Daren Leclerc

«Je ne suis pas venue ici pour le planter»

TROIS-RIVIÈRES — Dans le cadre du procès de Daren Leclerc pour des agressions sexuelles, sa troisième présumée victime a fait face au contre-interrogatoire de la défense avec plus d’aplomb que les deux autres présumées victimes de Daren Leclerc.

Tout au long de la journée de mercredi, Me Alexandre Biron a attaqué sa crédibilité en la questionnant sur les deux présumées agressions sexuelles dont elle aurait été victime les 26 et 28 octobre 2016 et sur les circonstances les entourant. Or, la jeune femme de 22 ans lui a donné du fil à retordre avec son tempérament impétueux et sa détermination, n’hésitant pas à lui répliquer à maintes reprises. Des contradictions ont certes été relevées dans son témoignage et ses déclarations antérieures aux policiers, entre autres sur la chronologie des événements lors des agressions. Des invraisemblances ont aussi été soulevées, notamment lorsqu’elle a quantifié le temps qu’aurait mis Daren Leclerc à manger un repas au McDonald’s.

C’est toutefois son comportement face aux agressions qui a été la source de plusieurs questionnements. Même si elle soutient avoir été agressée sexuellement à deux reprises par le prévenu, elle a admis avoir cherché à le revoir après les événements et même être demeurée amoureuse de lui, et ce, jusqu’à la semaine dernière. Elle lui aurait envoyé plusieurs messages via les réseaux sociaux dans les mois qui ont suivi son arrestation en novembre 2016 dans lesquels elle disait s’ennuyer, l’aimer sincèrement et rêver à lui (elle avait plutôt parlé de cauchemars lors de son témoignage) sans toutefois avoir de réponse du jeune homme. Elle aurait porté plainte après avoir appris la nouvelle de son arrestation pour des gestes de même nature qui auraient été commis sur une autre victime. C’est en discutant avec les policiers qu’elle aurait pris conscience des agressions.

Me Biron est souvent revenu à la charge pour comprendre pourquoi elle avait continué à le contacter après les agressions et même pourquoi elle avait agi normalement avec lui, mais elle a toujours répété ne pas avoir réalisé sur le coup avoir été victime d’agressions sous prétexte qu’elle n’avait pas de marques physiques et que les séquelles de nature psychologiques étaient apparues plus tard.

La défense a aussi voulu porter atteinte à l’attitude qu’elle avait envers Daren Leclerc, entre autres sur le fait qu’elle l’ait utilisé pour tenter de ravoir son ex-petit ami ou encore qu’elle l’ait contacté toutes les semaines pendant huit mois pour tenter de le revoir après la fin de leur relation. À chaque fois, ce dernier aurait refusé de la voir, lui raccrochant même la ligne au nez. Ce n’est que le 26 octobre qu’il aurait finalement accepté après qu’elle l’eut appelé trois fois dans la soirée. Pour elle, ce n’est pas du harcèlement, mais elle a convenu qu’elle était prête à tout pour arriver à ses fins. «Moi je vois ça comme une qualité», a-t-elle répliqué.

Un autre point qui a été abordé longuement est celui de son soudain changement de version sur le moment où elle avait quitté le domicile de Daren Leclerc après la seconde présumée agression le 28 octobre. Aux policiers, elle avait affirmé en novembre 2016 avoir immédiatement quitté sa résidence. Elle a maintenu cette version le 8 août dernier lors de la préparation de son témoignage. Finalement, elle a avoué le jour même de son témoignage, mardi dernier, que dans les faits, elle était partie quelques heures plus tard pour ne pas réveiller les parents de Daren Leclerc. Sans parler de mensonge, elle a indiqué avoir contourné la vérité afin «de ne pas passer pour une conne». Mercredi, elle a aussi précisé avoir appris les droits de l’accusé dans le processus judiciaire et que suivant les conseils de son père et sa lecture des articles de journaux sur la crédibilité des autres plaignantes, elle avait décidé de passer aux aveux.

Elle a d’ailleurs réitéré que Daren Leclerc lui avait bel et bien volé une partie d’elle, plus précisément la reconnaissance de soi. «Je ne suis pas venue ici pour le planter, mais pour récupérer cette partie.»