Les policiers ne sont pas encore prêts à parier là-dessus. «Il va falloir attendre peut-être quelques années avant de déterminer quelle sera la tendance. On ne peut pas se prononcer en ce moment», mentionne la sergente Nepton. «Pour l’instant, on ne peut pas identifier la tendance à la suite de la légalisation. Les prochaines années vont nous dicter s’il y a un impact ou non, mais pour le moment, les missions avec nos partenaires se poursuivent», souligne le caporal Paradis.