Frank Cranton

La patience du Tribunal mise à l’épreuve

TROIS-RIVIÈRES — La patience du Tribunal a été mise à rude épreuve, jeudi au palais de justice de Trois-Rivières, alors que s’ouvrait le procès de Frank Cranton, cet homme de 49 ans, que l’on soupçonne avoir opéré sous près de 80 identités différentes pour commettre des vols et des fraudes. Le procès, qui devait se tenir sur une seule journée, devra vraisemblablement se poursuivre sur deux autres jours alors que les procédures s’étirent en raison des nombreuses requêtes de l’accusé.

On se souviendra que l’homme est accusé de tentatives de vol et de fraude dans deux commerces de Trois-Rivières, soit le Costco et le Best Buy, en plus d’entrave au travail des policiers. Son arrestation, le 5 décembre dernier, aura permis de possiblement le relier à plusieurs autres vols commis un peu partout au Québec, sous près de 80 identités différentes. L’actuel procès, cependant, vise uniquement les événements qui seraient survenus à Trois-Rivières le 5 décembre.

En raison de la langue d’origine de l’accusé, le procès se déroule en anglais avec présence d’une interprète, ce qui ralentit évidemment le rythme des procédures. Toutefois, de nombreuses requêtes présentées par l’accusé ont aussi causé bien des retards dans les procédures, notamment celle voulant qu’il n’ait pas droit à un procès juste et équitable n’ayant pas été admissible à l’aide juridique, lui qui revendique son droit à être représenté par un avocat.

La moitié de la journée de jeudi a d’ailleurs été consacrée à débattre de l’admissibilité de l’accusé à cette assistance juridique, lui qui a été refusé dans un premier temps en raison de ses revenus trop importants en 2018, soit environ 45 000$. L’accusé, qui se disait prêt à payer pour avoir les services d’un avocat au privé, soutenait ne pas avoir eu aucun retour d’appel d’une demi-douzaine d’avocats contactés lors de son incarcération. Le procureur de la Couronne, Me Julien Beauchamp-Laliberté, a cependant remis en doute cette affirmation, alors que l’accusé n’était pas en mesure de nommer aucun de ces avocats.

Lorsque la juge Julie Beauchesne a concédé à l’accusé que son dossier pouvait effectivement être réévalué en raison de sa nouvelle situation financière depuis son incarcération, mais que cela impliquait d’ajourner le procès quelques semaines, Cranton s’est montré très impatient et a renoncé à être représenté par un avocat, souhaitant procéder en se représentant seul.

Le reste de la journée aura permis d’entendre deux premiers témoins dans cette affaire, une responsable du service à la clientèle de chez Best Buy, puis une autre employée de l’entrepôt Costco. Dans les deux cas, il aura été possible de comprendre que le stratagème aurait été similaire. L’accusé se serait présenté au comptoir du service à la clientèle de ces deux commerces avec de la marchandise en main, demandant à être remboursé pour un achat dont il n’avait pas été satisfait. Dans les deux cas, il ne possédait ni facture ni preuve de paiement par une carte de crédit ou une carte de membre dans le cas de Costco. À chaque occasion, il aurait souhaité s’entretenir avec un directeur pour ensuite, devant le refus, proposer de retourner à sa voiture pour trouver la preuve de paiement.

Dans le cas de l’événement survenu chez Best Buy, l’accusé ne serait jamais revenu au comptoir du service à la clientèle, laissant derrière lui la marchandise possiblement prise sur les étalages quelques minutes auparavant. Une recherche dans le registre aura permis à l’employée de comprendre que cet article n’avait pas été vendu depuis six mois dans cette succursale, et qu’il manquait ce jour-là exactement le même nombre d’articles sur ses tablettes selon son inventaire.

L’événement survenu chez Costco aura incité les employés à suivre le suspect dans le stationnement, lui qui disait vouloir retourner à son véhicule, puis à le voir traverser le boulevard des Récollets pour se rendre jusqu’au restaurant Archibald. C’est à cet endroit que l’arrestation de Cranton est survenue, alors que l’employée du Costco avait contacté les policiers.

Se représentant seul, Frank Cranton a mis à l’épreuve la patience de la juge, qui a dû le rappeler à l’ordre à de nombreuses reprises. Impatient et visiblement peu habitué avec les procédures d’une telle audience, l’accusé a, à de nombreuses reprises, interrompu la juge, les témoins et le procureur Me Beauchamp-Laliberté, forçant à chaque fois la juge, parfois irritée, à lui demander d’attendre son tour. Cette dernière aura également dû lui suggérer la formulation de certaines questions à poser, moins pour lui donner un coup de main que pour accélérer le rythme des procédures.

À plusieurs reprises, il a tenté de soulever des contradictions dans le témoignage des deux employées, ce qui fera vraisemblablement l’objet de sa défense lors des plaidoiries.

À court de temps, la juge a ajourné le procès en fin d’après-midi, renvoyant le dossier à la juge coordonnatrice pour fixer de nouvelles dates pour la poursuite de ce procès qui avait d’abord été prévu sur une seule journée, ce qui n’a pas été sans causer la frustration de l’accusé, qui n’a cessé de clamer à ce moment qu’il faisait l’objet d’une détention illégale.

De nouvelles dates seront fixées le 19 février prochain. Frank Cranton demeure détenu d’ici là.