Justin Milette déclaré coupable

TROIS-RIVIÈRES — Au terme d’un procès de plusieurs jours, Justin Milette a été déclaré coupable d’intimidation envers des personnes associées au système judiciaire.

Le juge Alain Morand a en effet conclu que le Trifluvien était bel et bien l’auteur des propos menaçants tenus à deux reprises contre un juge et un procureur de la Couronne et qu’ainsi, il avait agi de manière à provoquer la peur en vue de leur nuire dans l’exercice de leurs attributions. Il a donc été déclaré coupable sur le chef le plus grave soit celui d’intimidation. En ce qui concerne l’accusation de menaces qui avait également été portée contre lui, il a bénéficié d’une suspension conditionnelle des procédures pour éviter un dédoublement des condamnations. Il a par ailleurs été acquitté du bris de probation.

Justin Milette est cet individu bien connu des milieux policiers et judiciaires pour son sentiment de persécution et le harcèlement dont il fait preuve dans ses nombreux recours judiciaires. Ces derniers lui ont d’ailleurs valu d’être déclaré plaideur quérulent deux fois plutôt qu’une depuis 2007.

Au fil des dernières années, il compte aussi de nombreuses condamnations pour des infractions criminelles de harcèlement, bris d’ordonnance, possession et usage de faux documents, distribution de pornographie juvénile et supposition de personnes. Ses dernières incartades remontent en avril dernier. Dans un contexte où il tentait de porter plainte contre le procureur ayant porté contre lui les accusations de pornographie juvénile, il avait appelé au bureau de la Direction des poursuites criminelles et pénales à Québec le 23 avril. Il avait alors déclaré que si le procureur se présentait chez lui, il allait l’arrêter et que s’il en venait à tuer ce dernier ou qu’il décède, ce serait la faute du DPCP.

Une enquête policière avait immédiatement été entreprise mais elle avait été suspendue puisqu’au départ, on estimait peu probable que le procureur se pointe chez Justin Milette. Or, quelques jours après, soit le 30 avril, le suspect avait récidivé lors d’un appel téléphonique logé cette fois-ci au bureau du Protecteur du citoyen pour manifester son mécontentement sur le traitement de sa plainte. Il avait alors déclaré à une agente qu’il allait tuer le juge et le procureur, qu’il avait une arme avec deux balles et que si ça ne suffisait pas, il allait faire comme à Toronto. Il faisait alors référence à l’attaque avec une voiture-bélier du 23 avril. Dès lors, des policiers lourdement armés s’étaient rendus chez lui pour procéder à son arrestation. Aucune arme n’avait cependant été retrouvée. Des accusations criminelles avaient ensuite été portées pour les deux événements.

Or, le processus judiciaire qui a suivi n’a pas été de tout repos. Aucun avocat n’a accepté de le représenter de sorte qu’il a dû se défendre seul. Lors d’une enquête sur caution tenue en mai, le juge Rosaire Larouche avait refusé de le remettre en liberté, et ce, afin d’assurer la sécurité du public et des présumées victimes dans cette affaire.

Tant lors de son enquête préliminaire qu’au procès, Justin Milette a dû assurer sa propre défense. Il a par ailleurs toujours nié être l’auteur des propos rapportés par les témoins et même avoir parlé avec eux au téléphone, soumettant une défense d’alibi. Or, le juge ne l’a pas cru. Et son témoignage n’a jamais réussi à soulever un doute raisonnable. Lors du procès, il avait notamment accusé l’employée au bureau du Protecteur du citoyen d’avoir inventé cette affaire et même d’être sous l’effet de la drogue, exigeant d’avoir son rapport médical.

Le juge Morand estime plutôt que les témoins de la Couronne, représentée par Me Jean Caron, étaient crédibles et qu’ils n’avaient aucun motif d’inventer pareille histoire. Leurs versions lui sont apparues consistantes et concluantes avec l’ensemble de la preuve. En bref, il soutient que malgré sa dénégation, Justin Milette est l’auteur des crimes reprochés en raison du nom fourni lors des appels téléphoniques, du numéro de téléphone utilisé, du contenu de ses propos, du contexte et de son histoire judiciaire.

Malgré le verdict de culpabilité, la cause n’est pas finie pour autant. Me Caron a annoncé son intention de réclamer une peine de 18 mois de prison assortie d’une probation de deux ans. En tenant compte de la détention préventive, il resterait donc neuf mois de prison à purger. Or, Justin Milette a demandé un délai supplémentaire avant la tenue des plaidoiries sur sentence parce qu’il veut présenter un rapport médical sur son état psychiatrique et consulter un avocat. Du même coup, il a fait savoir qu’il allait porter le jugement en appel, bien que pour cela, il devra demander la permission de la juge en chef puisqu’il est plaideur quérulent. La cause a donc été reportée au 23 novembre.