«Je m'en câlisse du juge»

Si Jean-Sébastien Dufour veut éviter d'être déclaré dangereux, l'individu originaire de Montréal s'y prend d'une façon douteuse avec la justice.
Durant sa très brève présence devant la juge Guylaine Tremblay, l'individu de 37 ans y est allé de commentaires débordant d'impolitesse, allant jusqu'à envoyer paître la présidente du tribunal et la traitant de «vieille chienne».
Le dossier de Dufour, que la Couronne veut faire déclarer délinquant dangereux, a repris mercredi au palais de justice de Trois-Rivières comme il s'était terminé mardi.
Dufour avait refusé mardi de collaborer lorsqu'il était physiquement au palais, ce qui a amené la justice à l'envoyer au centre de détention de Rivière-des-Prairies pour qu'il assiste mercredi, par visioconférence, à l'audition de la requête de la Couronne. Le tribunal voulait ainsi contrôler ses écarts de langage.
Le changement de jour et de lieu n'a finalement pas eu l'effet escompté. Dufour s'est d'abord adressé à la juge en lui rappelant que la veille, il l'avait avisée qu'il n'assisterait pas à l'audition sans avocat et qu'il en voulait un.
Des agents sont intervenus pour l'amener à l'écart et lui dire de faire preuve de respect envers la juge. «J'ai pas d'affaire à passer en cour sans avocat. Je m'en câlisse du juge», a dit Dufour avant de s'approcher de l'écran pour lancer à la juge: «Va chier, vieille chienne! T'es une ostie de sale!»
Tout en gardant son calme, la juge Tremblay a ordonné l'audition de la requête de la Couronne comme prévu malgré le refus de Dufour d'y assister. Elle s'est prévalue d'un article du Code criminel pour appuyer sa décision, non sans rappeler que Dufour collectionne les avocats depuis qu'il a été accusé d'introduction par effraction et de séquestration.
Sept avocats se sont succédé dans ce dossier pour lequel Jean-Sébastien Dufour a été déclaré coupable en octobre 2015 concernant des événements survenus en juin 2014. Après avoir poignardé un homme à Montréal, Dufour a volé un véhicule et a pris le chemin de Trois-Rivières sans permis de conduire alors qu'il était intoxiqué.
Il s'est rendu dans un logement de la rue Saint-Valère en disant qu'il voulait voir une connaissance. Il a plutôt trouvé deux femmes qui ne le connaissaient pas. Il a exigé qu'on lui trouve de la drogue en disant que si sa demande n'était pas satisfaite, il ne savait pas ce qu'il allait faire.
Les policiers de Trois-Rivières ont arrêté l'individu ayant de nombreux antécédents de menaces, de voies de fait causant des lésions, d'introduction par effraction et d'incendie criminel. Lorsqu'il a été déclaré coupable, en octobre 2015, la Couronne a demandé qu'on le déclare délinquant dangereux. 
Un rapport sur sa dangerosité a été rédigé par la docteure France Proulx, psychiatre à l'institut Philippe-Pinel. Dufour présente plusieurs caractéristiques concordant avec un délinquant dangereux.
Questionnée par la procureure de la Couronne, Me Martine Tessier, la docteure Proulx a indiqué que Dufour présente un trouble de personnalité antisociale, affichant six des sept critères permettant d'établir un tel diagnostic, alors qu'un tel verdict peut être fixé avec trois critères. Dufour est entre autres incapable de se conformer aux règles sociales, impulsif et agressif. Il affiche un mépris pour sa sécurité et celle d'autrui.
De plus, il a un trouble de l'usage de l'alcool et de la cocaïne. Il a suivi de nombreuses thérapies, mais il rechute après quelques mois de sobriété. Il est instable dans ses relations conjugales, est isolé en termes de soutien familial et enchaîne les pertes d'emploi. Dufour représente un risque élevé de récidive.
Le rapport de la psychiatre est prêt depuis mars 2016, mais les nombreux changements d'avocat ont retardé l'audition de la requête. 
Le comportement de Dufour a continué d'être marqué par de nombreux écarts de conduite même s'il est en prison. Durant l'année 2016, il a fait preuve de violence physique à l'égard d'un codétenu, il a été trouvé en possession d'une clé de menottes et il a trafiqué la serrure de sa cellule.
La juge Guylaine Tremblay offre une chance ultime à Jean-Sébastien Dufour de répliquer à cette expertise. Ce dernier pourra demander la confection d'une contre-expertise et devra annoncer ses couleurs le 5 juin.