Yves Lambert a abusé d'une adolescente dans les années 80 sous prétexte qu'il était en amour avec elle.

«Il avait fait de moi sa poupée»

Yves Lambert, 57 ans de Saint-Gérard-des-Laurentides, a été déclaré coupable, jeudi, au terme d'un procès, d'avoir agressé sexuellement une adolescente pendant quelques années dans les années 80.
La particularité de cette affaire est que l'individu s'est livré à des délits sexuels sur la victime dans le cadre d'une soi-disante relation amoureuse. En fait, même dans le cadre du procès, il a avoué n'avoir jamais eu d'autres femmes dans sa vie que la plaignante.
Celle-ci est également tombée en amour avec Yves Lambert, et ce, dès l'âge de sept ans. «Je l'admirais parce qu'il s'occupait de moi et me valorisait. Il était mon héros. Il faut dire que j'avais besoin d'attention. Il jouait avec moi. Nous faisions du sport et il m'emmenait dans des excursions», a-t-elle raconté lors d'une entrevue au Nouvelliste sous le couvert de l'anonymat, puisqu'elle était mineure au moment des faits.
Alors qu'elle avait 11 ans, la relation a toutefois pris une autre tournure. Lambert l'a embrassée pour la première fois en disant qu'il voulait la marier. Le hic est qu'il avait alors 26-27 ans. De janvier 1983 à décembre 1987, il en a donc profité pour se livrer à des attouchements sexuels sur elle sans toutefois se rendre jusqu'à la pénétration. La victime a admis lors du procès avoir consenti à ces gestes. Pour elle, il était son chum. «Il disait qu'il attendait de me marier à mes 18 ans pour aller jusqu'au bout», a-t-elle précisé.
À l'âge de 15 ans, elle a toutefois réalisé que cette relation était anormale. «Il commençait à me traumatiser pas mal avec ses histoires de télépathie et d'extraterrestres. Il faisait des expériences bizarres comme prélever son sperme pour l'examiner au microscope. Je lui ai parlé que je voulais mettre fin à notre relation mais il me disait que je n'avais pas le droit et qu'il ne survivrait pas. Finalement, j'ai décidé de l'éviter. J'ai ensuite eu mon premier vrai chum et je suis tombée enceinte», a-t-elle ajouté.
Les années ont passé et elle a compris à quel point elle avait été manipulée. «Il avait fait de moi sa poupée, son jouet. Je me suis sentie tellement coupable de tout ça jusqu'au jour où j'ai réalisé que je n'avais que 11 ans après tout. Je ne pouvais pas comprendre», a-t-elle mentionné.
Elle a tenté de tourner la page sur cette partie de sa vie jusqu'en 2007, année où elle a appris que son agresseur était professeur suppléant dans une école et moniteur dans les camps de vacances. «Là, je me suis dit que je devais porter plainte au cas où il aurait fait d'autres victimes. Lorsque j'étais avec lui dans mon adolescence, je me souviens qu'il se tenait toujours avec des jeunes de mon âge», a-t-elle prétendu.
L'individu a plus tard été arrêté et a fait une déclaration incriminante. Or, les procédures judiciaires se sont étirées sur plusieurs années. Si au début, il a plaidé coupable à l'accusation d'agression sexuelle, il a finalement décidé de retirer son plaidoyer et de subir un procès.
Après avoir entendu les témoignages du prévenu et de sa présumée victime, le juge Pierre-L. Rousseau en est venu à la conclusion qu'il y avait bel et bien eu des agressions sexuelles mais uniquement sur la période précédant les 14 ans de la plaignante, soit de 1983 à 1986. Après cette période, la victime avait l'âge légal à l'époque pour consentir aux relations.
Pour rendre son jugement, il s'est notamment fié sur une preuve de faits similaires, soutenue par la soeur de la plaignante qui aurait elle aussi subi des gestes de nature sexuelle alors qu'elle était adolescente. Notons que le prévenu a été libéré des accusations la concernant au stade de l'enquête préliminaire.
De même, le juge n'a pas accordé une grande crédibilité à Yves Lambert. Il estime que celui-ci a donné des réponses souvent évasives et quelquefois invraisemblables.
Selon lui, le prévenu, qui a manifesté sa très haute estime de lui-même pendant le procès, a tenté de manipuler la cour et de noyer le poisson. Par contre, il a cru la victime dont le témoignage était clair, précis et sans animosité.
Plus tard, cette dernière s'est dite satisfaite du jugement rendu. «Je fais confiance à la justice. Elle saura bien quoi faire avec lui sur le plan de la sentence. Pour ma part, le plus important est que le juge m'ait crue», a-t-elle conclu.
Les plaidoiries sur sentence ont été fixées au 8 juillet.