La Couronne a réclamé du jury qu'il déclare Irina Mysliakovskaia coupable des trois chefs d'accusation portés contre elle en lien avec la mort de Katherine Beaulieu, soit conduite avec les facultés affaiblies, conduite avec plus de 80 mg d'alcool dans le sang et conduite dangereuse causant la mort.

Irina Mysliakovskaia déjà en maison de transition

Irina Mysliakovskaia, cette conductrice qui avait causé la mort de Katherine Beaulieu en mai 2010 après avoir conduit avec les facultés affaiblies et avoir fait un demi-tour sur l'autoroute 55 à la hauteur de Saint-Étienne-des-Grès, a obtenu mardi matin la permission de la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC) d'aller en maison de transition pour les six prochains mois. Cette décision survient à peine plus d'un an après que la dame ait pris le chemin du pénitencier, le 31 mai 2013.
La mère de la victime, Lise Lebel, s'est elle-même rendue au pénitencier de Sainte-Anne-des-Plaines pour assister aux audiences de la commission et témoigner son opposition à la libération de Mme Mysliakovskaia. Bien que cette dernière se retrouve maintenant en maison de transition, elle n'a pas réussi à obtenir la confirmation de sa libération conditionnelle, effective en octobre 2014, et devra donc se représenter devant la commission dans six mois.
«C'est à peu près la seule petite victoire qu'on peut souligner. Elle n'a pas eu la confirmation de sa libération conditionnelle et devra refaire le processus dans six mois. Mais pour le reste, je suis évidemment très déçue», mentionne Lise Lebel.
On se souviendra qu'au terme d'un long procès, Irina Mysliakovskaia avait été reconnue coupable des trois chefs d'accusation portés contre elle, soit conduite avec les facultés affaiblies causant la mort, conduite dangereuse causant la mort et conduite d'un véhicule avec un taux d'alcool dépassant 80 mg par 100 ml de sang. Elle avait alors été condamnée à quatre ans de prison et avait pris le chemin des cellules le 31 mai 2013.
Lise Lebel s'est par ailleurs dite étonnée et choquée que des éléments amenés en preuve au procès semblent aujourd'hui être contredits.
«Durant le procès, son expert avait démontré que son état psychologique présentait un diagnostic bipolaire. Aujourd'hui, on apprend qu'elle ne prend plus aucune médication. Est-ce qu'on saura vraiment la vérité un jour», se demande Mme Lebel.
Dans sa décision, la CLCC soutient en effet qu'avec l'aide de la psychiatre traitante, la détenue a cessé sa médication graduellement. On note par ailleurs que son comportement a été conforme, qu'elle n'a jamais été placée en isolement et qu'elle n'a eu aucun rapport d'infraction. Irina Mysliakovskaia a occupé un emploi comme nettoyeuse alors qu'elle était au pénitencier de Sainte-Anne-des-Plaines.
«La commission constate que vous êtes très consciente de la gravité de votre délit et des dommages subis par les victimes», peut-on lire dans la décision. On remarque aussi que la CLCC qualifie son niveau de motivation et son potentiel de réinsertion sociale comme étant élevé. La détenue devra toutefois se soumettre à diverses conditions, dont celle de ne pas entrer en communication avec la famille de la victime et de ne pas consommer d'alcool.
Lise Lebel sait trop bien que dès la possible obtention d'une libération conditionnelle, dans six mois, elle pourrait croiser Irina Mysliakovskaia n'importe où. Un scénario qui ne lui fait cependant pas peur.
«Je crois que ça la bouleverserait plus elle que moi. À travers tout le processus judiciaire, nous avons eu à la croiser à tous les jours au palais de justice. À la longue, c'est devenu moins agressant et le choc est passé. Si je la croise un jour, je ne la saluerai pas, mais je ne lui ferai pas non plus une jambette. Je reste pacifique, mais elle n'obtiendra jamais mon pardon. La plus grosse erreur qu'elle ait pu faire a été de ne jamais plaider coupable, de ne jamais vouloir reconnaître son erreur. Il me semble que juste ça, ça m'aurait enlevé un poids sur les épaules», confie Lise Lebel.
La mère de Katherine Beaulieu estime tout de même que la CLCC envoie un drôle de message à la société. «Déjà qu'elle n'avait pas eu une grosse sentence, on vient pratiquement banaliser le geste. Ce que j'en retiens, c'est que si on consomme de cette façon et qu'on se retrouve derrière un volant, on peut quand même être à l'épreuve de beaucoup de choses», ajoute celle qui, à la suite de l'accident, a démarré la Fondation Katherine Beaulieu pour sensibiliser la population aux dangers de la conduite avec les facultés affaiblies.
D'ailleurs, Mme Lebel a confirmé que les actions de la Fondation Katherine Beaulieu se poursuivront, et ce, même siIrina Mysliakovskaia obtient, dans six mois, sa libération conditionnelle. «J'ai toujours dit que les actions de la fondation et le processus judiciaire étaient deux éléments complètement séparés, que ça ne devait pas être en lien. D'ailleurs, le bilan routier en Mauricie s'est amélioré depuis quelques années, et j'ose croire que certaines de nos actions ont pu contribuer à cette amélioration. Chaque personne sensibilisée est un danger potentiel de moins sur la route», croit Mme Lebel.