Les détenus du centre de détention de Trois-Rivières ne peuvent plus fumer depuis lundi dernier.

Interdiction de fumer à la prison: une porte ouverte à la contrebande

Les détenus du centre de détention de Trois-Rivières ont été forcés cette semaine d'écraser leurs cigarettes.
Cette interdiction d'en griller une à l'intérieur et à l'extérieur de la prison, et même de posséder des cigarettes, risque bien d'engendrer une nouvelle forme de contrebande dans le milieu carcéral québécois, celle du tabac. Les cigarettes pourraient donc devenir une nouvelle monnaie d'échange, très prisée par les prisonniers qui souhaitent faire des affaires d'or.
«La cigarette devient un objet illicite en prison, comme la drogue. Ça va prendre plus de place. C'est déjà payant de vendre du tabac dans les pénitenciers fédéraux où la cigarette est déjà interdite. Des détenus au fédéral font des affaires d'or», lance Stéphane Lemaire, le président du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec, qui anticipe que le tabac pourrait remplacer la drogue comme principale substance de convoitise dans les prisons québécoises. «On va peut-être ainsi trouver moins de drogues dans les prisons.»
L'interdiction de fumer dans les pénitenciers fédéraux contrastait avec la possibilité de le faire dans les prisons provinciales, souligne M. Lemaire.
Pas moins de 50 % des personnes incarcérées dans les centres de détention provinciaux sont des prévenus, c'est-à-dire qu'ils sont en attente d'un jugement ou d'une sentence. Ces prévenus développaient leur réseau de contacts, leur réserve et une fois la sentence donnée, ceux-ci réalisaient des «affaires d'or» au pénitencier. Un véritable problème, selon Stéphane Lemaire.
«Le provincial était comme le pusher du fédéral. On nuisait même au fédéral en ne faisant rien au provincial. Maintenant, avec l'interdiction de fumer, ça va arrêter», estime-t-il.
Déjà, les détenus des centres de détention de l'est du Québec, ceux de Sept-Îles, Baie-Comeau, Roberval, New Carlisle, Percé et Chicoutimi, ne pouvaient plus fumer depuis un peu plus d'un an.
Cette semaine, c'était maintenant au tour des centres de détention de Trois-Rivières et de Sherbrooke d'appliquer la directive qui interdit le tabac dans les prisons. «En février, c'est au tour des centres de détention d'Amos, de Saint-Jérôme et d'Hull. Par la suite, il va rester les grands centres, à Montréal et à Québec», explique M. Lemaire.
De leur côté, les détenus des pénitenciers fédéraux ne peuvent déjà plus fumer. Malgré les contestations judiciaires, cette directive tient toujours. «Un détenu a même porté cette question devant les tribunaux. Il est allé jusqu'en Cour suprême et a été débouté», se souvient Stéphane Lemaire.
«Les pénitenciers n'étaient pas capables d'assurer le contrôle. C'est comme nous, au provincial. On demandait aux détenus d'aller fumer juste dehors. Va dire ça à un détenu. On faisait des rapports, mais il n'y avait rien à faire. On ne peut pas se battre avec eux. Donc on leur a interdit de fumer complètement.»
La Sécurité publique du Québec ainsi que le syndicat des agents de la paix affirment qu'aucun événement malheureux n'a été noté depuis le début de l'interdiction de fumer au centre de détention de Trois-Rivières.
«Ça se passe bien. Il y a quelques incidents, mais nous n'en avons pas noté à Trois-Rivières. Les agents font face à la musique», soutient M. Lemaire qui affirme que l'interdiction de fumer dans les prisons du Québec est implantée par étapes en raison des immenses défis que cause la surpopulation carcérale.
«Ce n'est pas si facile, mais nous avons demandé qu'on interdise les cigarettes. On fait en sorte que ça fonctionne», ajoute le président du Syndicat des agents de la paix du Québec. Celui-ci avoue toutefois que l'interdiction de fumer peut «irriter certains détenus».
Des ressources sont offertes aux détenus forcés d'écraser, comme des timbres de nicotine et du soutien psychologique.