Le bâtiment historique a été rasé du côté de la rue Bonaventure, laissant croire aux pompiers qu’il pourrait s’agir d’un incendie suspect.

Incendie suspect à la Crémerie des Trois-Rivières

Trois-Rivières — Un violent incendie a complètement ravagé une partie de l’ancienne crémerie des Trois-Rivières, au centre-ville tôt mardi matin. Le bâtiment historique, qui a abrité pendant 107 ans cette entreprise trifluvienne, a été rasé du côté de la rue Bonaventure, laissant du même coup croire aux pompiers qu’il pourrait s’agir d’un incendie suspect.

«Nous avons reçu un appel pour une explosion vers 4h du matin. Dès notre arrivée, l’incendie faisait rage à l’ensemble du bâtiment, aux trois étages. Certaines informations nous portent à croire que l’incendie peut être considéré comme suspect, mais c’est l’enquête qui va déterminer si cette avenue-là sera toujours considérée», a résumé le directeur de la sécurité incendie à Trois-Rivières, Dany Cloutier.

Étant donné l’ampleur du brasier, les pompiers sont rapidement tombés en mode défensif afin de protéger les immeubles aux alentours. Une vingtaine de logements ont d’ailleurs dû être évacués. Toutefois, selon le chef Cloutier, aucun autre bâtiment n’a été endommagé par les flammes, et la plupart des personnes évacuées ont pu regagner leur logement au cours de la journée. La Croix-Rouge n’a d’ailleurs pas été demandée en assistance. Aucune personne ne se trouvait à l’intérieur de l’immeuble au moment du déclenchement de l’incendie, qui n’a heureusement fait que des dommages matériels.

Une partie du centre-ville a été complètement bouclée par un important périmètre de sécurité pour permettre aux quelque 50 pompiers de combattre l’élément destructeur. «C’est un incendie qu’on considère majeur. Ça demande une bonne coordination, limiter les accès et éviter la propagation entre les bâtiments, en plus de s’assurer qu’on ait suffisamment de pompiers pour la relève pour combattre cet incendie», ajoute le directeur des incendies.

Le bâtiment qui a été détruit se situait sur la rue Bonaventure et abritait autrefois les bureaux administratifs de la Crémerie des Trois-Rivières. La partie de la production, soit le bâtiment historique situé au 700 rue Radisson, n’a pour sa part pas été touché par les flammes. Il faudra toutefois valider si l’eau ou la fumée ont causé des dommages à l’intérieur de ce bâtiment, étant donné que le complexe était relié par l’intérieur. 

Le bâtiment avait commencé à être converti en logements. —
Le brasier a ravagé une grande partie de l’ancienne Crémerie des Trois-Rivières.
Dany Cloutier, directeur de la sécurité incendie à Trois-Rivières.

Au fil des années, plusieurs rénovations avaient été faites sur ce bâtiment, ce qui a passablement compliqué la tâche des pompiers étant donné les différents matériaux superposés présents sur le bâtiment. Cette partie avait été convertie en logements locatifs et était d’ailleurs en rénovation à l’heure actuelle.

Pour le conseiller municipal du district Marie-de-l’Incarnation, Denis Roy, c’est un bâtiment plein de potentiel qui s’est envolé en fumée. Rachetée par Saputo, la Crémerie des Trois-Rivières avait définitivement fermé ses portes en 2015, et la bâtisse avait été rachetée l’été dernier par Groupe Auxilium, des investisseurs de Montréal, qui n’avaient pas encore déterminé quel projet allait s’y installer. 

«C’est un bâtiment qui a beaucoup d’histoire mais aussi beaucoup de potentiel. Il y a eu plusieurs groupes intéressés par le site. Il y avait quand même 93 000 pieds carrés bâtis plus un immense terrain de stationnement, donc le potentiel juste entre la sortie d’autoroute et la gare, c’était intéressant pour du développement», explique le conseiller.

Selon lui, la Ville devra surveiller de près ce qui se passera à cet endroit pour la suite des choses. «Il faudra d’abord sécuriser le secteur, mais aussi vu que c’est une entrée névralgique du centre-ville, il va falloir réfléchir à ce qu’on veut faire. On ne veut pas revivre un 7, 8, 10 ans comme le Platon qui vient défigurer une partie du secteur», constate-t-il.

Joint par téléphone, mardi matin, le président de Groupe Auxilium, Francis Lemay, en savait encore bien peu sur l’état du bâtiment et attendait des nouvelles des pompiers avant de se prononcer sur la suite des choses. Selon lui, des travaux avaient déjà été entrepris à l’intérieur de la bâtisse pour commencer sa conversion en vue d’y développer de nouveaux projets. Toutefois, il n’avait pas encore été décidé de ce qui allait se faire entre ces murs. Aucune demande de permis d’exploitation n’avait d’ailleurs été officiellement présentée à la Ville de Trois-Rivières.

Une entreprise historique

Après 107 ans d’opérations à Trois-Rivières, on peut facilement qualifier la Crémerie des Trois-Rivières comme une entreprise historique au cœur de Trois-Rivières.

La Crémerie des Trois-Rivières avait ouvert ses portes au centre-ville en 1908, au moment où chaque ville, où chaque village possédait sa propre crémerie ou laiterie. Au fil du temps, elle a aussi lancé sa propre marque de crème glacée Régal.

En 1977, l’entreprise avait connu une grande modernisation de ses laboratoires, consolidant les dizaines d’emplois à cet endroit. 

L’entreprise a été rachetée par Saputo en 1998, mais a toujours conservé l’appellation de Crémerie des Trois-Rivières. Saputo a annoncé la fermeture de l’entreprise en septembre 2014, et a procédé officiellement à sa fermeture l’année suivante, à l’été. Au moment de l’annonce, une soixantaine d’employés travaillaient toujours à cet endroit. Toutefois, au moment de mettre la clé sous la porte à l’été 2015, il ne restait plus que 21 employés dans cette entreprise, qui produisait en dernier lieu les breuvages de la marque Nutrilait.

Au cours de ses dernières années d’opérations, les relations entre l’entreprise et le voisinage ont été plutôt difficiles, notamment en raison du bruit des camions réfrigérés, jour et nuit. La fermeture de l’entreprise avait causé plusieurs pertes d’emplois, mais n’avait pas fait que des malheureux dans le voisinage. 

En 2016, Saputo a entrepris des travaux pour démanteler certains équipements de l’usine, dont les fameux silos qui ont disparu du paysage trifluvien. La bâtisse a été mise en vente quelques mois plus tard, et une transaction avec Groupe Auxilium est survenue en août dernier, pour un montant d’environ 800 000 $.