Richard St-Pierre a été déclaré coupable de gestes à caractère sexuel sur sa fille.

«Il a été une plaie pour elles»

La Tuque — Le juge Jacques Trudel devra trancher entre 12 et 48 mois d’emprisonnement dans le dossier de Richard St-Pierre, cet homme reconnu coupable d’agression sexuelle sur sa propre fille.

Les avocats se sont fait entendre lors des représentations sur la peine, mardi, au palais de justice de La Tuque. La victime s’est également amenée à la barre pour témoigner des conséquences du crime tout au long de sa vie.

Elle a décrit toute la gamme des émotions qu’elle a vécues. De la gêne qu’elle a ressentie dès son jeune âge jusqu’au choc post-traumatique, en passant par les épisodes de colère et de frustration de son adolescence. 

«Il y a eu beaucoup de questionnement sur ce que serait ma vie sans ces événements», a mentionné la victime.

Elle a également parlé de ses problèmes à l’école, des difficultés relationnelles, conjugales, familiales, financières… «J’ai eu de la misère à me forger une vie […] Un moment donné le bouchon a débordé et j’ai dû consulter un spécialiste pour m’aider à reprendre le contrôle de ma vie et les émotions que je n’étais pas capable de gérer.»

«La journée où j’ai voulu mourir définitivement, je me suis accrochée à la vie et j’ai repris le contrôle», a-t-elle ajouté.

Les avocats ont ensuite soumis leurs suggestions au juge quant à la peine qui devrait être imposée à Richard St-Pierre. Le procureur de la Couronne a demandé 48 mois d’emprisonnement. Il a souligné la nature et la gravité des gestes, la longue période de temps, les menaces inhérentes et l’abus de confiance. «Un père doit protéger sa fille, il a clairement failli à la tâche», a lancé le procureur.

Ce dernier a souligné que l’accusé était «clairement déviant». Me Thériault a également fait remarquer que dans la grande majorité des antécédents judiciaires de Richard St-Pierre, sa fille et son ex-femme étaient les victimes. «Ces gens-là n’ont jamais eu la paix […] Il a été une plaie pour elles. Ce monsieur-là a été un bourreau pour toute la famille durant toutes ces années-là.»

«Tous ces critères militent pour une peine sévère. Il faut prioriser la dénonciation et la dissuasion», a-t-il ajouté. 

Le procureur de la Couronne a fait ressortir l’âge de la victime, l’absence d’empathie et de remords, le risque de récidive et qu’il n’y avait pas de facteurs atténuants.

Pour sa part, la défense estime qu’une peine de 12 et 15 mois de détention assortie d’une probation serait la sentence idéale pour le dossier de Richard St-Pierre. L’avocate estime que le quantum remplirait les critères de dénonciation et de dissuasion, mais également qu’elle favoriserait la réinsertion sociale de son client. «Il faut tenir compte de sa personnalité et individualiser la peine», a-t-elle indiqué au juge.

La défense a rappelé et insisté sur le fait qu’il n’y avait pas eu de pénétration. Elle a aussi souligné que son client pensait «faire pour le mieux pour sa fille». 

Quant aux antécédents de Richard St-Pierre, la défense a souligné qu’au moment des faits, l’accusé était sans antécédents. «Ce ne sont pas des antécédents de même nature. Ce sont des infractions par rapport à la victime et sa famille, je comprends, mais ces antécédents ne peuvent pas être utilisés pour être doublement condamnés.» 

La défense a aussi fait remarquer qu’il y avait une certaine reconnaissance des gestes même s’il y avait minimisation et que son client avait fait une thérapie après les événements.

Rappelons que l’homme de 71 ans a été reconnu coupable d’agression sexuelle, d’atteinte à la pudeur et d’avoir, à des fins sexuelles, touché une partie du corps de sa victime, sa propre fille. Les événements sont survenus entre 1980 et 1989. 

Lorsqu’il avait fait connaître sa décision, le juge s’était attardé sur la version des faits de l’accusé, qu’il n’avait pas crue. Il avait noté, entre autres, que l’accusé avait admis une partie des gestes reprochés en les justifiant.

Richard Saint-Pierre avait prétendu pour sa défense qu’il montrait à sa fille à se masturber pour calmer son énergie sexuelle. «J’ai pris sa main et je lui ai montré où mettre son doigt. La seule chose que j’ai à me reprocher c’est d’y avoir montré comment faire […] Tous les gestes que j’ai faits, c’était pour elle, pas pour moi», avait-il lancé. 

Le juge rendra sa décision ultérieurement.