Sylvie Gosselin payera cher sa porno-vengeance.
Sylvie Gosselin payera cher sa porno-vengeance.

La prison pour une porno-vengeance à l’issue funeste

Sylvie Gosselin payera cher sa porno-vengeance. Mais jamais autant que les proches de Daniel*...

La femme de 61 ans de la région de Thetford Mines, sans antécédent judiciaire, vient d’être condamnée à purger dix mois de prison pour avoir diffusé sans consentement des images très intimes de Daniel, 56 ans, un homme qu’elle a fréquenté durant quatre jours. 

Daniel a été trouvé mort dans son garage, une lettre manuscrite de neuf pages à côté de lui.

La genèse du drame se trouvait dans le téléphone cellulaire de Daniel. Dans son compte Messenger plus précisément, où s’enchaînaient tous ses échanges avec Sylvie Gosselin. Des propos parfois doux et amicaux, parfois durs et menaçants.

L’homme et la femme se sont connus sur Internet à l’automne 2016. Ils ne vont se rencontrer qu’une seule fois, mais auront de multiples communications virtuelles par la suite.

Après le premier rendez-vous, Daniel annonce à Sylvie Gosselin qu’il ne souhaite pas poursuivre la relation.

Ulcérée, Sylvie Gosselin menace Daniel de transmettre à l’une de ses amies une quinzaine de photos très explicites où l’on voit notamment le pénis de l’homme. Daniel est catastrophé. Il lui répète qu’il sera incapable de vivre avec la honte. 

La question du suicide revient à plusieurs reprises dans les courriels. Sylvie Gosselin souffle le chaud et le froid. Parfois, elle propose de l’aide à Daniel. Par la suite, elle lui écrit que sa mort l’indiffère et elle l’encourage à passer à l’acte.

Après quatre jours d’échanges, Sylvie Gosselin confirme qu’elle a bien expédié les photos. Quatre heures plus tard, Daniel ne répond plus à ses messages.

Sa lettre d’adieu laisse voir toute sa détresse. «Cette Sylvie m’aurait toujours menacé, elle avait le gros bout du bâton comme je le lui avais dit, donc pas d’issue pour moi.»

Plus loin dans sa lettre : «J’aimais tellement rigoler et faire rire, mais là, j’ai commis une grave erreur impardonnable. Pour moi, jamais j’aurais pu vivre avec ça.»

Porno-vengeance

Le crime de publication non consensuelle de photos intimes a fait son entrée au Code criminel seulement en 2015, après le suicide de deux jeunes Canadiennes, victimes d’une telle diffusion sur le web.

Le phénomène de porno-vengeance y est étroitement associé. Il décrit le geste de diffuser par vengeance, lorsque le couple se sépare, des images enregistrées dans un contexte de relation amoureuse. 

Ce crime est passible d’une peine maximale de cinq ans de prison.

Pour la juge Hélène Bouillon de la Cour du Québec, il est clair que la principale motivation de l’accusée Sylvie Gosselin à transmettre les photos était la vengeance, en riposte au fait que Daniel ne souhaitait pas poursuivre la liaison à peine entamée.

Sylvie Gosselin a plaidé coupable à l’accusation. La peine que le tribunal doit rendre ne vise pas à punir l’accusée pour la mort de la victime, mais la contribution directe de l’accusée à ce décès constitue un facteur aggravant, affirme la juge Bouillon.

«La situation hautement anxiogène sur laquelle il (la victime) n’avait aucun contrôle l’a fait basculer lorsqu’il a appris l’envoi des photos intimes à l’une de ses amies, considère la juge. Il s’agit de l’ultime geste d’un homme fatigué psychologiquement, honteux et désespéré, qui ne voyait aucune issue à la situation qu’il vivait.»

L’accusée souffre d’une maladie affective bipolaire depuis plusieurs années ainsi que d’un trouble de l’adaptation avec humeur anxio-dépressive. Ces problèmes de santé mentale ont certainement joué un rôle dans la façon d’agir de l’accusée, évalue la juge Bouillon. Mais pas au point de réduire sa responsabilité criminelle et d’amenuiser sa peine. «Il n’est pas ici question d’une perte momentanée de contrôle ou encore, d’une malencontreuse manipulation de la souris d’un ordinateur. L’envoi était annoncé depuis plusieurs jours et l’accusée a pris la peine d’informer (la victime) lorsqu’il a été effectué.»

L’accusée était consciente de la vulnérabilité de la victime et de ses idées suicidaires et a agi quand même, insiste la juge.

Sans les caractéristiques personnelles de l’accusée, une peine d’emprisonnement plus longue aurait pu être imposée à un autre délinquant pour un crime semblable, avec un pareil niveau de gravité, indique la juge.

Après sa peine de dix mois de prison, Sylvie Gosselin sera en probation pour trois ans. Il lui sera interdit d’utiliser Internet pour une période de cinq ans.

* Prénom fictif. L’identité de la victime est protégée par une ordonnance de non-publication.