Intimidation contre un juge et un procureur: Justin Milette comparaît

Trois-Rivières — Justin Milette a formellement comparu au palais de justice de Trois-Rivières, mardi après-midi, en lien avec des propos menaçants qu’il aurait tenus contre des personnes associées au système judiciaire.

Milette doit répondre plus précisément à une accusation d’intimidation, soit d’avoir agi de manière à provoquer la peur chez un procureur de la Couronne et un juge en vue de leur nuire dans l’exercice de leurs attributions. Il est aussi accusé de bris de probation.

La Couronne s’est opposée à sa remise en liberté de sorte que son enquête sur caution a été reportée au vendredi 4 mai. On ignore si celle-ci aura bel et bien lieu à cette date puisqu’en fin de journée mardi, le prévenu n’avait pas réussi à se trouver un avocat. Dans le box des accusés, il a été fidèle à lui-même en disant vouloir porter plainte contre l’incompétence des policiers et en clamant que la preuve recueillie contre lui n’était pas recevable. Il s’est d’ailleurs dit victime d’écoute électronique et d’une entrave par les autorités.

Ce Trifluvien de 53 ans est bien connu des milieux policiers et judiciaires pour le harcèlement dont il fait preuve dans ses nombreux recours judiciaires. Encore tout récemment, la Cour d’appel a non seulement confirmé une décision de la Cour supérieure qui l’a déclaré plaideur quérulent mais elle a étendu les interdictions qui s’y rattachent. Il est désormais interdit à Justin Milette d’entreprendre des recours devant tous les tribunaux et instances judiciaires du Québec sans l’autorisation d’un juge en chef ou d’un responsable. 

Il compte notamment de nombreuses condamnations pour des infractions criminelles de harcèlement, bris d’ordonnance, possession et usage de faux documents, distribution de pornographie juvénile et supposition de personnes. Il a grandement tenté de les contester mais sans succès. Qui plus est, la Cour d’appel note dans sa récente décision du 6 avril 2018 que l’index des dossiers dans lesquels il apparaît comme demandant, appelant ou accusé impressionne tant par le nombre de recours (plus d’une quarantaine) que par le sort défavorable qui leur a été réservé depuis une quinzaine d’années.

En 2007, il avait d’ailleurs été déclaré une première fois plaideur quérulent en raison d’un trouble mental dont il souffre et de son délire de persécution. Le juge s’était alors basé sur une expertise psychiatrique.

Or, la Cour d’appel conclut que 11 ans plus tard, ce trouble est non seulement encore bien présent mais qu’il est en nette progression. «Au cours des 16 derniers mois, il a multiplié les demandes devant la cour et produit des actes de procédures dans lesquels il tient un langage offensant, injurieux et inutilement outrageant à l’égard de ceux qu’il tient responsable des injustices dont il se dit victime. Le contenu de son mémoire est à ce point méprisant et obscène que les deux premiers volumes ont dû être mis sous scellé pour limiter l’effet préjudiciable des propos calomnieux et des images pornographies truquées qu’il comprend sur la réputation de ceux qu’il prend à partie (juges, avocats, artistes, politiciens) de façon injustifiée», peut-on lire dans le jugement. 

Rappelons que le 30 avril, Justin Milette aurait téléphoné au bureau du Protecteur du citoyen de Québec afin de se plaindre du traitement reçu de la part d’un juge et d’un procureur. Il aurait alors menacé de s’en prendre à ceux-ci.

Informés de cet appel, les policiers de Trois-Rivières avaient ensuite érigé un périmètre de sécurité à proximité de sa résidence située sur le boulevard Saint-Jean. Ils avaient alors une information à l’effet que le suspect pourrait être armé. Après discussions avec les enquêteurs, il avait accepté de se rendre. Lors de la perquisition, aucune arme n’avait été retrouvée.