La famille et la Banque à la barre des témoins au procès de Guylaine Mongrain

TROIS-RIVIÈRES — Le procès de Guylaine Mongrain, cette femme de 52 ans de Trois-Rivières accusée d’avoir volé et fraudé sa mère inapte s’est poursuivi vendredi au palais de justice de Trois-Rivières, une journée marquée par des témoignages provenant notamment de membres de la famille de l’accusée ainsi que d’employées de la Banque Royale, qui ont eu à intervenir dans diverses transactions qui ont été effectuées dans le compte de l’accusée et de sa mère. L’une de ces employées a notamment reconnu qu’elle n’aurait sans doute pas procédé à certaines transactions si elle avait eu en main plusieurs informations médicales dont elle ne disposait pas.

On se souviendra que Mme Mongrain est présentement accusée en lien avec des transactions totalisant plus de 173 000 $ au compte de sa mère, pour qui l’accusée possédait une procuration afin d’administrer ses finances, étant donné le diagnostic d’Alzheimer de sa mère. La poursuite allègue que la dame se serait approprié des montants d’argent sans y avoir droit pour des fins personnelles, dont un montant de 41 200 $ ayant servi à une mise de fonds sur une résidence acquise par Guylaine Mongrain, de même qu’un montant de 85 000 $ que l’accusée affirme s’être transféré pour respecter les volontés de sa mère en lien avec un héritage familial qu’elle aurait souhaité lui verser, mais qui n’apparaissait pas au testament.

La défense a pu faire entendre son premier témoin en fin de journée, soit Lydianne Roy, qui était au moment des faits directrice de compte à la Banque Royale. C’est elle qui a procédé, en compagnie de l’accusée et de la présumée victime, à l’émission d’une lettre de don le 3 mars 2016 afin que la présumée victime puisse verser 41 200 $ à sa fille pour effectuer une mise de fonds sur une maison. Selon Mme Roy, la dame lui semblait apte à le faire et elle n’avait rien remarqué de particulier, en vertu d’une rencontre seule à seule, et d’une autre en compagnie de sa fille, Guylaine Mongrain.

Le procureur de la Couronne, Me Julien Beauchamp-Laliberté, en contre-interrogatoire a questionné la témoin sur les informations dont elle disposait à ce moment, puisqu’il n’y avait qu’une procuration bancaire au dossier. Mme Roy a reconnu qu’à aucun moment on ne lui avait mentionné que la présumée victime avait un diagnostic d’Alzheimer depuis octobre 2015, ou encore que son état de santé était investigué en ce sens depuis le début de l’année 2015. Elle ne se rappelait pas non plus qu’on ait pu lui faire mention de tentatives de faire changer le testament de la dame quelques mois auparavant. «Si toutes ces connaissances avaient été portées à votre attention à ce moment-là, auriez-vous procédé à cette lettre de don», a demandé Me Beauchamp-Laliberté. «Hypothétiquement, je n’aurais pas procédé», a reconnu la témoin.

Famille

Le frère de Guylaine Mongrain, Dany Mongrain, est venu à la barre des témoins afin d’expliquer que des membres de la famille lui auraient mentionné, en 2017, que sa sœur dépensait de plus en plus et qu’il aurait intérêt à jeter un coup d’œil aux finances de sa mère, ce qu’il a fait. Des démarches ont ensuite été entreprises pour empêcher Guylaine Mongrain d’avoir accès aux comptes de la présumée victime. Le 21 juin 2017, le frère et la soeur ont finalement homologué un mandat d’inaptitude pour leur mère, alors que le corps médical avait déclaré cette inaptitude en octobre 2016.

L’avocat de Guylaine Mongrain, Me Maurice Biron, a questionné le témoin sur ses occupations professionnelles, alors qu’il occupe un emploi 40 heures par semaine, qu’il consacre aussi de nombreuses heures à sa passion pour la mécanique et qu’il a passé une année complète à rénover une maison. Dany Mongrain a reconnu ces faits, mais a rétorqué que ça ne l’avait jamais empêché d’être présent pour sa mère et de lui rendre visite de trois à quatre fois par semaine. Il a reconnu qu’il s’occupait de l’entretien de la maison de sa mère, mais que la responsabilité quant aux finances et aux rendez-vous médicaux, par exemple, incombaient davantage à Guylaine.

Le fils de Guylaine Mongrain a également été appelé à la barre des témoins, pour expliquer de quelle manière il avait tenté de faire la lumière sur les transactions effectuées au compte. L’homme, dont nous devons taire le nom en vertu d’une ordonnance de non publication, est paru très émotif à plusieurs moments, se disant encore déchiré entre le fait qu’il devait témoigner contre sa mère et sa volonté de vouloir faire la lumière sur cette histoire.

Selon lui, Guylaine Mongrain a été en mesure de fournir des reçus pour certains montants, et a également justifié un montant de 60 000 $ comme étant un héritage familial qui lui revenait selon les volontés de la présumée victime.

En contre-interrogatoire, Me Biron a mentionné que le jeune homme avait lui-même approché sa mère quelques mois avant cette rencontre afin de savoir s’il serait en mesure d’emprunter 30 000 $ à sa grand-mère afin de faire une mise de fonds sur un immeuble à logements, ce à quoi Guylaine Mongrain se serait vivement opposée, étant donné le contexte médical et de procuration bancaire. Le jeune homme a reconnu avoir fait cette demande, une demande qu’il avait aussi formulée à plusieurs autres membres de la famille, avant de finalement obtenir un prêt d’un autre proche, prêt qui a été à ce jour remboursé à plus de 80 %, soutient-il.

Le procès, qui devait durer deux jours, a été ajourné au 13 février et devrait s’étendre sur deux autres journées, devant le juge Pierre Lortie. À ce moment, on entendra le témoignage de l’accusée, Guylaine Mongrain, qui a par ailleurs manifesté vendredi sa grande hâte à ce que sa version des faits puisse être connue.