Mathieu Bilodeau, 34 ans, souffrant d’une déficience intellectuelle, a admis que, dans la soirée du 6 août, il a incendié la Toyota Corolla de Mohammed Labidi, président du Centre culturel islamique de Québec.

Incendie de la voiture du président du CCIQ: pas un crime haineux

Le pyromane qui a incendié la voiture du président du Centre culturel islamique de Québec a reconnu sa culpabilité mardi. Son crime n’aurait pas été motivé par la haine.

Mathieu Bilodeau, 34 ans, souffrant d’une déficience intellectuelle, a admis que, dans la soirée du 6 août, il a incendié la Toyota Corolla de Mohammed Labidi, président du Centre culturel islamique de Québec. 

L’accusé, costaud au crâne rasé, rougit et se cache le visage dans son chandail pendant que son avocate, Me Marie-Pierre Bertrand du bureau de l’Aide juridique, résume les faits.

À l’époque de l’infraction, Bilodeau vivait dans un centre d’hébergement adapté de Sainte-Foy, à moins de 200 mètres du domicile de Mohammed Labidi.

Mathieu Bilodeau a été arrêté au début septembre après un vol de vêtements dans un organisme communautaire. Pendant qu’il attend dans l’autopatrouille, il avouera spontanément aux policiers qu’il doit quitter Sainte-Foy. Il dit avoir peur des gens de la Mosquée et qu’on l’accuse d’avoir mis le feu.

Les policiers de la Ville de Québec orientent alors sur lui leur enquête pour une série d’incendie. 

Dix jours plus tard, Mathieu Bilodeau, complètement désorganisé, doit être hospitalisé. 

En interrogatoire avec les policiers, il admettra qu’au cours des semaines précédentes, il a mis le feu à quatre conteneurs à déchets de centres commerciaux et d’hôpital en plus d’avoir incendié la voiture de M. Labidi.

Selon le résumé fait à la cour, Bilodeau incrimine alors une de ses connaissance, Marc Gagnon, 45 ans.

C’est Gagnon qui l’aurait mis au défi d’incendier la voiture de Mohammed Labidi, qu’il lui a présenté comme un dirigeant du Centre culturel islamique de Québec. Selon Bilodeau, Gagnon lui aurait promis des cigarettes s’il réussissait.

Le soir du 6 août, Mohammed Labidi rentre chez lui vers 00h30, après avoir fait des rénovations dans un de ses logements.

Selon Mathieu Bilodeau, c’est Gagnon qui aurait mis de l’essence dans une bouteille de boisson gazeuse.

Après avoir vu le conducteur entrer chez lui, Bilodeau aurait allumé un chiffon coincé dans la bouteille. Il a ensuite lancé l’objet près du pneu avant de la voiture et a pris la fuite aussitôt.

L’épouse de M. Labidi a réveillé son mari en voyant les flammes. Le président du CCIQ a tenté d’éteindre le brasier avec des chaudières d’eau. Il s’est blessé au dos en glissant sur le sol détrempé.

Les policiers ont questionné l’entourage de Mathieu Bilodeau et vérifié son matériel informatique. Ils en viennent à la conclusion que rien ne permet de relier l’homme à de la propagande haineuse. «Malgré tout ce qui a été dit, ce n’est pas un crime haineux», insiste Me Bertrand.

La Couronne et la défense ont demandé la confection d’un rapport présentenciel pour éclairer le tribunal sur la peine à imposer à Bilodeau. L’homme n’a que peu d’antécédents judiciaires.

Pour sa part, Marc Gagnon nie toute implication dans l’incendie criminel, il subira son procès à la mi-mai.

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COUILLARD LANCE UN APPEL «À LA FRATERNITÉ»

Philippe Couillard a lancé un appel «à la fraternité et à une citoyenneté de même niveau» pour tous, mardi.

Philippe Couillard a lancé un appel «à la fraternité et à une citoyenneté de même niveau» pour tous, mardi, lorsque l’Assemblée nationale a rendu hommage aux victimes de la tuerie perpétrée à la Grande Mosquée de Québec le 29 janvier 2017.

S’il s’est dit prêt à se qualifier de «Québécois de souche», le premier ministre a insisté sur le fait que sa citoyenneté n’a «aucune supériorité» par rapport à celle des citoyens établis au Québec depuis moins longtemps que sa famille.

Il a affirmé ne pas craindre le mot islamophobie, car il existe. Tout comme l’antisémitisme et le racisme, a-t-il dit.

Le Québec est une «société d’accueil amicale et ouverte». Mais «on doit bien sûr relever les mêmes défis que d’autres sociétés», a aussi tenu à dire Philippe Couillard.

Il a invité chacun à agir, ne serait-ce qu’en disant «bonjour» aux citoyens de confession musulmane.

«Comme le dit le premier ministre, ils sont ici chez eux», a déclaré le chef de l’opposition officielle, Jean-François Lisée. Il a rappelé que les victimes «exerçaient un droit inaliénable, celui de se réunir dans un lieu de prière». 

M. Lisée a pris un instant pour dire que le maire de Québec, Régis Labeaume, a été «admirable», ainsi que l’ont été les policiers, les enseignants et le personnel médical.

Aujourd’hui, «au devoir de mémoire et de solidarité envers les victimes s’ajoute celui de la vigilance, un devoir de bienveillance les uns envers les autres pour que la lumière demeure toujours plus forte que la noirceur».

Jean-François Lisée a félicité les organisateurs des récentes commémorations d’avoir eu une pensée pour d’autres victimes d’attentats, dont les six Québécois tués à Ouagadougou en janvier 2016.

Faux visage

«Le tueur ne représente pas le vrai visage du Québec, a déclaré le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault. Il ne représente pas nos valeurs.»

«Les blessures sont encore vives», a-t-il poursuivi. Elles ne doivent cependant «pas entamer notre détermination à aller de l’avant, à construire un Québec qui nous ressemble». 

«Vous n’êtes pas seuls, a conclu M. Legault. Nous sommes tous ici, à l’Assemblée nationale, avec vous.»

Faire tomber les murs

Pour le solidaire Gabriel Nadeau-Dubois, l’attentat du 29 janvier ne peut malheureusement «être compris sans son contexte social, un contexte qui préexiste toujours à n’importe quelle action individuelle». 

«Des actions déplorables ont eu lieu avant et après cette tuerie», a-t-il observé avant d’appeler tous les citoyens à «agir contre la haine», à «faire tomber les murs».

«La meilleure réponse que nous pouvons offrir est le rejet catégorique de toute forme de haine», a fait valoir la députée Martine Ouellet.  Jean-Marc Salvet